Les allégations selon lesquelles Moscou aurait caché des espions parmi les médecins qu’elle avait envoyés à l’épicentre du coronavirus du pays, près de Milan, font rage sur les réseaux sociaux, mais aussi ailleurs. L’équipe médicale et militaire envoyée à Milan fait partie d’une opération russe de grande envergure visant à aider l’Italie dans sa lutte contre le Covid-19. Selon certains observateurs européens pro-UE, Moscou joue un double jeu. La Russie nie fermement ces accusations. Cet article vous est proposé par le spécialiste de l’UE, Parlorama.

Un arsenal sanitaire impressionnant offert par Moscou

Des avions remplis d’aide russe sont arrivés la semaine dernière dans le nord de l’Italie, la région la plus touchée par le virus dans le monde, pour aider à combattre la pandémie dans un pays paralysé. Selon le site web du Kremlin, le premier ministre italien Giuseppe Conti a demandé l’aide de la Russie lors d’une conversation téléphonique le 21 mars avec le président russe Vladimir Poutine. Selon l’ambassade russe à Londres, le ministère russe de la défense a livré 15 avions à l’Italie avec 60 tonnes de fret chacun, 122 experts, dont 66 militaires « des troupes de défense radiologique, chimique et biologique », huit équipes de médecins et un laboratoire complet.

Des allégations sur des activités de renseignement russes en Italie

Mais certains observateurs en Italie sont sceptiques. « L’aide est probablement utile dans une certaine mesure », déclare Sergio Germani, directeur de l’Institut Gino Germani pour les sciences sociales et les études stratégiques (GGISS), un groupe de réflexion basé à Rome. « Mais il y a (beaucoup) d’officiers militaires russes. Les représentants des services de renseignement militaires russes pourraient profiter de cette occasion pour entreprendre des activités de renseignement », craint-il. Pour beaucoup, cette aide très médiatisée de Moscou est également une opération de communication visant à démontrer que l’UE et les alliés de l’Italie dans l’Otan n’ont pas montré la même générosité que la Chine et la Russie.

Après l’arrivée de l’armée russe en Italie, le journal italien La Stampa du 2 avril a cité l’ancien expert en armes chimiques de l’Otan, Hamish De Bretton-Gordon, déclarant que « les services secrets russes débarquaient à Milan ».  « L’objectif de Moscou, et peut-être des Chinois, est l’affaiblissement, et peut-être l’effondrement, de l’Union européenne », dit Germani, dont l’institut, le GGISS, étudie l’influence de la propagande russe et des médias pro-Moscou sur Internet.

Les rumeurs de la « liquidation des séniors italiens »

L’opération d’aide russe, dit-il, s’est accompagnée d’une vague d’articles, de vidéos et de tweets pro-russes. Selon EU vs Disinfo, un média de la Commission européenne contre les Fake News, les médias pro-Kremlin comme l’agence de presse Spoutnik et les « usines à trolls » sur Internet sont responsables de la diffusion de rumeurs non fondées. Dans un article daté du 31 mars, la version lettone de Spoutnik a publié un article suggérant que le coronavirus a été créé en Lettonie, un État membre de l’UE, « pour tuer les Italiens âgés ». « Ce sont des messages qui discréditent la démocratie libérale en tant que forme de gouvernement incapable de faire face à ce genre de crise », explique Germani.

La Russie n’a pas tardé à réagir aux critiques

Attaquant la presse britannique, qui a également rapporté l’article de La Stampa, l’ambassade de Russie à Londres a déploré que les journalistes « cherchent à trouver des divergences et un agenda caché dans l’aide humanitaire russe fournie à l’Italie afin de l’aider à combattre la pandémie de coronavirus », soulignant que cette aide était gratuite et humanitaire par définition. « C’est un signe de notre solidarité avec le peuple italien, qui n’est lié à aucun programme politique », explique l’ambassade russe.

L’Europe renforce la coordination

Le 31 mars, les dirigeants européens ont annoncé une « feuille de route concertée » et un « plan d’action » pour faire face à la crise. « La seule façon d’avancer est une stratégie commune dans un esprit de solidarité », a déclaré le président du Conseil de l’UE, Charles Michel.

La Russie travaille main dans la main avec la Chine dans une tentative combinée d’aider les régions touchées par le Covid-19 dans le monde entier. Alors que la Chine produit des centaines de millions de masques et des milliers de ventilateurs, la Russie s’associe à l’opérateur de fret aérien Volga-Dnepr, qui gère la plus grande flotte d’avions Antonov 124, transportant des produits antiviraux chinois en Italie, en Espagne, aux États-Unis et ailleurs.

La semaine dernière, un Antonov 124 piloté par la Volga-Dnepr est arrivé à l’aéroport Charles de Gaulle à Paris, chargé de 10 millions de masques chinois et d’autres produits, faisant partie d’une commande d’un milliard d’euros passée par le gouvernement français. D’autres vols de l’Antonov 124 ont eu lieu à Milan, Bologne et Reno. Un autre avion cargo de la compagnie, l’Ilyushin IL76, a effectué des missions à Madrid.

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