Des journalistes publient des informations alarmantes quant aux risques des réacteurs sur la sûreté des Français.

Alors qu’après avoir démissionné de son poste au gouvernement Nicolas Hulot dénonce une politique actuelle très peu tournée vers la protection de la planète, les associations s’offusquent d’un nouveau scandale qui laisse pourtant les Français inactifs. Des journalistes en association avec Mediapart ont en effet publié un rapport qui dénonce un vieillissement pratiquement généralisé des centrales nucléaires françaises.

Interrogés sur le problème, les journalistes Jade Lindgaard  de Mediapart et Annika Joeres de Correctiv, l’expert Yves Marignac, membre du groupe permanent d’experts de l’autorité de sûreté nucléaire et la députée Mathilde Panot, présentent ce qui représente pour eux un danger à moyen et long terme pour la population française. Face à cette situation grave, les politiques, comme l’opinion publique, semblent pourtant regarder ailleurs.

Des révélations alarmantes

Les centrales nucléaires sont constituées de divers circuits destinés à transformer l’énergie des réacteurs en électricité. Tandis que pendant longtemps les dangers de réchauffement des centrales ont fait les grands titres, désormais le risque est plus général. Les centrales nucléaires françaises sont mourantes et elles risquent d’entraîner avec elles une grande partie de l’économie et de la population.

Selon ce que rapportent les journalistes, 21 centrales françaises sur 58 répertoriées sont excessivement sollicitées. Leurs circuits enregistrent une forte activité, largement au-dessus des niveaux de sécurité prévus pour les centrales. Les limites d’actions prévues sont dépassées depuis longtemps, autant en ce qui concerne les durées de vie normalement prévues des pièces de ces centrales, qu’en ce qui concerne l’écart de sollicitation.

Pourtant, devant tous ces manquements alarmants, EDF, la société qui gère ces centrales, ne réagit pas de la meilleure des manières. Elle opte plutôt pour une modification des données. Les seuils sont relevés, les remplacements jugés onéreux ne se font pas. Aucune réparation n’est engagée et l’État devient partisan d’une politique de l’autruche à peine voilée.

Des dysfonctionnements dangereux

Cependant, les problèmes sont bien réels. Bien que les experts, confie Mr Yves Marignac, assistent à une falsification à grande échelle des données demandées par les différents comités de protection de la planète, ils réussissent à relever certains troubles évidents. Ce que le directeur de Wise Paris appelle « une crise systémique de la maîtrise des sites nucléaires » peut être détaillé en trois différents lots de problèmes.

D’abord, le premier lot de problèmes du secteur du nucléaire concerne le vieillissement proprement dit qui risque à moyen terme d’entraîner un grand nombre d’incidents importants à savoir des risques d’accidents possiblement aussi graves que Fukushima en 2011. Même si le vieillissement n’implique pas une fin brutale, il constitue un facteur important d’aggravation, qui concernera entre 50 % et 75 % de la population française et même de certaines villes au-delà des frontières.

Ensuite, le deuxième lot de problèmes concerne la situation sociale qui est dans un état en constante alerte. Il faut préciser que pour des cadences d’utilisation des matériaux élevés, les travailleurs ont des rythmes de travail tout aussi élevés. Le recours systématique généralisé aux chaînes de sous-traitance ne permet pas de confirmer l’efficacité des droits des travailleurs ainsi que la protection de leurs emplois. Cela entraîne une sorte d’omerta élevée quand il est question de plaintes.

Enfin, le dernier lot de problèmes concerne la partialité des gouvernements. Depuis 1970, estime la députée Panot, la politique française est dans une optique de « tout nucléaire » qui constitue un véritable frein au développement écologique de l’État. Pour cela, il importe selon elle, d’agir au plus vite pour sortir de la « politique archaïque » qui n’apporte aucun bénéfice tant sur le plan écologique que celui économique.

Quelques solutions utopiques, mais possibles

Bien que grave, la situation n’est certes pas désespérée. Si en Allemagne, les consciences se sont éveillées si vite, cela est aussi possible en France. Les premières solutions sont celles qui pourraient être récupérées de l’Allemagne : les lanceurs d’alerte. Seuls ces anciens employés des centrales à risque pourraient apporter un nombre assez important d’informations susceptible de servir de base pour une meilleure politique du nucléaire.

Les autres solutions concernent les ONG et les associations de protection de la planète, qui ne cessent de présenter des rapports utiles et alarmants. Si leurs voix sont de moins en moins entendues, bien qu’audibles, c’est parce que les commissions prévues pour enquêter n’ont pas une puissance assez grande. Un droit à la levée du secret-défense permettrait, par exemple, un meilleur accès à l’information.

En dernier lieu, la solution évidente pour sortir de la crise actuelle et future est la sortie totale du nucléaire, prévu en Allemagne pour 2020. Il est temps de lutter contre l’obsolescence des matériaux et le coût élevé de la gestion des centrales. La meilleure solution est de limiter les dégâts, parce que, plus la France restera dans cette énergie, plus il lui sera difficile d’en sortir.

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