Suite à la publication d’un rapport par l’Institut Montaigne préconisant l’étude de l’arabe afin de lutter contre l’expansion de l’idéologie islamiste en France, La République en Marche (LREM) à annoncé à travers la voix de son ministre de l’éducation Jean Michel Blanquer souhaiter développer l’apprentissage de l’arabe à l’école et “lui donner du prestige”.

 

Réaction habituelle des extrêmes et populistes qui crient à l’islamisation des enfants par les pouvoir publics et l’encouragement d’un repli identitaire avec cet enseignement.

Débattre est toujours utile et c’est la force de la démocratie, néanmoins il faut essayer de la faire de façon objective avec un maximum d’éléments, c’est pourquoi nous vous proposons ici un recueil d’informations découvertes via Twitter.

Ce sont plus de 530 millions de personnes dans le monde dont la langue officielle est l’arabe, ce qui en fait une des principales langues internationales après l’anglais, le chinois et l’espagnol (pour ceux qui ne comprennent pas pourquoi l’éducation nationale s’y intéresse).

Ce que peu de non-arabophones savent, c’est que l’arabe littéraire n’est pas une langue vernaculaire : il n’existe personne dont l’arabe littéraire soit la seule langue, et personne ne parle exclusivement arabe littéraire à la maison (ou alors c’est un choix éducatif fort).

Comment communiquent alors tous ces locuteurs ? Eh bien au Maroc en marocain, en Algérie en algérien, en Egypte en égyptien, etc. Ces langues ont évidemment un substrat arabe prépondérant mais se distinguent de l’arabe dit littéraire de plusieurs manières :

– absence de déclinaisons (eh oui, il y en a dans l’arabe littéraire, avis aux germanistes)
– prononciation de certaines lettres : ex les Egyptiens qui prononcent la lettre jīm (son “j” ou “dj”) comme un G dur
– différences lexicales pour un grand nombre de mots
– emprunts à d’autres langues : berbère, anglais, français, espagnol…
– différences syntaxiques et grammaticaleq
– accent, intonations
– réduction des voyelles (langues du Maghreb)
– …..

Chacune de ces langues est différente des autres. Grâce au substrat arabe commun et aussi à la télevision (séries syriennes ou émiriennes, films égyptiens…) une intercompréhension existe mais son degré peut varier. Un locuteur algérien comprendra sans problème le tunisien,
mais un locuteur marocain et un locuteur émirati auront des difficultés voire impossibilités à se comprendre s’ils utilisent chacun leur propre langue sans la “standardiser”.

C’est là qu’intervient l’arabe littéraire : enseigné à l’école dans les États dont c’est la/une langue officielle, il est standardisé sur tous les plans : prononciation, grammaire, lexique. Les locuteurs se comprennent sans difficultés quelle que soit leur nationalité.

L’arabe littéraire est la langue de base dans les médias : presse écrite, journaux télevisés et même dessins animés. Il existe aussi des émissions en langue vernaculaire ou mélangeant les 2 mais une émission qui se veut “sérieuse” ou éducative sera majoritairement en littéraire.

Les séries, elles, sont en langue vernaculaire (sauf pour celles qui sont doublées). On a donc une séparation entre l’arabe littéraire, percu comme “sérieux” et l’arabe du quotidien, souvent dénigré, appelé “dialecte” et pas vu comme une langue à part entière.

Les arabophones qui parlent l’arabe littéraire (=celleux qui l’ont appris a l’école) voient souvent leur langue vernaculaire comme une langue dégradée, abatardie. Au Maghreb les langues vernaculaires ne sont d’ailleurs PAS enseignées à l’école. Parlées mais pas enseignées.

Ces langues vernaculaires ne font PAS partie des langues officielles des pays où elles sont parlées. C’est l’arabe littéraire.
Il y a donc une invisibilisation de ces langues, voire un rejet, surtout pr les langues du Maghreb vues comme encore plus éloignées de l’arabe littéraire

Venons-en maintenant à la langue arabe en France : on dit volontiers que c’est la 2e langue la + parlée sur le territoire après le français. C’est vrai et faux : oui, un grand nombre de personnes en France parlent une langue arabe, notamment l’algérien, le marocain et le tunisien, mais non, ces personnes n’utilisent pas (ou rarement) l’arabe littéraire dans leur communication ! Celleux qui n’ont pas été scolarisés dans un pays arabophone ne le parlent d’ailleurs pas.

C’est le cas des enfants nés en France dans des familles arabophones : comme ce n’est pas une langue parlée en famille, ils ne parlent pas du tout l’arabe littéraire et ne le comprennent souvent pas non plus, même s’ils parlent par contre algérien, marocain, etc.

“Mais le Coran !” vont dire certains que je vois déjà. La langue du Coran est très différente de l’arabe dit littéraire enseigné aujourdhui. Pour faire simple, imaginez lire un texte écrit en français du XIIe siécle. Sauf que le Coran date du VIIe siècle.

[Eh oui, en passant, on remarque que la langue arabe existe depuis plus longtemps que la langue française. Non pas que l’âge des langues soit un critère quelconque de légitimité ou d’intérêt mais SHEH.
C’était juste en passant]

Bref, ce n’est pas parce qu’on est musulman et qu’on récite le Coran qu’on sait parler et comprendre l’arabe littéraire enseigné dans les écoles arabophones et les (quelques) écoles francophones qui proposent l’option.

Dire qu’enseigner l’arabe à l’école, c’est “enfermer les jeunes dans leur cité” témoigne d’une méconnaissance totale de ces réalités sociolinguistiques. Au contraire, c’est un atout prodigieux qui ouvre ces jeunes à l’international (25 pays, 4e langue du monde, rappelez-vous).

Tant mieux si leur accès à cette langue magnifique qu’est l’arabe peut être facilitée, pour ces jeunes de cité issues de familles arabophones, par les passerelles linguistiques et culturelles qui existent entre leur langue familiale et l’arabe littéraire.

Tant mieux si en apprenant la langue arabe littéraire ils peuvent ressentir une fierté par rapport à leur héritage familial, au lieu d’y être renvoyé sans cesse à base de clichés racistes datant de l’époque coloniale et remis au goût islamophobe du jour.

Et tant mieux si les jeunes, de cités ou pas, issus de familles arabophones ou pas, ont la possibilité ds le cadre de la scolarité obligatoire, de s’initier à une grande langue internationale qui leur donnera accès à une richesse culturelle et sera valorisable professionnellement.

 

https://www.rtl.fr/actu/politique/mieux-vaut-enseigner-l-arabe-a-l-ecole-de-la-republique-lance-alba-ventura-7794765310

Les avis divergent en revanche du côté du Figaro ou de Valeurs Actuelles, sans surprise

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/09/13/31003-20180913ARTFIG00310-l-apprentissage-de-l-arabe-est-inutile-pour-lutter-contre-l-islamisme.php

https://www.valeursactuelles.com/politique/apprentissage-de-larabe-lecole-quand-le-macronisme-encourage-le-repli-identitaire-98970

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