Pour le président français, il faudra travailler pour bénéficier des aides sociales.

Le jeudi 13 septembre 2018, à l’occasion de la présentation de son plan de lutte contre la pauvreté, le président Emmanuel Macron réaffirme sa position quant aux conditions d’accès aux différentes aides sociales. Pour lui, il est nécessaire que les bénéficiaires des minima sociaux signent un contrat « d’engagement réciproque ».

Pour faire plus simple, pour le président, il faudra travailler, ou tout au moins essayer, pour bénéficier des aides. Seules les personnes les plus entreprenantes pourront bénéficier des 8 milliards d’euros que prévoit débloquer le chef de l’État dans le cadre de sa lutte contre la pauvreté. Les différents projets proposés ont fait le tour sans faire l’unanimité.

Les risques relevés par les associations

Le principal manquement relevé par les diverses associations concerne le conditionnement des aides à des réclamations jugées trop complexes. La liaison entre l’exercice d’une activité et l’octroi des aides, qui ne date pas de l’air Macron, n’a jamais vraiment fait l’unanimité. Pour Pascal Pavageau, secrétaire général de FO, la chose est « inadmissible ». Il ne faut pas, selon lui, s’attaquer aux pauvres qui sont déjà des victimes.

Pour Macron, les engagements pris par les bénéficiaires des aides sociales aideront à enrayer la pauvreté à long terme. Cette approche pragmatique, qui se place dans une optique de retour sur investissement est, selon le directeur général de la FNARS (fédération des acteurs de la solidarité), Florent Gueguen, loin de la tradition française de solidarité.

Le risque est d’autant plus grand que le pragmatisme de la politique de Macron semble négliger un aspect important de la pauvreté. Il s’agit de l’existence de problèmes de garde d’enfants, de logements, de santés physiques et psychiques, que rencontrent les personnes bénéficiaires d’aides. Il ne faut pas exclure la volonté de trouver de travail et aussi l’impossibilité pour ces personnes d’en trouver.

La vice-présidente d’ATD Quart Monde, Marie-Aleth, met en garde, de son côté, contre le risque de sanctions à infliger à ceux qui ne respecteraient pas leurs engagements obligatoires. Il existe alors la possibilité que certaines allocations soient retirées à des personnes qui en auraient vraiment besoin.

Les autres problèmes relevés dans la présentation du plan viennent des non-dits. Si par exemple, le président programme la nécessité de travailler pour bénéficier des aides, y a-t-il une quelconque limitation du travail à effectuer ? Une interdiction est-elle possible au sujet des travaux en association et au bénévolat ? Le programme semble silencieux sur le point.

Le programme semble aussi silencieux quant aux jeunes non scolarisés. L’extension de la garantie jeune prévue ne pourra véritablement pas obtenir toutes les ressources nécessaires à la sortie de crise. Tel est aussi le cas du sous-effectif des travailleurs sociaux eux-mêmes. L’absence de ressources reste un point important à prendre en compte.

De plus, alors que le programme met l’accent sur les plus petits ménages et leurs sorties de la pauvreté, il y a un silence quant à leurs parents. Faut-il comprendre que les enfants seront secourus et pas leurs parents ? Certaines associations relèvent que le président oublie que les enfants pauvres vivent dans une famille pauvre. Il faut traiter le problème globalement.

Des efforts louables contre la pauvreté

Même si les moyens ne semblent pas faire l’unanimité, plusieurs actions projetées par le président semblent être appréciées par les membres des associations de lutte contre la pauvreté du pays. Il faut déjà s’intéresser au montant que le président entend intégrer durant le quinquennat.

La répartition de ces fonds fait polémique, mais certains responsables d’association affirment leurs soutiens réservés. C’est le cas de Laurent Berger, secrétaire général du CFDT, qui indique que la stratégie semble aller dans le bon sens. Le programme permet d’ailleurs une consolidation des acquis sociaux.

Depuis l’entrée dans l’ère Macron, la prime d’activité est en hausse. Elle sera poursuivie jusqu’en 2022. Un gain de 80 € par mois sur le SMIC pourra être remarqué. Dans la même optique d’amélioration, un soutien sera mis en place pour l’insertion afin d’éviter les inégalités territoriales.

Pour les travailleurs, aucun problème ne pourra être relevé. Comme le président lie l’acquisition des aides à l’effort pour l’emploi, ceux qui auront un emploi pourront bénéficier des marges les plus intéressantes. Il faut toutefois se tourner vers les prochaines années, spécialement vers la loi de finances 2019 pour voir avec plus de précision l’impact du projet quant à certains domaines à risque.

Le regard tourné vers 2020

Pour l’ancien inspecteur général Jean-Paul Delahaye, le discours présidentiel contient des idées dignes d’intérêt. Les impasses possibles liées au silence sur la mixité scolaire et les bourses scolaires pourraient être dans les futures préoccupations. Le secteur de l’éducation de la petite enfance a par ailleurs fait l’objet de plusieurs autres demandes particulières.

D’abord, le fait que la plus grande part des mesures annoncées ait déjà été mise en œuvre n’aide pas véritablement. Cela implique une sorte d’immobilisme auquel les associations entendent mettre fin. Si, par exemple, la scolarisation obligatoire dès 3 ans, prévue par Macron est louable et permet des résultats sur l’acquisition du langage, il est à noter, précise les associations, qu’une grande part des enfants de cet âge sont déjà scolarisés.

Ensuite, un autre exemple de mesure incomplète concerne celui des petits déjeuners gratuits dans certains collèges les plus défavorisés. Cette mesure aussi est louée, mais elle ne bénéficie qu’au quart des élèves. Elle exclut les écoles primaires et les établissements situés hors des zones prioritaires. C’est un pas en avant, qui devra précéder plusieurs autres pas.

Enfin, il faut souligner que suite aux appels des associations vers une amélioration, le président a déjà promis une refonte du système de formation vers la petite enfance, afin que, d’une part, il y ait plus de professionnels formés et que, d’autre part, les familles bénéficient de plusieurs crèches, permettant une véritable insertion professionnelle. L’objectif visé là est de favoriser le travail des parents.

En définitive, il ne s’agit pas dans ce secteur de contestations réelles, mais plutôt de manquements remarqués par les associations qui attendent que le projet de finance de 2019 revienne sur les points évoqués. Il faut, selon Florent Gueguen, que la concertation en vue de l’amélioration du projet se fasse, même si « elle va être difficile ».

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