La République exemplaire tant prônée et clamée par le président Emmanuel Macron est ébranlée par un scandale que certains n’hésitent pas à qualifier d’affaire d’État. L’affaire Benalla tient la sphère politique en haleine et nourrit les débats. Le parlement a suspendu son cours habituel pour se consacrer à cette première grosse affaire qui vient ébranler le quinquennat de celui qui prônait une vertu sans précédent au sommet de l’Etat. Jusque-là, Emmanuel Macron qui avait joui d’un quinquennat relativement paisible connait de moments tumultueux.

Les révélations du journal Le Monde

Tout est parti d’une vidéo enregistrée le 1er mai 2018 à l’occasion d’une manifestation à la place de la Contrescarpe, 5e arrondissement de Paris. Sur les images, on voit le désormais ex-proche collaborateur de l’Élysée exercer une violence inouïe sur deux personnes. Selon les clichés de ma vidéo qui ont parcouru le monde et repris par les chaines de télévision, Alexandre Benalla roue de coups un jeune homme sans défense à terre au milieu des CRS qui assistent à la bastonnade sans réagir. Leur passivité révélée exacerbe, met tout le monde en courroux et déclenche une avalanche de réactions dans le monde politique et médiatique. Mais avant cet épisode, Benalla, chef de la sécurité de la sécurité de Emmanuel Macron maintenant déchu, s’en est pris à une femme qu’il a trainée de force et violentée.

A la révélation du scandale, le statut des victimes de la violence de Benalla s’est précisé. Il ne s’agissait pas de manifestants, mais de simples curieux venus voir de leurs propres yeux les manifestations et constater ce qu’est la charge des CRS massivement déployés ce jour-là pour maitriser la foule. C’est finalement sur eux que s’abattra la foudre de Benalla. Un chargé de mission du président de la République dont l’étendue du pouvoir prête à confusion et alimente les débats.

 

L’emballement médiatique que draine cette affaire est né de la publication des images pour le journal Le Monde. C’était le 18 juillet ; une date que Alexandre Benalla pourra désormais considérer comme sa chute après le tollé et la portée de l’affaire. Après deux mois d’enquêtes minutieuses, les journalistes du Le Monde ont pu identifier sur la vidéo le visage de Alexandra Benalla. Portant un casque à visière et au bras flanqué de l’enseigne de la police, Benalla réprime ceux qu’il considérait en cet instant comme étant probablement ceux qui écorchent l’image de son patron Emmanuel Macron auprès de qui il bénéficie d’une affection particulière.

Alexandre Benalla serait-il plus qu’un simple chef de sécurité dans l’entourage de Macron ? Quel est son degré de proximité avec le patron de l’Élysée? Les interrogations s’étoffent.

Le déclenchement d’une procédure judiciaire

Au lendemain de l’identification de Alexandre Benalla comme les responsables de violences sur la vidéo du 1er mai, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire. Les chefs sont de « violences par personne chargée d’une mission de service public », « usurpation de fonctions » et « usurpation de signes réservés à l’autorité publique ». Dans le même temps, une enquête est confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). Il faut rappeler qu’un homme identifié et également suspecté de violences, Vincent Crase, avait, lui aussi, été sanctionné. Il est gendarme réserviste et salarié de La République en marche. Comme sanction, il s’était alors vu notifier la « fin » de « toute collaboration entre lui et le président ».

 

Le gouvernement du président Emmanuel Macron pour donner une impression de bonne foi dans cette affaire qui retentit dans l’opinion par l’autorité du ministre de l’Intérieur enclenche une action. L’affaire Benalla touche le sommet de l’Etat.

Gérard Collomb, déclare officiellement avoir saisi l’inspection générale de la police nationale (IGPN), afin de « déterminer dans quelles conditions » les deux hommes ont pu assister aux manifestations aux côtés des forces de l’ordre. Selon les informations officielles, Alexandre était ce jour-là présent en qualité à la place de la Contrescarpe en qualité « d’observateur ». Son excès de zèle lui aura couté son poste et actionné sa descente aux enfers.

Pour étouffer l’affaire, Benalla a entrepris une action qui n’a pour effet que d’aggraver sa situation aux yeux de l’opinion et de ses employeurs. Il a essayé de récupérer la vidéo de la scène enregistrée par une caméra surveillance.  Au soir du 19 juillet, trois responsables de la préfecture de police de Paris sont suspendus. Ils sont suspectés d’avoir transmis à M. Benalla, le fameux jour des révélations du Monde, une vidéo de la scène. Les cinq personnes déjà citées dans cette affaire seront plus tard mises en examen. Mais le cas qui retient plus l’attention et qui semble en métamorphoser l’histoire est celui de Alexandre Benalla. L’homme de la sécurité qui suivait Macron depuis longtemps.

Par ailleurs, à l’Assemblée nationale, deux commissions d’enquête sont mises sur pied. L’affaire paralyse l’activité parlementaire. L’étude de la révision est rangée le temps de faire la lumière sur cette grosse affaire qui cristallise les débats.

La descente aux enfers de Alexandra Benalla

A ce jour, Benalla ne fait plus partie de l’équipe de l’Élysée. Il a été licencié après que le palais de l’Élysée ait pris connaissance de nouveaux éléments selon les communications du palais. Pour désamorcer le feu des critiques, le porte-parole de l’Élysée, Bruno Roger-Petit, avait déclaré que Alexandre Benalla avait déjà été suspendu de ses postes pendant deux semaines avec suspension de salaire après l’information soit parvenue au palais. Il soutiendra que c’est « la sanction la plus grave jamais prononcée contre un chargé de mission travaillant à l’Élysée. Avec de nouvelles révélations sur Benalla, il s’est vu purement et simplement licencier. L’Élysée a décidé de se débarrasser d’un collaborateur devenu encombrant.

Son mariage prévu pour le samedi 21 juillet 2018 a été annulé, car il se trouvait en garde à vue. Alexandre Benalla est aujourd’hui livré à la Justice pour répondre des graves accusations qui pèsent contre lui.

Son avocat, reçu sur une chaine de télévision, jure qu’il s’agit d’une affaire “montée de toute pièce pour casser un effet coupe du monde”. Au-delà des volets judiciaire et politique, l’affaire a pris une tournure politique. L’institution de contre-pouvoir qu’est le parlement à travers deux commissions spéciales créées interpelle les autorités politiques. Une série d’auditions s’est ouverte au Parlement.

Les auditions des personnalités politiques

Un ballet de plusieurs personnalités politico-administratives a eu lieu à l’Assemblée nationale. Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur ; Michel Delpuech, préfet de police de Paris ; Patrick Strzoda, directeur de cabinet de l’Élysée, ont tous été auditionnés afin de permettre aux parlementaires d’avoir une appréciation exhaustive de cette affaire qui remet en cause la grande transparence et la République exemplaire du « Nouveau Monde » tant prônée par Emmanuel Macron. Les auditions se poursuivront avec plusieurs personnalités politiques et administratives éclaboussées par ce qu’est devenu une affaire d’Etat à cause de la passivité de l’Élysée.

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