A seulement 29 ans Kevin Kühnert est déjà une figure incontournable du paysage politique allemand. En effet, il est depuis novembre 2017 le président des Jeunes Socialistes (« Jusos »), dont les 70 000 membres rajeunissent et dynamisent l’image du SPD.

Le parcours d’un « talent politique exceptionnel »

Kevin Kühnert, qui doit son prénom au joueur de football britannique Kevin Keegan, est né le 1er juillet 1989 à Berlin-Ouest. Fils d’un couple de fonctionnaires, il a choisi quant à lui de poursuivre des études de journalisme et de sciences de la communication, avant d’entrer à Sciences Politiques, où il est encore étudiant à ce jour.

Kevin Kühnert rejoint le SPD en 2005. De plus en plus actif et impliqué, il préside les Jusos de Berlin de 2012 à 2015. Il prend la tête des Jeunes Socialistes en 2017 et s’engage en faveur du non à la grande coalition que le Parti social-démocrate (SPD) veut former avec l’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel. Ses prises de position de l’époque resteront définitivement les siennes : pour lui la gauche allemande doit renouveler son esprit d’opposition et réaliser un réel virage à gauche.

Orateur hors pair, Kevin Kühnert s’exprime avec calme et clarté. Il n’utilise aucune notes, et sait toucher les émotions de son auditoire. Un talent politique qu’Ulrich Sarcinelli, professeur de sciences politiques à l’université de Coblence résume en ces termes : « Avec ses manières respectueuses, son ton amical, son talent d’orateur et sa capacité à se faire comprendre, Kevin Kühnert est un talent politique exceptionnel. Mais l’irruption de ce jeune homme, né l’année de la chute du mur de Berlin, illustre aussi une soif de rajeunissement de la politique allemande » (article du journal Les Echos du 6 février 2018).

Des positions anti-capitalistes qui divisent

Kevin Kühnert se décrit comme un sociale-démocrate, comme il l’explique dans une interview accordée au journal « Die Zeit » le 1er mai 2019. Il se dit partisan de la collectivisation de grands groupes tels que BMW et de la limitation de la propriété privée immobilière, prenant pour cible les personnes possédant plus d’une maison ou d’un appartement. Pour lui c’est cela le « vrai socialisme », celui qui n’a jamais vraiment eu accès au pouvoir. «Sans collectivisation, le dépassement du capitalisme est impossible», affirme-t-il dans ce même article.

Sa manière de critiquer l’économie sociale de marché divise beaucoup au sein du SPD. Certains trouvent que Kevin Kühnert flirte avec le communisme, d’autres applaudissent des deux mains, comme Marcel Fratzscher, chef du DIW, le grand institut de recherche en économie. Celui-ci se félicite des prises de position de Kevin Kühnert, espérant qu’elles annoncent la fin d’un monde où la spéculation immobilière devient un fléau (article du Point du 6 mai 2019, « Allemagne : Kevin Kühnert, le jeune anticapitaliste qui veut nationaliser BMW »).

Son regard sur l’effondrement du PS français

Kevin Kühnert jette un regard assez sombre sur l’effondrement du Parti Socialiste français, qu’il analyse ainsi : « Quand je regarde la France, j’observe que la montée du Front national a eu lieu sous un gouvernement socialiste qui ne menait plus une politique de gauche. François Hollande a fait une politique centriste qui a favorisé la montée des extrêmes. » (article du Point du 22 février 2018, « Allemagne : Kevin Kühnert, le pourfendeur de la grande coalition »). Sans parler du duel Hamon Mélenchon qui divise la gauche, qui essaye pourtant de se rassembler via Olivier Faure ou Raphael Glucksmann.
Tel est le destin qu’il se refuse pour le SPD. Selon lui, il est temps qu’émerge en Allemagne une réelle force de gauche qui verrait l’union du SPD, de la Linke et des Verts. Les élections européennes du 26 mai lui donneront-elles raison ?

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