La région des Hauts-de-France finance à près de 70 % un radar pour les chasseurs de la région. Les associations de protection des animaux sont dubitatives.

Les chasseurs de la région Hauts-de-France disposent désormais d’un nouveau « bébé ». Alors que le président de la fédération des chasseurs de la région y voit un symbole et promet une utilisation tournée vers la science, les associations de protection des animaux ne manquent pas de souligner l’ironie de la situation. Le fait que des chasseurs se fassent garants des études ornithologiques peut surprendre plus d’un.

En effet, le radar qui doit fonctionner 24 h/24, tous les jours, est destiné à repérer tout ce qui vole jusqu’à plus de 3 km de haut. Qu’ils volent de nuit ou de jour, ce radar sera, selon l’association, beaucoup plus efficace que de simples jumelles. Face à ce nouvel appareil, les protecteurs des animaux sont inquiets.

Un radar très cher pour une alliance politique

Ce n’est pas le prix très élevé de l’appareil, encore moins son mode de financement, qui réduit l’inquiétude des protecteurs. Le radar très puissant des chasseurs dont le prix s’élève à 180 000 € nécessite aussi un coût élevé d’exploitation, s’élevant à 200 000 €. Pourtant, pour l’acquisition, l’association n’a elle-même déboursé que 9 000 €.

Le reste du financement a été assuré principalement par l’agence de l’eau Artois-Picardie à 25 % et surtout par la région Hauts-de-France à 70 %. Au prix d’achat, les donateurs ont encore apporté une contribution conséquente de 190 400 €. Tous ces subventionnements élèvent à 226 000 € la participation de la région à l’acquisition du radar.

Cette participation n’a pas qu’un but scientifique. Il faut rappeler que le lobby des chasseurs est assez puissant et la danse du ventre des politiques pour accaparer la voix de ses électeurs ne cesse de prendre de l’ampleur. C’est dans cette optique que cette acquisition politique est faite. Il est alors facile de comprendre les craintes des protecteurs des animaux.

Selon le Groupe Ornithologique et Naturaliste du Nord-Pas-de-Calais, les chasseurs pourraient « gagner sur tous les fronts ». À l’indépendance des politiques mise à mal, il faut aussi ajouter la partialité évidente du comité chargé de l’analyse des données recueillies par le radar.

Polémique sur l’analyse des données du radar

Selon les services techniques du conseil régional, cette dépense est difficile à comprendre. L’apport scientifique du radar est difficile à apprécier, autant en ce qui concerne l’analyse des résultats obtenus que sur l’efficacité même du radar. L’analyse sera confiée à un groupe d’experts décrits comme indépendants. Cette indépendance est pourtant contestable.

Le centre de gestion du radar est l’institut scientifique nord-est Atlantique, dont la partialité est évidente : Willy Schraen le président de la fédération régionale des chasseurs des Hauts-de-France n’est autre que le président d’honneur de l’institut. Plus loin, les 3 experts composant le comité scientifique ne sont autres que Mathieu Boos, Moana Grysan et Benjamin Bigot.

Alors que les deux derniers travaillent pour l’association des chasseurs, Mathieu Boos est pour sa part, un grand spécialiste de l’écophysiologie animal. Pourtant, il suffit de se rapprocher de son patrimoine pour détecter qu’une grande partie de ses rentrées de fonds est liée à l’association des chasseurs.

Contestations sur l’efficacité du radar

En plus de toutes ces craintes de manque d’indépendance, les experts doutent de l’efficacité des données du radar. Alors que le docteur Boos annonce la capacité de distinguer une centaine d’espèces d’oiseaux, les membres du GON trouvent cela impossible. Pour ces derniers, peu importe la puissance du radar, il est impossible de dresser un inventaire la biodiversité aviaire des Hauts-de-France avec ce seul radar.

Pour le responsable du département « Migration des oiseaux » à la Station ornithologique suisse Vogelwarte Felix Liechti, cet appareil aura du mal à faire distinguer plusieurs espèces d’oiseaux, ayant des similitudes dans le battement de leurs ailes et autres détails. Jean-Michel Taccoen, vice-président de la fédération des chasseurs, affirme tout de même la difficulté pour les protecteurs des animaux à comprendre le progrès technique.

Les invectives moins courtoises fusent des différents camps, devant le laissez-faire évident des politiques. Il faut rappeler en outre qu’entre les protecteurs des oiseaux et les chasseurs, la bataille n’est pas nouvelle. Il n’est pas difficile de penser que ce radar servira aux chasseurs à prouver qu’il y a beaucoup plus d’oiseaux dans la région que ce qui a été dit. Les lois réglementant la chasse dans la région seront bientôt mises à mal. Les arguments scientifiques controversés viendront désormais appuyer leurs allégations.

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