Le gouvernement français joue un double jeu avec les ONG de défense de droits de l’homme.

Alors qu’il rassure les responsables des organisations humanitaires de l’urgence de la situation humanitaire au Yémen, le gouvernement français continue de multiplier les accords de vente d’armes avec les pays du Golfe.

C’est à croire que cette nation qui prône la défense des droits de l’homme envers et contre tous est impuissante face à la monarchie théocratique absolue de l’Arabie Saoudite.

Un arrangement coupable

L’asservissement de la France à l’Arabie Saoudite date de l’air Hollande. Depuis la présidence Macron, il semblerait que la France se plaise à donner de plus en plus d’importance à sa relation avec Riyad. Le président a fraîchement nommé un responsable du pôle communication de l’Élysée avec les Saoud. Pour assurer cette fonction, l’Élysée a choisi Sylvain Ford. Son rôle est d’améliorer l’image du Royaume et d’assurer la communication en France du prince héritier Mohammed Ben Salmane.

Face à la monarchie, la France ferme volontiers les yeux sur les nombreuses violations des droits de l’homme perpétrées au Yémen depuis des années. Emprisonnements arbitraires, violations des droits de la femme, pratique d’un islam rigoriste, appauvrissement de la population, exécutions de condamnés,  voilà autant de pratiques que dénoncent les responsables des organisations humanitaires lors des rendez-vous avec le conseiller de la présidence.

Depuis un an et demi, le marathon continue alors même la France évoque un contentieux géographique pour justifier son silence et son in action. Le gouvernement français n’hésite pas à encourager la coopération entre Riyad et Paris afin de rester dans les bonnes grâces de l’Arabie Saoudite.

Quand l’économie surpasse l’humanitaire

La relation entre la France et l’Arabie Saoudite repose sur le trio que constitue le pétrole, les armes et le dossier iranien. L’Élysée apparaît comme un charognard qui se délecte du désir ardent des pays du Golfe et de l’Égypte de se doter d’armes de guerre telles que les missiles, les chars et les avions. Paris a fait de ce marché son tout premier, notamment pour ce qui concerne l’écoulement des avions-rafales de Dassault. L’Arabie Saoudite en tête est un client privilégié de la France. La relation commerciale qui lie les deux pays est passée de 400 millions d’euros en 2013 à 600 € en 2015 pour finalement atteindre la barre de 1 milliard en 2016.

Il est dans des terrains sur lesquels l’Élysée est prêt à faire des compromis sur les droits de l’homme au profit des intérêts industriels d’autant que l’Arabie Saoudite est très convoitée par d’autres fournisseurs d’armes. Le maintien au beau fixe des relations entre Riyad et Paris est le prix à payer pour ne pas perdre ce juteux marché contre les États-Unis, son premier concurrent; même si cela implique de fermer les yeux sur les nombreux morts au Yémen.

Sa place privilégiée au Conseil de sécurité des Nations unies permet à la France de faire l’impasse sur la procédure onusienne lorsque l’organisation internationale tente de révéler au monde le drame qui se joue au Yémen. C’est à coup de blocage procédural que Paris freine les initiatives onusiennes. Même le manque de respect du prince héritier Mohammed Ben Salmane à l’égard de la France ne constitue pas une raison valable pour la France de reconsidérer sa relation avec l’Arabie Saoudite. La monarchie ne semble pas non plus considérer le statut de membre du conseil de sécurité de son interlocuteur.

Un message d’alerte qui tombe dans les oreilles de sourds

Voilà un an et demi que les ONG humanitaires de défense de droits de l’homme ont du mal à faire passer leurs messages et à déconstruire le mythe autour de la relation entre la France et l’Arabie Saoudite. C’est un chantier difficile que seuls les besoins en pétrole de la France permettent de maintenir en état.

L’Arabie Saoudite est l’un des plus grands fournisseurs de la France avec une balance commerciale de 18,6 % de pétrole brut vendu à la France en 2015. Paris se retrouve dans une situation délicate où elle doit composer avec Riyad en raison du froid qui prévaut entre elle et Moscou. Les règles du marché du pétrole contraignent Paris à se soumettre à la volonté de son fournisseur contrairement au marché des armes. Ce choix politique est nourri par la montée des néoconservateurs française à l’Élysée depuis les 3 gouvernements successifs avec un relais assuré par le gouvernement Macron.

Cet épisode rappelle étrangement les propos un politicien français en 2006 enfin à “tout ce que le pétrole nous fait accepter, oublier, et tolérer”. Pour lui une sortie du pétrole le plus vite possible mettra fin à la dépendance de Paris vis-à-vis de Riyad. “C’est un problème politique” affirme-t-il, rappelant que cette dépendance rend les Français faibles et sans principes.

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