Et si le covoiturage n’était pas seulement un mode de transport, mais constituait un véritable signe politique, alliant écologie, citoyenneté et consumérisme responsable ? Conséquences de la pollution, gaspillage, transport en commun, économies d’essence… On vous dit pourquoi nous avons adopté ce service.

Le covoiturage, pourquoi est-ce un choix politisé ?

Choisir de partager son véhicule, c’est s’extraire d’un paradigme où l’usage d’un bien est impossible si nous n’en avons pas la propriété. Et c’est ce que souhaite encourager la start-up française Trajet à la carte, spécialisée dans l’autopartage.

Car au-delà d’un mode de transport, le covoiturage est un choix politique. Aller à son lieu de travail en partageant son véhicule, c’est s’inscrire dans la logique développée par les théoriciens de la consommation collaborative. L’idée, résumée par l’un de leur chef de file, Rachel Botsman, est la suivante : « Vous avez besoin du trou, pas de la perceuse ; d’une projection, pas d’un DVD ; de déplacements, pas d’une voiture ! »[1].

En d’autres termes, nous n’avons pas besoin de posséder un bien pour l’utiliser. En n’achetant pas sa propre automobile pour voyager en covoiturage, on peut endiguer à sa façon l’hyperconsommation.

Car la pollution d’un véhicule n’est pas uniquement due à l’émission de particules fines lors de son utilisation ! Il y a toute la chaîne industrielle en amont qui est mobilisée pour sa fabrication, elle-même extrêmement polluante ; il y a également le transport des éléments jusqu’en France, les pièces à produire et à changer régulièrement… Jean Baudrillard, sociologue et fervent critique de la société de consommation à outrance, considère que « la voiture est sans doute l’un des foyers privilégiés du gaspillage quotidien et à long terme, privé et collectif »[2].

L’autopartage traduit un réel besoin de s’éloigner de cette pensée surconsumériste, pour suivre cette avancée culturelle et écologiste.

C’est la proposition de valeurs de Trajet à la carte : désengorger les routes, réduire la pollution, diminuer le budget essence de chacun·e, et recréer des liens. La société propose un service de covoiturage professionnel, qui permet de systématiser les trajets domicile/lieu de travail. Leur objectif ? Encourager une pratique, encore rare, écocitoyenne.

Pourquoi il faut changer notre façon de se déplacer ?

Une étude de la revue médicale The Lancet[3], publiée en 2017, s’est intéressée aux risques liés à la pollution atmosphérique. Les résultats sont unanimes : l’équipe de chercheur·euse·s estime qu’« en 2015, l’exposition à long terme aux particules fines a causé à la mort de 4,2 millions de personnes, et la perte de 103,1 millions d’années de vie en bonne santé ».

Le docteur Philippe Gérard, interviewé par le site Astuce-Santé, est lui aussi catégorique. Vivre dans une ville polluée, comme Paris, « c’est indiscutablement dangereux car c’est l’endroit de France où il y a le plus de pollution atmosphérique. Cette dernière contient toutes sortes de substances irritantes et certaines cancérigènes, c’est d’ailleurs reconnu par l’OMS. »

La majorité de ces émissions, peut-on lire dans l’étude, est causée par la production de biens de consommation par les grosses industries. Cela signifie-t-il pour autant que nous, citoyen·ne·s, ne sommes pas en capacité d’agir ?

Fermer les yeux quant à notre responsabilité propre serait une erreur : tous et toutes, nous devons nous engager. Nous devons changer nos habitudes pour réduire nos émissions de particules fines dans les villes, grâce aux transports en commun, au covoiturage, et en réduisant la production d’automobiles grâce au partage. Pour cela, prenons conscience du rôle que nous pouvons chacun·e jouer en modifiant nos habitudes.

Quid des transports en commun ?

Beaucoup d’entre nous ont adopté les transports en commun. Bus, cars, métros, Transilien, vélos en libre-service, etc. Le réseau est en effet très développé, mais encore disparate selon sa localisation.

Car si les citadin·e·s sont souvent bien loti·e·s, celleux qui ont un domicile éloigné de leur lieu d’activité et des grandes villes souffrent de l’insuffisance des transports ferroviaires régionaux.

La privatisation de la SNCF portée par le gouvernement ne multipliera certainement pas le nombre gares desservies. Ce n’est aujourd’hui plus un fantasme : la disparition de certaines petites lignes de train, dans une sacro-sainte course à la réduction des coûts, est plus que probable comme le souligne France Info.

Ce bouleversement amènera de plus en plus de travailleur·euse·s à favoriser la voiture pour se rendre sur leur lieu de travail. Et chez les jeunes socialistes, nous pensons qu’il existe une alternative aux transports en commun, qui permet de conjuguer flexibilité et écocitoyenneté. Et cette alternative, c’est le covoiturage.

[1] Rachel Botsman et Roo Rogers, What’s Mine Is Yours : How Collaborative Consumption Is Changing the Way We Live

[2] Jean Baudrillard : La société de consommation. Paris, 1970.

[3] https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(17)30505-6/fulltext

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