Bonne ou pas bonne ? L’homéopathie serait-elle finalement le plus gros placebo du millénaire ? Il semble bien que oui, si l’on se réfère à l’Académie des sciences européennes qui a d’ailleurs dénoncé récemment le fait qu’elle bénéficie des privilèges réglementaires.

Retour sur la grande querelle qui oppose les savants de la médecine, quoi qu’il soit plus juste de dire que la querelle oppose l’opinion publique et les scientifiques ; car pour les scientifiques, il ne fait l’ombre d’aucun doute. Le Conseil scientifique des Académies des sciences européennes (EASAC) a fait une mémorable déclaration sur la question et a affirmé sans ambages que les revendications scientifiques de l’homéopathie ne sont pas plausibles et sont incompatibles avec les concepts établis de la chimie et de la physique ».

D’abord, de quoi parle-t-on ?

Du grec homoios qui veut dire similaire et pathos qui veut dire maladie ou souffrance l’homéopathie est un concept qui repose sur un principe fondamental : le facteur déclencheur d’une maladie peut non seulement la guérir, mais aussi la prévenir. On procède à une stimulation du corps afin qu’il soit à la base de sa propre guérison.

Tout commença lorsque Samuel Hahnemann (1755-1843) médecin allemand découvrit après des essais et contrairement à son homologue écossais que l’efficacité de l’écorce du quinquina dans le traitement de la malaria n’était pas due à son amertume, car d’autres plantes aussi bien amères s’avéraient inefficaces contre cette maladie. Il a retenu par la suite que l’admission du quinquina à un sujet sain provoquait les symptômes de la malaria. Il mit également au point la technique de dilution contre la toxicité de certains produits. L’homéopathie connut alors ses véritables débuts lorsque Hahnemann réussit, dit-on, à prévenir et à guérir l’épidémie de la scarlatine en 1799 grâce à un remède homéopathique. Elle prit en 1835 un véritable essor à travers la mise en place de la première école américaine d’homéopathie puis son développement au sein de réseaux d’apothicaire. Puis en 1994, l’homéopathie a été introduite dans les systèmes de santé publique de plusieurs pays européens et asiatiques selon les publications de l’OMS. Aujourd’hui en France l’homéopathie est pratiquée par plusieurs médecins et se base sur trois grands principes :

  • La similitude, le patient doit être traité sur la base d’une substance qui déclenche chez un sujet sain des symptômes de la maladie dont il souffre ;
  • La dilution qui consiste à mélanger une goutte d’une solution principale appelée teinture mère avec 99 autres gouttes d’eau ou d’alcool. Pour les homéopathes plus l’indice de dilution en eau est élevé plus les médicaments homéopathiques s’avèrent efficaces. Jacques Benveniste a mis au point à cet effet une hypothèse selon laquelle l’eau pourrait garder en mémoire des traces de molécules qui ont été mises à son contact préalablement ;
  • L’individualisation qui trouve sens dans l’adaptation des prescriptions des remèdes homéopathiques en fonctions des maux de chaque patient.

La méthode homéopathique

En homéopathie le corps malade dispose de l’énergie vitale nécessaire pour s’auto-guérir. Le plus important ici est de déceler les moyens susceptibles de stimuler cette énergie, afin de déclencher le processus de guérison naturel inné en tout organisme humain. Ainsi lorsqu’il est confronté à une maladie, l’homéopathe tente de recenser rigoureusement les facteurs déclencheurs des symptômes et les paramètres de son développement dans le but d’y faire correspondre le processus de guérison adéquat. Les remèdes homéopathiques s’efforcent de faire administrer des doses minimes des substances capables de déclencher les symptômes d’une maladie, afin de stimuler une réaction de défense de l’organisme et de mobiliser ses aptitudes d’auto guérison. Contre la piqûre d’une abeille par exemple il y a Apis un remède homéopathique fabriqué à base d’abeille. Il est important de savoir que les patients souffrants de la même maladie peuvent se voir prescrire des remèdes homéopathiques différents si leurs « constitutions » ou leurs symptômes spécifiques diffèrent.

L’homéopathie traite beaucoup plus de maladies chroniques comme les troubles ORL, les cystites, les insuffisances veineuses, les récidives d’herpès…face auxquels les remèdes scientifiques s’avèrent inefficaces ou trop offensifs.

Pour les scientifiques, il n’y a pas une once de vérité dans l’homéopathie

Le débat resurgit souvent lorsqu’il y a un échec flagrant de l’homéopathie, comme ce fut le cas, il y a près d’un an, lorsqu’un enfant de sept ans mourut d’une otite pour laquelle il était exclusivement traité par homéopathie. Plus loin de notre continent, aux États-Unis, on soupçonne cette pratique pourtant très adulée du peuple comme ayant occasionné le décès d’une dizaine de bébés à qui l’on a administré des produits homéopathiques ; 400 autres sont hospitalisés. Un affaire similaire a également éclaté en Espagne.

Pour l’académie des médecins, il ne pouvait en être autrement. Pour eux, les remèdes établis sur la base du principe de similitude n’ont aucune explication scientifique valable. Les scientifiques se sont penchés sur la méthode de dilution observée en homéopathie et ont déduit qu’il n’y a pas en réalité de principe actif qui explique la pratique de ces taux de dilution. C’est pourquoi l’hypothèse de la mémoire de l’eau de Jacques Benveniste n’a jamais été scientifiquement validée. En ce qui concerne l’individualisation, les scientifiques s’étonnent du fait qu’on trouve en pharmacie des médicaments homéopathiques censés guérir tout le monde alors qu’ils devraient être adaptés à chaque type de patient.

Il y a eu certes des voix pour défendre l’homéopathie, mais elles ont été vite étouffées par les arguments scientifiques. Ce fut surtout le cas des résultats de l’étude de Boiron qui atteste de l’efficacité des produits homéopathiques. L’étude a été rapidement écartée parce que les scientifiques ont trouvé sa méthodologie peu convaincante.

Le remboursement de traitements homéopathiques remis en cause

Conformément aux dispositions de l’article L5121-13 du Code de santé publique français, les médicaments homéopathiques sont donc remboursés à hauteur de 35 % lorsqu’ils sont prescrits. Quant aux consultations homéopathiques, elles sont remboursées par la sécurité sociale à hauteur de 30%. Dès lors la question relative à la nécessité de ces différents remboursements malgré l’inexistence de preuves scientifiques quant à l’efficacité de l’homéopathie prend tout son sens. Devrait-on continuer à rembourser des méthodes thérapeutiques dénuées de tout fondement scientifique ? L’Agence française de sécurité sanitaire recommande un déremboursement total des traitements de l’homéopathie. Pour l’Académie de Médecine, ce remboursement constitue une « aberration ».

Mais la pertinence de la question du remboursement est aussi liée au poids de l’homéopathie sur les finances publiques. On comprend bien aisément ce que cette médecine pourtant contestée peut couter à la sécurité sociale quand on sait que 2/3 des Français avouent qu’ils utilisent cette pratique médicale.

On ne sera donc pas étonné que le remboursement des produits homéopathiques soit suspendu, non seulement en France, mais aussi en Allemagne qui est avec notre pays, un grand consommateur de l’homéopathie.

 

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