Au moins 12 millions de Français sont touchés par un handicap. Il s’agit donc d’une question qui concerne au moins 1 français sur 6. Pourtant ce n’est jamais très aisé d’en parler, encore moins publiquement. Aussi comprend-on qu’il y ait tant de mouvements sociaux, tant de grèves pour améliorer la condition des travailleurs, mais qu’il y ait un si grand silence sur les conditions des handicapés. Aujourd’hui, notre dossier lève un coin de voile sur ce sujet tabou qui concerne une partie importante de la population française.

Les chiffres-clés [1]

C’est en 1998 que sera conduite la première enquête de l’INSEE sur les personnes vivant avec un handicap. Selon l’OCIRP[2], quelque 15 000 enfants naissent chaque année avec un handicap. Ce chiffre représente environ 2% des naissances. La moitié de ces enfants présentent un handicap sévère. Selon l’INSERM, 3 à 4 000 enfants handicapés à la naissance le sont pour des raisons périnatales, c’est-à-dire soit au cours de la grossesse, soit au cours de l’accouchement. Il faut dire que les évolutions de la médecine ont pu améliorer l’espérance de vie de certaines catégories de personnes handicapées. Par exemple en 1929, l’espérance de vie d’une personne trisomique était de 9 ans. Aujourd’hui, elle est de 55 ans. Mieux, 10% des personnes trisomiques pourraient vivre pendant plus de 2/3 d’un siècle et atteindre 70 ans. Enfin, selon certaines statistiques, le handicap acquis est la forme la plus répandue. En effet, 85% des personnes handicapées le seraient devenues après l’âge de 15 ans.

Sur les 12 millions de personnes portant un handicap, seulement 2,66 millions ont une reconnaissance administrative et moins de 50% des personnes ayant une reconnaissance administrative sont actives au plan professionnel.

Pour comprendre l’impact du handicap au niveau individuel, mais aussi au niveau social, il faut d’abord questionner les origines du handicap. Les spécialistes parlent de la séquence WOOD (du nom du Britannique Philipe WOOD qui avait défini une classification internationale des Handicaps pour l’OMS). La séquence WOOD présente la trajectoire entre la maladie et le handicap de façon tout à linéaire et consécutive. La maladie (un dysfonctionnement de l’organisme) entraîne une incapacité de tout ou partie du corps à exercer une fonction spécifique ; cette incapacité issue d’une déficience entraîne en conséquence une incapacité à faire des activités relevant de la vie quotidienne ou professionnelle. La dernière chaine de cette suite de conséquences est le désavantage qui est la résultante de tous les autres maillons qui l’ont précédé.

L’embauche et le handicap

L’insertion professionnelle des personnes vivant avec un handicap a suscité comme chacun sait une suite de politiques, de mesures, de promesses. L’efficacité de toute cette armada déployée peut se résumer, sans pessimisme pourtant, à deux phrases : a) 85 items doivent être remplis par l’entreprise qui entend embaucher une personne handicapée ; b) en 2015, seulement 3,4% des personnes handicapées étaient employées par les entreprises[3]. En effet, rares sont les entreprises qui, ayant un personnel de plus de 20 salariés, embauchent 6% de personnes handicapées comme le veut la loi du 10 juillet 1987.  Cette loi donne en effet une autre possibilité qui est plutôt privée : verser une contribution à l’AGEFIPH (Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées)

Aussi comprend-on aisément que la politique publique dans ce sens soit plutôt orientée vers une priorisation de l’emploi direct des handicapés en lieu et place de la tendance traditionnelle à leur verser des allocations. D’un point de vue psychologique, il semble plus gratifiant et respectueux pour la personne handicapée de lui faire participer à la production plutôt que d’en faire un sujet non productif, bénéficiant passivement des allocations. Pour Bruno Le Maire, il faut aller au-delà des « accommodements », et « ce que ces personnes peuvent apporter au monde ».

Le fond du problème

Ce n’est pas tant que les entreprises aient une aversion particulière sur les personnes handicapées. Le problème se situe au niveau de la valeur actuellement donnée à la célérité à l’agilité. La performance semble en effet être curieusement rattachée à la rapidité physique, alors même que le travail devient de plus en plus intellectuel et non manuel.  Le handicap crée en fait des barrières sur le chemin de ceux qui les portent et il faut une réadaptation du poste au travailleur pour permettre au handicapé de participer à la production dans l’entreprise.

Le handicap n’est pas seulement un frein pour l’entrée dans l’entreprise (dans tous les sens). Il est aussi limitatif pour la montée des marches hiérarchiques. Il n’est pas fréquent que le handicapé parvienne à gravir tous les échelons et à se hisser dans le fauteuil de PDG.

Néanmoins la situation s’améliore

On a bien l’impression, parfois à raison, que les personnes handicapées sont laissées à un sort peu prometteur. Et l’analyse présentée ci-dessus peut aussi renforcer cette impression. C’est donc le lieu de reconnaître ce qui se fait de façon novatrice et significative pour une amélioration des conditions de vie des personnes vivant avec un handicap. Il y a bien des entreprises qui font un effort notable, et c’est le lieu de le rappeler. Ce sont d’abord les start-ups qui essaient de plus en plus de consacrer leurs recherches à l’amélioration des conditions de vies des personnes handicapées. Les innovations se multiplient en effet pour optimiser le quotidien de ces personnes. Il ne s’agit plus exclusivement des handicaps moteurs ou visuels, mais aussi de toutes les autres formes, comme le handicap mental. On citera par exemple le projet WatchHelp de l’association InPacts. Il s’agit d’une montre connectée, conçue pour les enfants autistes. Elle leur permet de faire une planification de leurs tâches quotidiennes.

Il faut aussi reconnaître, et c’est réconfortant, que de plus en plus d’entreprises essaient d’intégrer plus de collaborateurs en situation de handicap. Amadeus SAS est l’une d’elle. S’étant engagée à porter à 4% d’ici 2019 le taux d’emploi de personnes en situation de handicap, cette start-up a commis trois employés au déploiement du second accord handicap. Cet accord invite surtout les entreprises à agir sur des solutions de compensations technologiques qui améliorent la vie au travail des personnes portant un handicap. Il nous reste à espérer que d’autres entreprises leur emboitent le pas.

[1] Les chiffres avancés ici sont tirés des sources suivantes :

  • CNSA « Les chiffres clés de l’aide à l’autonomie 2016» , 20 pages.
  • DREES, Etudes & Résultats n°1009, 05/2017, 6 pages
  • DREES, Etudes & Résultats n°1003, 03/2017.
  • DARES Analyses, 05/2017, 10 pages

[2] https://www.ocirp.fr/actualites/les-chiffres-cles-du-handicap-en-france

[3] DARES, novembre 2017

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