L’affaire embarrasse l’Etat au plus haut sommet. Elle semble révéler selon plusieurs observateurs un système de copinage et un flou dans la politique qui se veut malgré tout exemplaire.

Depuis le 18 juillet 2018, la République est emballée dans un feuilleton médiatique qui se joue désormais sur le plan politique pour Emmanuel Macron, et judiciaire pour Alexandre Benalla, le collaborateur tombé en disgrâce après les révélations du journal Le Monde. Le palais de l’Élysée est sous le feu des critiques.

Il est notamment reproché à l’Exécutif d’avoir été trop tendre au point de friser le laxisme au début de l’affaire. Ce qui aurait pu rester une simple affaire se limitant à un simple collaborateur trop zélé a revêtu l’apparat d’un gros scandale qui fait trembler la République et sème la panique au niveau des hauts échelons du pouvoir d’Etat.

Le gouvernement a péché dans la gestion de cette crise sur plusieurs côtés. Les contradictions observées dans les communications, les ratés notés dans les auditions, la passivité de la sanction enclenchée contre Benalla et, parfois l’arrogance du patron de l’Élysée, noie complètement Macron et son équipe.

Un laxisme scandaleux de l’Élysée

L’Élysée a été trop complaisant et laxiste avec Alexandre Benalla. Selon le porte-parole du palais de l’Élysée, Benalla avait été suspendu de son poste pour une courte durée de deux semaines assorti d’une suspension du traitement. Cet argument avancé dans le cadre d’une offensive communicationnelle avait pour but de désamorcer le flot de critiques qui s’abattaient avec fureur sur l’équipe gouvernementale. Mais cela s’est avéré vain. A l’inverse, ces propos de Bruno Roger-Petit ont enflé la polémique autour de cette affaire, car la réintégration de Alexandre Benalla dans le dispositif sécuritaire de Emmanuel Macron a surpris plus d’un. Même si les communicants du palais de l’Élysée soutiennent que Alexandre Benalla a été relégué à un simple rôle administratif, certains faits semblent le démentir. Ainsi, on a vu Benalla dans le bus des champions du monde de football à leur retour de Russie. De même, d’autres images du mis en cause aux côtés de Emmanuel démontrent qu’après sa courte mise à pied, Alexandre Benalla a rapidement retrouvé le sommet du pouvoir. Ces faits serviront d’arguments pour les détracteurs d’Emmanuel Macron de creuser davantage l’abcès de cette affaire.

Un copinage au sommet de l’Etat ?

A la révélation du journal Le Monde, le gouvernement s’est refusé de commenter l’affaire. Cette posture aura été préjudiciable pour la Macronie. Le mutisme de l’Exécutif a permis aux journalistes de jeter de chaudes piques à l’endroit de l’Élysée. Le président Emmanuel Macron rompra le silence. Au détour d’une rencontre avec les députés de la majorité, Emmanuel n’a pas hésité à assumer son admiration pour le « militant engagé » Alexandra Benalla même s’il dira avoir été trahi et déçu.

Par ailleurs le supposé de train exceptionnel de Alexandre Benalla a fait des mécontents dans la République. Logement dans une dépendance de l’Élysée, autorisation de port d’armes ou encore voiture avec chauffeur avec un salaire assez coquet, le réel statut de Benalla est un sujet qui intéresse beaucoup et semblent forger le sentiment de frustration contre le gouvernement Macron. Dans l’équipe d’Emmanuel Macron, l’ancien M Sécurité de semble avoir jouir de quelques privilèges qui étonnent vu son rang.

Une volonté de cacher la réalité des faits

Si les patrons de Alexandre Benalla ont mis du temps avant de prononcer une décision de licenciement du protégé de Alexandre Benalla, la sanction ne semble pas vraiment calmer le mécontentement populaire que soulève cette affaire qui a mis le Parlement en ébullition. En effet, le grand silence du président Emmanuel Macron et celui de l’appareil d’Etat tout entier évoquent une volonté manifeste de ne pas prendre avec toute la délicatesse que cela exige. Les différentes contrevérités, les contradictions enregistrées les différentes auditions entretiennent un grand cafouillage dans cette affaire.

 

Le gros cafouillage des contradictions et mensonges dans les déclarations

Auditionnés, Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur ; Michel Delpuech, préfet de police de Paris ; Patrick Strzoda, directeur de cabinet de l’Élysée se sont montrés évasifs, voire moins convaincants, dans leurs explications devant les commissions spéciales instituées par le Parlement pour connaitre les tenants et les aboutissants de cette affaire dont le contrôle semble échapper au gouvernement de Emmanuel Macron.

Selon la version servie par l’Élysée, Alexandre Benalla était sur les lieux en tant qu’observateur. Mais cela est contesté par une autre voix officielle. Au cours de son audition le lundi 23 juillet dans la soirée par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, Alain Gibelin, le directeur de l’ordre public de la Préfecture de Police de Paris, a démenti ce point la version des faits distillée dans l’opinion par l’Élysée, depuis le début de l’affaire.

De même, les déclarations du ministre semblent omettre la réalité des faits. Alors qu’il a assuré devant les parlementaires n’être informé que le 2 juillet, c’est-à-dire au lendemain des manifestations, le Gerrard Collomb a été contesté par le préfet de la Police de Paris. Michel Delpuech. Aux dires du préfet de la Police de Paris, le ministre a assisté à une réunion d’état-major au cours de laquelle la vidéo qui créait la polémique sur la toile a constitué l’un des points majeurs de discussion.

Par ailleurs, l’une des grandes contradictions dans cette affaire a trait à la supposée suspension de Benalla. Le collaborateur de l’Élysée avait-il été suspendu pendant deux semaines.

Une responsabilité tardivement assumée

Si le président de la République a fini par se prononcer publiquement sur l’affaire, il n’en demeure pas moins que cela n’a pas permis d’amortir le feu des critiques. Pourquoi avoir attendu la tempête judiciaire et médiatique avant d’enclencher le processus de licenciement de Benalla ?  Le chargé aurait-il été puni aussi sévèrement si le monde de la presse et la Justive ne s’était pas mêlés de cette affaire ? A-t-on voulu protéger un copain des années d’avant l’élection. Sur ces différentes questions, les observateurs estiment que l’Élysée a failli dans sa prise de responsabilité.

Ce scandale n’aurait pas eu tout ce retentissement si le gouvernement avait de manière rigoureuse ce problème en son sein. Déjà, la trop grande proximité de Benalla avec le couple présidentiel a été problématique et a éveillé les consciences sur les degrés de relation entre l’ancien chargé de mission et ses patrons de l’Élysée. Le statut de Benalla est vraiment l’un des points d’achoppement des auditions.

Une opinion défavorable à Emmanuel Macron

Dans les sondages, les chiffres ne sont pas favorables à Emmanuel. Emmanuel Macron qui avait bénéficié d’une frénésie populaire autour de sa candidature voit son image écorchée et la crédibilité de son gouvernement ébranlée par une simple dont la légèreté du traitement est devenue un scandale d’Etat. Selon des sondages régulièrement publiés, la majorité des Français sont choqués par cette affaire et la manière dont le gouvernement l’a gérée. La confiance des Français n’est plus la même. Cela ne sera pas sans répercussions sur son parcours quinquennal.

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