Malgré les signes de vieillissement apparents  des réacteurs nucléaires français, EDF continue de tenir un discours en faveur de la prolongation de leur durée de vie.

Un lanceur d’alerte a fourni de nombreux documents internes sur le site allemand correctif qui révèle l’état actuel des réacteurs nucléaires français. Ceux-ci font l’objet d’une utilisation excessive. Ce qui aura pour conséquence directe la multiplication des problèmes techniques.

Pendant ce temps, le directeur exécutif du groupe EDF continue de tenir un discours rassurant. Interviewé sur France Inter le 12 juillet,  Dominique Minière explique que les centrales nucléaires continuent d’être au mieux de leur forme : « Sur les 10 dernières années, notre taux de panne a été divisé par 2. Le nucléaire n’a jamais été dans une meilleure situation en France qu’aujourd’hui ».

Un jonglage juridique

Mises en service depuis 1977, les centrales nucléaires auraient dû déjà être fermées ; l’âge de fonctionnement limite étant de 40 ans. Le défaut de limitation des tranches nucléaires par le décret d’autorisation est la principale arme juridique utilisée par EDF pour continuer l’exploitation des centrales. Tout porte à croire que le gouvernement est en faveur du rallongement de la durée d’exploitation des centrales nucléaires.

En lieu et place de l’arrêt de leur fonctionnement, EDF doit s’assurer que les centrales nucléaires fassent l’objet de maintenance chaque 10 ans. Le groupe a prévu d’organiser une concertation de consommateurs jusqu’en mars 2019 pour déterminer les conditions dans lesquelles sera effectué leur examen complet. Avec ce plan, EDF a prévu de ne démarrer la fermeture des centrales nucléaires qu’à partir de 2029. Sur les 58 centrales françaises, seules celles de Fessenheim en Alsace seront fermées avant cette échéance et seront remplacées par l’EPR de Flamanville dans la Manche.

Dans une programmation pluriannuelle de l’énergie, Édouard Philippe affirme que la réduction de 50 % de l’énergie nucléaire aura lieu à l’horizon 2035. Une décision qui semble donner du zèle au directeur exécutif d’EDF qui dit vouloir atteindre les 60 ans de vie des réacteurs. Comme le gouvernement, EDF ne prend pas en compte la loi de transition énergétique pour la croissance verte qui consacre depuis 2015 le principe de réduction  à 50% de la part du nucléaire à l’horizon 2025.

Selon les déclarations du directeur exécutif, 48 milliards d’euros de travaux sont prévus pour la quatrième visite décennale. Ils seront consacrés à l’étude de la détérioration de certains composants, à leur remplacement et à la maintenance.

Une tromperie  dangereuse

Des documents techniques de source sûre apportent la preuve qu’EDF est dans une campagne de communication pour camoufler la réalité des faits. Les réacteurs nucléaires français ne sont pas en état pour supporter 20 années supplémentaires d’exploitation pour raison de sollicitation trop importante.

Plus d’un tiers des réacteurs, 21 plus exactement, avait dépassé la limite de sollicitation des circuits et des composants qui se charge de la transmission de la chaleur à l’origine de la production de l’électricité. La répétition de ces incidents au fil des années altère la durabilité des matériels notamment les vannes, les  clapets et la tuyauterie. Des dysfonctionnements qui mènent lentement à un éventuel accident nucléaire.

Des faits que le groupe tait jalousement en plus de n’avoir pas prévu les travaux de maintenance et de réparation qu’elle prétend réaliser pour la quatrième décennie. Les documents comportent des prévisions surréalistes selon lesquelles le nombre de réacteurs connaissant un dépassement d’exploitation passerait de 33 pour le compte de 40 ans d’utilisation à 54 si la durée d’exploitation était prolongée à 60 ans.

Comble de l’ironie, EDF n’a prévu aucune action pour endiguer le mal. La seule véritable mesure envisagée est l’augmentation  du seuil  de dépassement. C’est la façon pour  EDF de s’assurer de ne pas se retrouver en infraction. Le groupe  pourra ainsi garder secrets les incidents de dépassement, contrairement aux règles en vigueur qui stipulent que le dépassement de seuil considéré comme un « événement significatif de sûreté » doit être révélé. La seule dérogation à cette règle concerne la prise de mesures d’anticipation du dépassement de seuil et la justification d’un tel fait. C’est cette marge de manœuvre qui permet à EDF de garder secrets les incidents.

Ces faits ne sont pas inconnus de l’autorité de la sûreté nucléaire qui les accepte faute de réelles pannes. Son inaction est justifiée par le principe selon lequel « l’exploitant a la possibilité de modifier le dossier des situations s’il démontre que l’appareil satisfait aux exigences de résistance aux différents dommages ».

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