Le gouvernement écossais aura étonné plus d’un par sa décision d’apporter un appui tout à fait singulier aux élèves et étudiantes de ce pays : des produits hygiéniques leur seront gracieusement distribués. L’opération concerne près de 400 000 personnes (395 000 précisément) et a impliqué un engagement financier d’une valeur de près de 6 millions d’euros.

Une mesure pour améliorer les conditions des jeunes femmes défavorisées

Si on sait que les menstrues sont un phénomène naturel et intègrent le fonctionnement ordinaire du corps féminin, on sait moins que la protection hygiénique constitue une charge financière fixe non négligeable à laquelle toute femme doit faire face mensuellement. La constance de cette dépense en fait bien facilement un poids un peu lourd pour les finances de certaines femmes qui tombent de fait dans ce que l’on a appelé la précarité menstruelle.

La mesure du gouvernement écossais vise donc à protéger les étudiantes et élèves ayant des moyens financiers limités pour qu’elles ne soient pas contraintes à suspendre les cours pendant quelques jours chaque mois. En effet, les filles qui ne parviennent pas à se procurer des protections hygiéniques sont obligées souvent de rester à la maison pendant la période que durent leurs règles.

Plan International a conduit un sondage décembre dernier, qui révèle qu’au moins une fille sur sept est obligée en Écosse d’emprunter ces produits auprès de leurs amies parce qu’elles n’ont pas les capacités financières nécessaires pour couvrir ces charges mensuelles.   Une autre étude de Young Scot avait en effet montré qu’une fille sur quatre en Écosse pourrait avoir des difficultés à accéder aux protections hygiéniques. Mais les faits quotidiens aussi ont révélé ce problème de précarité. Une école de la ville de Leeds s’est adressée à une association, Freedom4girls qui, à son tour attirera l’attention des pouvoirs publics sur le fait que plusieurs filles manquaient les classes pendant leur période de menstrues parce qu’elles n’ont pas les moyens de s’acheter régulièrement les protections hygiéniques.

Pour l’ancienne ministre de la Santé Aileen Campbell, « dans un pays aussi riche que l’Écosse, il est inacceptable que quiconque se batte pour acheter des produits hygiéniques de base ». Elle trouve ainsi dans cette mesure une réponse pertinente à la souffrance d’une partie de la population écossaise, mais aussi un moyen de permettre « aux étudiantes de se concentrer pleinement sur leurs études ».

Voilà pourquoi dès cette rentrée universitaire, toutes les universités du pays ont l’obligation de fournir gracieusement des protections hygiéniques aux étudiantes qui en manifesteront le besoin.

Au commencement, un programme pilote

Avant de s’étendre à tout le pays, la distribution des produits hygiéniques aux femmes était expérimentée à une échelle réduite dans la ville d’Aberdeen. La distribution s’est déroulée sur 6 mois dans des lycées et universités, et au siège de certaines associations. Elle est assurée par Community Food Initiatives North East, une entreprise sociale à qui le gouvernement a transmis 10 000 livres pour couvrir les diverses charges du programme.

Maintenant que le programme est généralisé à tout le milieu scolaire et universitaire de tout le pays, le gouvernement n’envisage pas de s’arrêter là. Un autre plan d’aide sociale est déjà en gestation pour soutenir les familles démunies à travers le pays. Environ 18 000 personnes recevront des protections hygiéniques grâce aux 500 000 livres prévues à cet effet.

Une décision unique au monde

C’est bien la première fois qu’au niveau national une telle mesure sociale est prise. Mais il faut reconnaître que ce programme s’est inspiré de l’expérience de la ville de New York qui dispose de distributeurs de protections hygiéniques dans toutes les écoles publiques. L’idée était venue d’une conseillère municipale, Julissa Ferreras-Copeland, qui avait lancé un mouvement dénommé « free-tampons ».

En France, la lutte a une autre allure. L’association féministe Georgette Sand avait dénoncé la « taxe-tampon » et conduit plusieurs actions pour la réduction de la TVA des serviettes hygiéniques et des tampons. En décembre 2015, le parlement votera une réduction de la TVA sur ces produits. La TVA passera ainsi de 20 à 5,5% pour les protections hygiéniques.

À Londres c’est une mesure semblable que l’on envisage, depuis que la députée britannique Daniel Rowley a tenu un discours quelque peu provocateur à la Chambre des communes. Pour cette députée travailliste, il n’est pas normal que l’on continue de perdre de vue le poids financier que constitue la protection hygiénique, notamment pour les femmes au revenu limité. « Je voudrais évoquer avec vous et à la Chambre des communes (…) le fait qu’aujourd’hui j’ai mes règles, et ça m’a déjà coûté cette semaine 25 livres […] Nous savons que le coût annuel moyen des protections périodiques au Royaume-Uni est de 500 livres, beaucoup de femmes ne peuvent pas se le permettre ». Son intervention aura l’effet escompté puisque la secrétaire d’État chargée des Femmes et de l’Égalité, Victoria Atkins, a promis que l’État exonèrerait les protections hygiéniques de la TVA « quand nous quitterons l’Union européenne ». Cela permettra de réduire le coût de ces protections.

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