Gabon : 2016, une année décisive

Avec des élections présidentielles en août, 2016 sera une année décisive pour le Gabon.

Alors que depuis 1967 le pays est dirigé par la même famille, les Bongo -Omar Bongo d’abord, puis son fils Ali depuis 2009 à la mort de son père-, l’année 2016 offre la possibilité d’un tournant. L’opposition gabonaise, qui depuis les années 90 et les premières élections présidentielles ouvertes dénonce régulièrement des scrutins truqués et des pressions, souhaite faire de la transparence électorale l’enjeu de ce début d’année, afin de pouvoir mener une campagne libre, projet contre projet.

C’est dans ce contexte que les Jeunes Socialistes et les Jeunes écologistes ont répondu à l’invitation du Mouvement des Jeunes « Upégistes » (MJU) et de l’UPG (Union du Peuple Gabonais), en se rendant à leur convention nationale du 6 au 10 Janvier à Libreville. Après un premier voyage en mai 2015 au Gabon pour échanger sur nos convictions communes, l’internationalisme socialiste et les enjeux écologiques, cette nouvelle convention avait pour objectif de lancer la bataille pour l’élection présidentielle.

La captation des richesses

Alors que ce pays regorge de richesses –pétrole, minerais, une forêt luxuriante recouvrant 80% du territoire-, et dispose d’une population jeune, le Gabon semble frappé par des inégalités qui minent son développement. Ainsi, la rente pétrolière –qui représente près de 40% du PIB du pays- ne semble pas profiter à des pans entiers de la population. Si le PIB par habitant peut donner l’illusion d’une relative prospérité (près de 10 000$ par habitant), ce chiffre masque de profondes inégalités : plus d’1/5ème de la population serait a minima encore sous le seuil de pauvreté, l’accès à l’eau et l’électricité reste difficile dans de nombreuses provinces, tandis que l’indice de développement humain du pays le classe 112ème sur 187.

Un déplacement dans les terres, vers Lambaréné, a ainsi été l’occasion de voir, outre la beauté et la diversité des paysages, la pauvreté d’une partie du monde rural et des infrastructures peu développées (la crevaison de notre pneu en pleine nuit dans la forêt équatoriale à force de trous et crevasses dans la chaussée en a été un « agréable » rappel).

La collusion, voire la confusion, entre pouvoirs politiques et économiques est régulièrement dénoncée par l’opposition et moquée par la population (le parti au pouvoir s’appelle ironiquement le « PDG »), tandis que la forte présence policière et les nombreuses demandes de pot-de-vin alimentent la frustration (il n’est pas inhabituel qu’au détour des nombreux barrages de police ou militaire une somme vous soit réclamée à la moindre infraction, même factice). Cet ensemble nourrit un sentiment de captation des richesses par une minorité et des accusations de corruption. Une impression renforcée par la juxtaposition fréquente de baraquements dénués d’accès à l’eau à côté de villas luxueuses et sécurisées.

Une opposition qui s’organise :

L’opposition gabonaise a été éclatée ces dernières années entre une opposition historique incarnée par l’UPG, mais représentée aujourd’hui par différentes sensibilités, et d’anciens membres du régime Bongo ralliés à l’opposition.

En dépit des tentatives de débauchage individuel de personnalités par le pouvoir, l’opposition s’est peu à peu regroupée dans un « front uni » pour le changement qui appelle à des élections libres, juridiquement encadrées et prévoit d’organiser une primaire pour désigner son candidat à la présidentielle.

Lors de sa convention, l’UPG a adopté plusieurs résolutions pour rappeler ses revendications :
– Demande d’une procédure de destitution à l’encontre du président Bongo pour faux et usage de faux concernant son acte de naissance lors de la précédente élection présidentielle ;
– Organisation de primaires de l’opposition ;
– Candidature de Moukagni Iwangou, président de l’UPG, lors de ces primaires ;
– Demande d’adhésion à l’Internationale socialiste, en raison des combats communs pour la démocratie, la juste répartition des richesses, l’égalité entre femmes et hommes, le développement solidaire ou encore l’importance accordée aux politiques éducatives et culturelles ;

La Convention des Jeunes Upégistes a de son côté cherché à mobiliser la jeunesse pour ces élections : formation au porte à porte pour toucher le plus grand nombre ou encore intervention de mouvements étudiants pour sensibiliser à l’enjeu de l’engagement étudiant et lycéen. La question du financement des partis politiques, la préservation de l’environnement, l’autonomie des mouvements de jeunesse politique ou encore le thème de la « République des égaux » ont aussi été longuement abordés. La société civile gabonaise et les échanges avec des partenaires internationaux ont ainsi eu une large place lors de ces débats pour forger des convictions et imaginer l’avenir.

Entre résignation et colère : un espoir à ne pas décevoir

Dès notre arrivée, le message était clair : l’indifférence de la communauté internationale est la meilleure arme du pouvoir, car elle nourrit la résignation intérieure. Les « upégistes » de Port-Gentil et de Franceville, notamment, nous ont interpellé : « Nous n’attendons pas de la communauté internationale qu’elle désigne notre futur président, nous voulons simplement permettre à tous les candidats de bénéficier des mêmes règles », des élections libres, avec observateurs internationaux pour vérifier la régularité du scrutin, et une proclamation rapide des résultats (et non 2 semaines après comme cela a pu être le cas par le passé).

A ce titre, une semaine après ce voyage au Gabon, les propos du Premier ministre français, Manuel Valls, samedi 16 janvier, remettant en cause la légitimité démocratique du président gabonais Ali Bongo, ont sans aucun doute été une lueur d’espoir dans l’exigence d’élections transparentes en 2016 par la communauté internationale.

Dans toutes nos conversations la colère était palpable –non pas contre nous Jeunes Socialistes et écologistes, au contraire, la gratitude, la reconnaissance étaient omniprésentes- mais contre cette chape de plomb qui semble imposée à chaque élection, ce plafond de verre qui interdit à l’opposition d’insuffler le renouveau et de rompre avec le système en place. C’est comme cela que la tournée nationale du MJU dans tout le pays, cet été, a été bloquée à plusieurs reprises par la police ou l’armée, ses représentants retenus parfois.

Et pourtant, dans ce paysage contrasté, où colère et résignation cohabitent, l’enthousiasme saute aux yeux, de même que l’envie d’avancer, d’inventer, de créer, de rire, de penser un avenir collectif et plus radieux. A l’image du MJU, qui se renouvelle avec l’arrivée de nouveaux militants et désormais une nouvelle présidente, Elza Ritchuelle Boukandou qui prend à présent la suite de Anges Kévin Nzigou.

Cet engagement militant et pacifique force l’admiration, ainsi que cette volonté par le porte à porte et le dialogue -avec la société civile, les syndicats, les étudiants, l’ensemble de l’opposition- de puiser une énergie nouvelle pour leur pays. Ignorer cet espoir et la mobilisation sereine mais déterminée de cette jeunesse serait une folie : loin d’apaiser une société tendue par les inégalités, ces pompiers pyromanes raviveraient le feu qu’ils prétendent éteindre.

Ces militants n’ont qu’un souhait, que Libreville, la capitale du Gabon, puisse porter dignement son nom, en ne craignant pas de faire vivre cette liberté : celle de penser, de débattre, de voter ; bref, la liberté des citoyens de construire ensemble leur avenir.

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