La crise de l’élevage, symptôme d’un modèle agricole à bout de souffle

La crise systémique traversée par les éleveuses et les éleveurs laitiers, de bovins viande et de porcs nous engage plus que jamais à repenser notre modèle agricole. L’agriculture paysanne est la première victime de cette crise, tandis que les fermes industrielles sur le modèle des 1000 vaches participent à écraser les prix et au détriment d’une production de qualité. Les chiffres de la commission des comptes de l’agriculture sont clairs : le nombre de paysans diminue. Cette crise n’est pas uniquement due à la situation économique difficile, elle est le reflet d’un système de production et de consommation qu’il faut modifier durablement.

Nous vivons un véritable plan de licenciement engagé dans une filière qui compte aujourd’hui plus de 250 000 emplois. Les petits producteurs ne parviennent plus à couvrir leurs coûts de production ni à se payer et sont poussés aujourd’hui à la faillite. Les conséquences peuvent parfois être désastreuses pour celles et ceux, au premier plan les jeunes, qui se sont endettés afin d’investir. La détresse est bien réelle. Paradoxalement, le volume de production reste équivalent après chaque crise. Les petits meurent et les gros s’endettent, toujours plus, perdant leur indépendance au profit des banques de crédit et ne pouvant rembourser à cause de la baisse des prix.

Les élevages français font face depuis 7 ans à une concurrence européenne renforcée et plus compétitive. Dans le cas du lait, les quotas de production instaurés par la politique agricole commune en 1984, qui permettaient de limiter et répartir la production de lait afin de maîtriser les prix, ont été supprimés en avril 2015. Dès lors les volumes de production ont augmenté alors même que la demande ne suivait pas. Face à la baisse des prix de l’ensemble du secteur de l’élevage en Europe, la négociabilité générale des prix entre les producteurs et les industriels (transformateurs et distributeurs) en France, voulue par la droite dans la loi de modernisation de l’agriculture en 2010, n’a pas suffit à maintenir les prix stables, en témoignent les accords du 17 juin 2015 qui n’ont pas été respectés et ont mené à la colère des producteurs.

Face à l’urgence, les Jeunes Socialistes saluent le plan d’action présenté par le gouvernement qui prévoit le déblocage de 600 millions d’euros pour alléger les trésoreries, la restructuration des dettes bancaires, ainsi que des mesures structurelles d’aides à l’investissement, la mobilisation du plan d’investissement avenir et le soutien à la promotion des filières bovine et porcines. Rappelons aussi que la Loi d’avenir pour l’agriculture, votée en janvier 2014, apporte de nouveaux outils pour faciliter l’installation des jeunes, le regroupement, le soutien aux petits producteurs et limiter les agrandissements excessifs d’exploitations.

Cependant, ces mesures s’avèrent insuffisantes pour maîtriser les volumes et les prix et réorienter notre modèle agricole vers des pratiques qui rémunèrent les éleveurs et leur permette d’être indépendants.

Les Jeunes socialistes incitent le gouvernement à encadrer et réduire les marges des industriels et de la grande distribution qui n’ont cessé d’augmenter depuis trois ans et à défendre la maîtrise des volumes au niveau européen.

De plus, face à la dynamique d’industrialisation de l’agriculture par l’agrandissement à outrance des fermes, le gouvernement doit s’engager pleinement dans le développement d’une agriculture paysanne, autonome, centrée autour des territoires, respectueuse de ses travailleurs et de son environnement, tendant vers la souveraineté alimentaire.

Cela nécessite un renforcement de l’aide à l’installation des jeunes agriculteurs mais également un plan ambitieux de transition d’une agriculture productiviste vers une agriculture paysanne en lien avec les territoires, autour du modèle coopératif et par le développement des circuits courts (par exemple en taxant le kérosène aujourd’hui exonéré) et par la défense des appellations d’origine et indications protégées.

Enfin, l’agriculture paysanne ne pourra survivre sans l’aide de l’Europe. Nous défendons par là même une réorientation réelle de la PAC vers une politique plus juste basée sur des critères de qualité et non sur des subventions à l’hectare, ce qui favorise toujours les grandes exploitations.

L’adoption du Traité transatlantique est incompatible avec ces objectifs de transition écologique, de justice sociale, de renforcement du modèle paysan. En effet, TAFTA représente une menace considérable sur les acquis sociaux et les réglementations actuelles. C’est pourquoi les Jeunes Socialistes renouvellent leur opposition à ce traité de libre-échange et militent pour l’arrêt des négociations.

Préparez le changement: restez informés!

Commentaires

Soyez le premier à réagir !

Les commentaires sont fermés.