Séminaire du Queer network de YES à Prague

A l’occasion de la journée internationale de lutte contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie s’est tenu le 16 mai à Prague un séminaire du réseau Queer des Jeunes Socialistes européens (YES).

JOUR 1 – EVENEMENT DES JEUNES SOCIAUX-DEMOCRATES (MSD)

Vendredi 15 mai, les Jeunes Sociaux-Démocrates Tchèques ont organisé un événement au Parlement pour le lancement d’un mémorandum des organisations de jeunesse politiques démocratiques tchèques à l’occasion des 25 ans de la démocratie en République Tchèque. L’objectif est de porter la voix de la jeunesse démocratique, alors que le Parti social-démocrate tchèque au pouvoir gouverne avec les populistes. Le Premier ministre social-démocrate Bohuslav Sobotka a introduit la journée en rappelant que la démocratie consiste à inclure les aspirations de chaque citoyen dans la production de la politique.

Ensuite, les présidents de chaque organisation membre de la nouvelle plateforme des organisations de jeunesse politiques démocratiques se sont présentés. Les Jeunes Libéraux se sont présentés en premier.

Les Jeunes Conservateurs (MK) espèrent poursuivre le système politique traditionnel, et que les populistes ne réussissent pas. Leurs activités sont de mener des conférences dans les grandes écoles, de porter la voix des jeunes pour influencer le Parti Conservateur, et d’influencer les jeunes sur les politiques éducatives. Ils sont présents dans les festivals, les compétitions de sport. Leurs publications se focalisent sur l’éducation et l’anticommunisme (ils font l’histoire des activités anticommunistes). Il y a une fuite de leurs membres car les conservateurs ne sont pas très populaires (ils sont 800).

Les Jeunes Chrétiens-Démocrates, 600 membres, organisent des débats, des discussions, des événements, des visites de « maison de l’enfance ». Ils veulent créer des ponts entre les jeunes et la politique et interviennent sur de nombreux sujets (la télévision, l’adoption homosexuelle…).

Les Jeunes Verts ont des objectifs similaires : engager les jeunes dans la politique. Ils sont indépendants de leur parti-aîné. Ils ont avec leur parti des coopérations et accords politiques sur chaque sujet. Ils participent à des séminaires et ateliers du mouvement vert européen. Ils sont moins nombreux donc plus flexibles pour organiser des événements, réunions, marches.

Les Jeunes de la « TOP Team », créés en 2011, ont un comité de 11 membres en charge d’une thématique chacune, et ont débattu de la crise ukrainienne avec le maire de Prague.

Enfin, Lucie Valova, présidente des Jeunes Sociaux-Démocrates (MSD) ont rappelé leur bilan pour l’engagement des jeunes en politique, ils ont organisé des manifestations contre la droite quand ils étaient dans l’opposition, ils ont intégré les préoccupations environnementales dans leurs activités.

Un débat a suivi sur les politiques éducatives et de jeunesse avec les ministres concernés de République Tchèque et des universitaires.
Enfin, le dernier débat était sur l’activisme politique des jeunes en Europe.

La présidente de YES, Laura Slimani, a rappelé que 50% de la vie des jeunes (emploi, éducation…) était décidée au niveau européen et que nous devions nous battre à cette échelle. L’un des enjeux de la démocratie c’est de remettre du clivage entre la gauche et la droite pour montrer aux jeunes qu’il y a un intérêt à s’engager en politique. Nous devons être fiers de nos valeurs pour gagner la bataille culturelle contre la droite. C’est notamment la raison pour laquelle les Jeunes Socialistes européens s’opposent au Traité Transatlantique qui réduira la démocratie en Europe, réduira le pouvoir des citoyens face aux multinationales. Notre modèle économique n’est pas soutenable, en tant que socialistes et sociaux-démocrates nous devons soulever cette question. Par exemple, la réduction du temps de travail ne créera pas seulement des emplois, mais également de la richesse. Les défis sociaux et environnementaux sont grands mais notre génération est prête à les affronter.

Neil Warner, Vice-Président irlandais de YES, a rappelé qu’une génération s’était engagée depuis la crise économique financière, qui nous a rendus conscients que le problème est le capitalisme mondialisé. De même, aujourd’hui en Irlande, une nouvelle jeune génération, peu politisée, s’intéresse fortement aux enjeux politiques depuis qu’ils veulent voter oui au référendum sur l’égalité pour le mariage. Pour lui, les organisations de jeunesse ont donc besoin d’être plus en lien avec la société civile.

JOUR 2 – SEMINAIRE DU « QUEER NETWORK »

Quatre ateliers étaient proposés aux participants : les droits LGBTQIA en Europe, la visibilité bi, la visibilité trans*, quels combats après le mariage pour tous. J’ai participé aux ateliers « LGBTQIA » et « Trans ».

En début de chaque atelier, chaque personne se présente en donnant son prénom, son pays et son organisation, et le pronom qu’elle préfère utiliser : « He », « She », ou « They (singulier) ». La langue française a la particularité de ne pas avoir de pronom neutre, ce qui enferme donc l’identification des personnes dans une catégorisation binaire, féminin ou masculin. Quelques militants trans* français veulent faire émerger un débat démocratique sur l’introduction d’un pronom neutre dans le vocabulaire français (les pronoms iel/yel, ille ou ol/yol étant les plus débattus).

Identités colorées – luttes pour les droits humains

En atelier LGBTQIA nous avons explicité la signification de chaque lettre de cet acronyme. « L » pour lesbien et « G » pour gay, personnes attirées par les personnes du même genre. « B » signifie bisexuel.le, qui sont très souvent discriminé.e.s, chez les hétéros comme chez les homos, soit parce qu’on considère que ce n’est qu’un passage vers l’homosexualité, soit parce qu’on considère cela comme une « erreur », ou errance de parcours. La bisexualité existe bien et doit être prise au sérieux, afin de combattre efficacement la biphobie.

La lettre « T » signifie trans*. On bannit du vocabulaire le terme « transsexualisme », qui est encore utilisé par l’Organisation Mondiale de la Santé de manière pathologisante pour qualifier ceux qui souffriraient de cette « maladie mentale ». On le verra dans l’atelier suivant, le terme « trans* » recouvre une multiplicité de situations, et l’astérisque permet donc de ne pas être exclusif. De manière générale on préfèrera utiliser « transgenre ».

La lettre « Q » signifie Queer. Cette lettre peut potentiellement recouvrer toutes les autres. Ce sont les personnes qui ne se retrouvent pas dans la conformité du système normé, hétérosexiste et dans une binarité des catégories de genre. Il est plus souvent évoqué dans une démarche militante, celle de transgresser les normes sexuelles, genrées et sociales qui ne permettent pas la libre détermination de l’individu.

La lettre « I » signifie intersexe (et non intersexuel). Ce sont des personnes qui ont à la naissance des organes génitaux, des hormones ou des caractéristiques physiques qui relèvent de manière plus ou moins déterminée des sexes à la fois féminin et masculin. Nous avons visionné une vidéo de personnes intersexes nous permettant de comprendre mieux la difficulté de leurs parcours. Ainsi, en France comme dans de nombreux autres pays, il y a une obligation d’assignation de sexe à la naissance. Des collèges de médecins décident en fonction de critères tels que la taille du pénis ou la profondeur du vagin si l’enfant sera assigné fille ou garçon. Une fois cette décision prise, le bébé est opéré chirurgicalement, a un traitement hormonal, et les parents doivent faire suite à l’opération chirurgicale par des interventions manuelles durant l’enfance jusqu’à ce que l’organe génital soit bien déterminé. C’est un parcours qui laisse de graves séquelles physiques et psychologiques. Cela démontre la violence du système de binarité des catégories de genre. De quel droit sommes-nous assignés à un sexe, et donc à un genre à la naissance ? Ainsi, Malte a fait évoluer sa législation pour supprimer les actes de médecine injustifiés et permettre de laisser aux parents un délai avant de déterminer le genre de l’enfant, féminin, masculin ou neutre.

La lettre « A » signifie « asexué.e », qui qualifie les personnes qui n’ont aucune attirance sexuelle. Dans un monde hypersexualisé avec de nombreuses publicités jouant sur des métaphores sexuelles, les personnes asexuelles sont fortement discriminées, car non prises au sérieux dans leur orientation.

Nous avons ensuite discuté en trinôme des dernières évolutions législatives dans nos pays respectifs, et des batailles à mener pour les personnes LGBTI. En République Tchèque, l’union civile existe depuis 2005 pour les couples de même sexe, c’est une union spécifique (à la différence du PACS). Si les homos peuvent vivre de manière ouverte dans la ville de Prague, qui a son quartier gay et lesbien, l’homophobie reste assez répandue dans le pays. La bataille à mener est au sein du parti social-démocrate dont les élus sont très peu nombreux à soutenir l’idée du mariage pour tous. En Slovaquie, pays voisin, la situation est bien plus dure. Si l’homosexualité a été dépénalisée dans les années 70, aucun réel progrès n’a eu lieu depuis. Lorsqu’a été évoquée la possibilité d’introduire une union civile pour les couples de même sexe, les associations conservatrices et religieuses se sont mobilisées et ont réuni 500 000 personnes pour une pétition demandant un référendum pour l’inscription dans la constitution de l’hétérosexualité du mariage. Le référendum a été un échec car seul.e.s 21% des citoyen.ne.s ont participé, malgré un vote positif à 90%.

En ce qui concerne la France, la promesse de l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe a été tenue par la gauche en 2013. Depuis 2 ans, la tension est retombée et les actes d’homophobie diminuent légèrement. Mais il reste encore beaucoup à gagner pour le mouvement LGBTQI, notamment pour les droits des trans* et intersexes. La principale revendication associative est l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes, engagement de François Hollande qui est aujourd’hui oublié.

Nous nous sommes positionnés sur une échelle oui-non à des questions telles que « Faut-t-il une « loi » européenne pour les LGBTQI ? », « Doit-t-on laisser d’abord chaque membre d’une lettre de l’acronyme LGBTQIA défendre ses droits ? » … Nous avons enfin discuté des perspectives que nous pouvions donner aux droits LGBTQIA en Europe alors que l’Irlande s’apprêtait à voter par référendum pour l’égalité dans le mariage et que Malte a adopté récemment une loi « révolutionnaire » pour les LGBTQI.

Libérons le genre ! – la visibilité trans*

En atelier trans*, nous avons commencé par un questionnaire sur les personnalités trans que nous connaissions dans les domaines de la politique, du chant, du cinéma, de la littérature… A plusieurs binômes nous avions quelques réponses mais ce fut difficile de trouver aisément des noms, ce qui démontre l’absence de visibilité trans* dans la politique et les medias.

Nous avons ensuite exploré ce que pouvait recouvrir le terme « transgenre », qui est un mot « parapluie » recouvrant une multiplicité de situations personnelles, celles qui se différencient des « cisgenres » dont le genre correspond au sexe « biologique ». Ainsi, il n’y a pas de corrélation entre changement de genre et changement de sexe. Ce sont certains pays, dont la France, qui imposent un parcours psychiatrique et chirurgical pour avoir droit au changement d’état civil. Il n’y a pas non plus obligation de passer d’un des deux genres dominants à l’autre, mais il y a la possibilité d’inventer son propre genre, hors des cadres existants.

On retrouve ainsi parmi les transgenres : les transsexes « MTF (Male to Female) », « FTM (Female to Male)», « MTFTM », « FTMTF »…, les androgynes, les femmes masculines, les hommes féminins, les bigenres (masculin/féminin), les pangenres (masculin/féminin/queer), les intergenres, les ambigenres, le troisième genre, les personnes de genre « fluide », les transgénéristes, les agenres, les genres queer, les travestis, les drag queens et drag kings. Il n’y a pas de frontières absolues entre les différentes nominations, elles peuvent se recouvrir, se compléter… C’est à chaque individu de se reconnaître dans ce qui la-le définit la-le mieux.

Être transgenre se compose par trois biais : l’identité de genre, l’expression de genre, et la perception du genre. L’identité de genre est la manière dont l’individu se perçoit, dans quel genre il-elle-iel se reconnaît intérieurement. L’expression de genre est la manière dont la personne souhaite montrer son genre à l’extérieur, par son attitude, ses gestes, ses expressions verbales, ses vêtements. La perception du genre est enfin la façon qu’ont les personnes dans la société de considérer le genre de l’individu. Pour nous, socialistes, c’est évidemment l’identité qui prime dans la considération de la personne, et c’est pourquoi quand nous avons un doute dans la perception du genre, nous pouvons simplement demander à quel genre la personne préfère être identifiée. Mais quand il n’y a pas de doute dans cette perception, il est discriminant de renvoyer à un genre antérieur, de dire « elle, il, on ne sait pas ».

Après avoir visionné une vidéo retraçant des parcours trans*, nous avons échangé sur les questions, les préjugés que nous pouvions avoir autour des trans. Ainsi, une question demandait si le changement de masculin à féminin, ou de féminin à masculin n’était pas une manière de reproduire les stéréotypes de genre déjà existants dans la société. En réalité, c’est bien la société, et notamment le système médical, qui impose aux personnes de se sentir, d’être et de s’exprimer de manière hypermasculinisée ou hyperféminisée pour « prouver » qu’on souhaite bien changer d’identité. Le moindre doute ne leur est pas permis. Or, on peut se questionner sur son genre à tout moment. Ce ne sont donc pas les personnes qui se conforment à la société mais la société cisgenrée qui enferme dans la binarité des genres.

Nous avons discuté par binômes de l’image donnée des trans* dans les medias. Nous avons convenu que le sujet était peu traité, et quand il l’est, c’est dans la catégorie « phénomènes bizarres » ou « drogue, alcool, prostitution », de manière pathologique ou ultra-compassionnelle. Cela véhicule donc des stéréotypes indignes du respect dû à toute personne humaine. Peu d’images positives ont été données de la transidentité. Il y a donc beaucoup de travail pour mettre fin aux discriminations et aux stigmatisations envers les personnes trans*.

Enfin, nous avons échangé sur nos sources d’informations au sujet des trans* : internet, livres, associations, conférences… Socialistes européens, nous pouvons et devons en parler et nous battre pour leurs droits, nos droits, le droit de tou.te.s à la liberté de genre.

Sources d’informations :
Transgender Europe (en anglais)
ILGA Europe
Genres Pluriels (Belgique)
Inter-LGBT
ANT
Acceptess-T

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