Élections espagnoles : carton rouge pour l’austérité

Si les élections régionales et municipales du 24 mai dernier en Espagne ont donné le Parti Populaire (PP) en tête, suivi du PSOE (Parti Socialiste), ces deux partis dits “traditionnels” n’ont souvent pas obtenu de majorité. C’est donc avec de nouvelles forces politiques et citoyennes, des partis nouvellement crées – Podemos, Ciudadanos – et des partis régionalistes, qu’ils devront gouverner. Le bipartisme, qui a dominé la politique espagnole depuis la fin du Franquisme, semble en effet être mis en parenthèses.

L’effondrement de la droite

Ces élections marquent l’effondrement électoral de la droite au pouvoir nationalement. Le premier Parti Politique d’Espagne, avec 27% des voix, perd la majorité absolue dans la plupart des régions et des villes qu’il dirigeait, bien souvent sans allié possible pour atteindre 50% des sièges. Le PP aurait ainsi perdu 30% de ses électeurs depuis 2011, en raison de sa politique économique de « gestion rigoureuse des dépenses », c’est-à-dire d’austérité.

L’Espagne, victime des politiques d’austérité

L’Espagne, avant 2008, comptait parmi les états européens qui affichait un taux de croissance des plus significatifs, notamment grâce à un boom immobilier et un accès facilité au crédit. Cependant, les réponses nationales apportées à la crise financière de 2008 entraînent une hausse du déficit (11% du PIB en 2009). Face à cela, des politiques drastiques de restrictions budgétaires sont imposées, comme le plan de rigueur de 60 milliards d’euros mené par Mariano Rajoy, la hausse de la TVA, la baisse du budget jusque dans la santé et d’éducation, ou encore la baisse des prestations chômages, ont conduit les espagnols à se tourner vers les partis qui proposaient plutôt une alternative.

La corruption, enjeu central

Ces nouveaux espaces politiques ne se sont donc pas construits dans les partis traditionnels et notamment le PSOE, du fait du discrédit non seulement provoqué par les politiques d’austérités menées par celui-ci mais également par la gangrène de la corruption. En effet, nombre de dirigeants de l’ensemble de la classe politiques sont aujourd’hui encore mis en examen, par exemple pour des raisons de compléments de salaire occultes. La perte de confiance vis à vis des marchés provoquée par la répétition des scandales liés à la corruption semble alimenter un cercle économique dans lequel les citoyens espagnols sont toujours perdants.

Podemos, ou la suite des Indignados

Depuis 2011, ces citoyens reprennent la rue, occupent différentes places publiques pour protester contre l’austérité et la corruption. Le mouvement Podemos a su prendre pour point d’appui cette exaspération sociale pour élargir le spectre des revendications politiques, et se constituer en troisième force. Si Podemos continue de faire vivre l’horizontalité de son mouvement à travers le soutien aux plates-formes citoyennes locales, l‘élection de Pablo Iglesias comme secrétaire général s’inspire d’une volonté nouvelle d’organisation et une forme de professionnalisation. Le récent mouvement est également alimenté par le refus d’une « caste politique » pour redonner la parole et le pouvoir au peuple.

Le succès d’une dynamique ouverte, locale et citoyenne

À l’échelon municipal, Podemos a souhaité soutenir des listes citoyennes, plutôt que de présenter ses propres listes : à Madrid et à Barcelone, voire à Saragosse, ces listes pour une alternative sociale et écologique sont en passe de prendre le pouvoir.

À Barcelone, la liste citoyenne d’Ada Colau, rendue célèbre pour sa défense notamment du droit au logement contre les expulsions massives de ces dernières années, dépasse d’un siège la majorité sortante de la droite indépendantiste catalane.

À Madrid, c’est une ancienne magistrate de 71 ans, Manuela Carmena, qui fait jeu égal avec la Maire sortante. Le soutien de la gauche et en particulier des socialistes en faveur des candidatures citoyennes, pourrait être décisif pour mettre un terme au pouvoir de la droite dans ces villes.

A l’inverse, dans les régions, comme c’est par exemple le cas en Andalousie, le PSOE devra obtenir le soutien de Podemos ou de Ciudadanos pour gouverner.

Ces élections marquent donc un tournant pour l’Espagne – et peut-être pour l’Europe -, à quelques mois des élections législatives de l’automne, par l’irruption de nouveaux visages dans la politique espagnole et l’ancrage des mouvements anti-austérité et anti-corruption. Une chose semble certaine : si elle veut gouverner localement et demain gagner nationalement, la gauche espagnole devra désormais s’unir et pour cela, s’accorder autour d’un programme d’alternative à l’austérité et favorisant le renouvellement démocratique.

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