Discours de Laura Slimani au congrès du Parti Socialiste – 6 juin 2015

Seul le prononcé fait foi

Chers amis, chers camarades,
Je veux d’abord remercier les camarades de la fédération de la Vienne de nous accueillir pour ce congrès.

Vous le savez les Jeunes Socialistes sont exigeants envers la gauche au pouvoir.

Nous sommes exigeants pour la simple et bonne raison que nous savons qu’un retour de la droite serait catastrophique pour notre génération.

Ils ont voulu mettre en place le CPE, nous avons ouvert la prime d’activité,
Ils ont supprimé des dizaines de milliers de postes dans l’Education, nous en créons 60 000,
Ils ont délaissé les jeunes en rupture, nous avons lancé la garantie jeunes,

Ils ont cassé l’école, et nous sommes fiers de la transformer, car

Quand dans un pays comme la France,
ce qui détermine la réussite scolaire ce n’est pas le travail mais l’endroit où l’on est né,
Il est nécessaire de donner plus à ceux qui ont moins.
OUI nous sommes attachés à la méritocratie, mais nous nous savons aussi qu’il n’y a pas de méritocratie sans égalité.
Alors chère Najat, tiens bons, tu peux compter sur le soutien des Jeunes socialistes.

Oui, ces jeunes vivent mieux grâce à l’action de la gauche au pouvoir.

Mais la question qui se pose aujourd’hui c’est de savoir si l’on est capable de répondre structurellement à la nouvelle réalité du 21e siècle : la pauvreté des jeunes.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, alors que les personnes âgées étaient les plus pauvres de la population, le Conseil National de la Résistance a inventé un formidable système, les retraites par répartition. Avec Lionel Jospin nous avons créé l’Aide Personnalisée pour l’autonomie. Aujourd’hui personne ne remet en cause, c’est bien normal, ces dispositifs qui permettent aux personnes âgées de vivre dignement.
Mais la question qui se pose pour à nous est : est-ce que nous sommes capables de faire la même chose pour les jeunes, qui sont aujourd’hui la catégorie d’âge la plus pauvre de la population.

Ce que nous demandons ce n’est même pas une mesure exceptionnelle, ce que nous demandons c’est de mettre fin à la suspicion permanente qui pèse sur les jeunes, en leur donnant accès aux mêmes droits que les autres, c’est à dire au RSA socle.

Car pour nous qui sommes les vrais républicains, avec les devoirs il doit toujours y avoir des droits, et quand on 18 ans, qu’on peut aller se battre pour son pays à l’étranger, on doit avoir droit aux minimas sociaux.

***
Chers amis, chers camarades, vous l’avez vu, d’autres ont eu un congrès il y a quelques jours. Il paraît qu’ils veulent qu’on les appelle « républicains ».

Moi je veux bien, mais vous avez certainement remarqué que quand ils parlent de république, c’est pour dire que l’islam ne serait pas compatible avec ce régime,

Tout comme quand ils parlent des droits des femmes, c’est systématiquement pour fustiger le voile que portent des femmes musulmanes, mais jamais pour parler d’égalité salariale.

Mais, permettez-moi de remarquer : les Députés qui s’insurgent contre le port du voile au nom des droits des femmes, c’était les mêmes qui sifflaient Cécile Duflot lorsqu’elle portait une robe dans l’hémicycle, ou qui refusent d’appeler Sandrine Mazetier Madame LA Présidente de l’Assemblée Nationale.

Non, le féminisme, ce n’est pas de se battre pour imposer de ce que les femmes peuvent ou ne peuvent pas porter,
Le féminisme c’est se battre pour laisser aux femmes la liberté de s’habiller comme elles le décident.
Pourtant, les vrais combats laïques et féministes ne manquent pas :
Où étiez-vous lorsque nous avons ouvert le mariage aux couples de même sexe, ça c’est un combat laïque !
Où êtes-vous quand nous demandons l’ouverture de la PMA aux couples lesbiens, la garantie du droit à l’IVG à l’échelle européenne, ou le droit de mourir dans la dignité, les voilà les combats laïques !
Mais à chacune de ces occasions, vous êtes évidemment aux abonnés absents, ou plutôt vous êtes systématiquement de l’autre côté de la barricade parce que votre laïcité frelatée et votre semblant de féminisme ne sont que des paravents, que vous utilisez au service de la peur et de la haine des musulmans.

Et oui, notre rôle, à nous, socialistes, féministes et laïques, c’est de rappeler que la laïcité ne devrait jamais servir pour contraindre et stigmatiser, toujours pour permettre la liberté de croire ou de ne pas croire et celle de pratiquer son culte.

Et notre rôle c’est de faire en sorte que l’émancipation des femmes, elle, ne se fasse pas contre certaines d’entre elles, mais toujours avec elles.

Chers amis,

Chers camarades, les congrès sont toujours des temps de réflexion et de remise en question.

Quoi de plus normal que de se remettre en question quand chaque mois le chômage continue d’augmenter, qu’à chaque élection le Front National rassemble plus d’électeurs, qu’à chaque jeune rencontré la désillusion est plus grande.

Nous pouvons être fiers de nos débats, car je suis persuadée qu’ils ont démontré que chacun n’avait qu’une obsession : permettre à la gauche de réussir.

Il nous reste deux ans pour y parvenir, mais pour réussir il ne s’agit pas de dresser uniquement des constats qui sont justes, mais bien de trouver des solutions qui y répondent.

Devant le constat de la pauvreté des jeunes, oui il faut ouvrir le RSA aux moins de 25 ans,
Devant un constat de l’apartheid, oui il faut lutter contre les discriminations,
Devant le constat de l’islamophobie, oui il faut réaffirmer que la laïcité est une loi de liberté,
Devant le constat que les inégalités sociales se creusent chaque année, oui, il faut prendre des mesures pour le pouvoir d’achat des Français.

Bref, ce que je voudrais vous dire chers camarades, c’est que le rôle de la gauche ce n’est pas de s’arrêter au constat que l’identité aurait remplacé l’égalité, le rôle de la gauche au 21e siècle, quand on assiste à la montée des égoïsmes sociaux, territoriaux, religieux, culturels, c’est de fonder un projet commun qui transcende ces égoïsmes et qui permettent à l’action collective d’émerger.

Si nous sommes tous dans cette salle, c’est que nous pensons que notre famille politique est aujourd’hui la seule capable de recréer cet espoir partagé.

Mais cette salle, notre famille politique, ne peut relever ces défis seuls, et notre rôle, parce que nous sommes au pouvoir et que nous sommes la gauche, c’est de permettre à tous ceux qui veulent transformer la société de travailler avec nous et de les accepter comme ils sont, avec leurs déceptions et leurs aspirations.

Vous pouvez donc compter sur les Jeunes Socialistes pour porter cette exigence dans les prochains mois, pour soutenir tous nos candidats lors des élections régionales, pour répondre à l’aspiration des jeunes à l’autonomie, et pour travailler sur le projet de la gauche en 2017, car si nous avons des divergences sur la politique à mener dans les deux ans qui viennent, nous avons aussi plein d’idées pour le quinquennat de la redistribution.

Préparez le changement: restez informés!

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