Les Jeunes Socialistes du Bas-Rhin repensent le travail

Fin avril, les Jeunes Socialistes du Bas-Rhin ont organisé une première conférence-débat publique pour repenser le travail en présence de Barbara Romagnan, Députée PS du Doubs, auteure d’un rapport d’enquête sur les 35 heures paru en 2014, et de Nicolas Amadio, Maître de conférences en sociologie à l’Université de Strasbourg et spécialiste en sociologie des organisations, du travail et de l’intervention sociale.

Le travail est un prisme qui nous permet d’aborder de nombreuses questions ; le temps de travail, la démocratie dans l’entreprise, l’augmentation des salaires, l’égalité, les nouvelles économies, les problèmes de transport, de logement, de l’inscription de l’entreprise dans un territoire, mais aussi le temps alloué aux sports, à la culture, aux loisirs, à l’engagement… Interroger le travail, c’est questionner ses finalités. Dans une société de consommation, qui ne remet ni en cause le libéralisme, la compétition, la croissance, le progrès, ou le dérèglement climatique, est-ce que le travail a vraiment une valeur d’émancipation ? Le travail est la clé de la réinvention de notre paradigme. S’en saisir, dénoncer les discriminations et le mépris social qui s’y exerce, refuser la pensée qui voit une finalité dans le travail lui-même ; c’est penser le socialisme du XXIe siècle.

Le travail, un monde traversé par des crises multiples

Nous avons rapidement dépeint un monde du travail en profonde mutation, marqué notamment par l’expansion du secteur tertiaire depuis les années 70 ; une montée en qualification conduisant à l’augmentation du nombre de cadres et de professions intermédiaires parallèle à une baisse du nombre d’ouvriers ; la réduction de l’emploi et l’essor des contrats flexibles ; des mouvements d’entrée et de sortie de l’emploi plus nombreux induisant une complexification et une instabilité croissante du marché de l’emploi ; une féminisation de l’emploi ; une concentration des politiques sur les 25-54 ans, abandonnant ainsi les plus jeunes et les séniors. On assiste également à un nouvel usage du CDD devenu une trappe à précarité dont il est difficile de sortir.

Cette nouvelle réalité du travail, rapidement brossée, est à replacer dans un contexte international pour en saisir toute sa complexité. La mondialisation de l’économie et donc la mobilité des capitaux exercent une pression sur le marché de l’emploi et induisent plusieurs grandes mutations : la privatisation et la fragmentation des grandes entreprises publiques ; le dégraissage des structures de management et la réorganisation dans le secteur public et privé ; la suppression des tâches de secrétariat qui surchargent d’autres salariés ; l’élimination des activités secondaires qui sont sous-traitées si elles restent nécessaires et qui provoquent beaucoup de concurrence entre nouveaux travailleurs indépendants ; le développement du télétravail ; l’augmentation très forte du travail en continu due à la pression des marchés et à la nécessité de rester disponible. Ces phénomènes conduisent à davantage de stress, de pénibilité, de burn out et le mal-être au travail.

De la lutte des classes à la lutte des places

Pourtant, comme le soutient Nicolas Amadio, il existe une « fonction psychologique du travail » (Yves Clot), qui reste un instrument essentiel de socialisation et d’identification. Les grandes mutations du marché de l’emploi ont conduit à trois phénomènes qui dénaturent cette fonction psychologique du travail, et qui font finalement basculer les travailleurs de la lutte des classes à la lutte des places :

1/ l’individualisation du travail, conséquence d’une néo-taylorisation et qui se traduit notamment par des tâches répétitives ;

2/ la responsabilisation, qui s’illustre par une forme de management participatif et la fixation d’objectifs personnels à atteindre par exemple ;

3/ la déconflictualisation. En individualisant les rapports dans l’entreprise, le pouvoir permet moins l’émergence de revendications collectives et donc étouffe les possibilités de conflits. Au lieu de révéler leur malaise, les salariés cèdent davantage au stress, à l’abandon, ce qui fragilise également le dialogue social. Pourtant, les désaccords permettent les débats, les avancées sociales, la création de vivre-ensemble et de collectif. Comme le dit Castoriadis, philosophe de l’autonomie et précurseur de la décroissance, l’entreprise est un lieu politique de démocratie et doit donc absolument le redevenir.

L’apport d’une vision universitaire permet d’aborder la dimension scientifique du marché de l’emploi, de comparer nos propositions et notre idéologie à une réalité sociale. Nous avons ainsi remarqué que certaines évolutions du monde du travail ne trouvent pas encore de solutions.

La réduction du temps de travail : le bilan des 35 heures

En parallèle, nous avons pu débattre des arguments souvent opposés à la mise en place des 35 heures et de les confronter à la réalité de la politique mise en œuvre dès l’année 2000. D’après Barbara Romagnan, la mise en place des 35 heures a permis :
de baisser le chômage alors même que la population active a augmenté sur la période ;
d’augmenter le nombres d’emplois (350 000 selon la DARES) dans un contexte de croissance et de dynamisme économique notable ;
de stimuler le dialogue social ;
d’améliorer les conditions de vie en dehors du travail ;
d’améliorer les conditions de travail, etc.

Le bilan des 35 heures fait état d’une politique économiquement efficace et d’un acquis social incontestable. Cependant, une réflexion doit être entamée pour permettre une pleine application des 35 heures, profitable à tous les salariés, sans menaces sur leurs conditions de travail et leurs protections sociales et quel que soit le secteur d’activité. Pour cela, les jeunes socialistes proposent qu’une nouvelle réduction du temps de travail soit envisagée à l’échelle d’une carrière afin de la rendre plus aisément applicable dans toutes les entreprises. Dans le secteur public, les 35 heures doivent s’accompagner de créations de postes afin de garantir le maintien du service à tout moment, et sur l’ensemble du territoire.
Cette première rencontre a permis à chacun de comprendre comment le politique doit réinvestir le champ du travail. Ce thème permet de remettre du clivage et du conflit dans un monde économique trop acquis au néo-libéralisme. Lors des prochaines semaines, nous continuerons à échanger avec des syndicats, associations, intellectuels, citoyens engagés, sur la redéfinition du temps, du rôle, des conditions de travail.

3 bouquins pour aller plus loin :

Le travail, quelles valeurs ? Idées reçues et propositions, Les Éditions Utopia
Dominique Méda, Réinventer le travail
Un revenu pour tous, Baptiste Mylondo, Les Éditions Utopia

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