Après la victoire de Syriza, quelle politique en Europe ? – Tribune de Laura Slimani dans l’Humanité

Suite à la victoire de Syriza en Grèce, retrouvez la tribune de Laura Slimani, présidente des Jeunes Socialistes, publiée le 27 Janvier 2015 dans l’Humanité.

La belle victoire de Syriza hier est une excellente nouvelle pour la démocratie : si la finance possède l’argent, le peuple garde le pouvoir. Excellente nouvelle également pour la gauche européenne. Les humiliations subies par les Grecs n’ont pas mené à l’extrême droite ou au repli, mais à l’option du progrès. Cela donne une bonne leçon à ceux qui voudraient que la gauche calque son discours sur la droite pour empêcher l’extrême droite d’arriver au pouvoir. C’est au contraire une gauche ambitieuse qui a barré la route aux néonazis.

Malgré le score du PASOK, c’est aussi une bonne nouvelle pour les socialistes européens, qui vont devoir clarifier leur discours. Il est temps de mettre un terme à la compromission de la gauche européenne avec les politiques et dirigeants de droite. Syriza est la preuve que nos partis, François Hollande en premier lieu, ne peuvent plus fermer les yeux sur leur irrémédiable déclin s’ils ne soutiennent pas un changement radical de politique.

Mais gagner une élection ne veut pas forcément dire gagner le pouvoir, nous le voyons depuis 3 ans en France avec une finance qui sait très bien défendre ses intérêts. Je me souviens du camp d’été des jeunes socialistes européens de 2012, juste après la victoire de la gauche, et de l’espoir de nos camarades européens vis-à-vis de François Hollande pour réorienter la politique européenne. Les socialistes français ont raté ce rendez-vous. Il faut donc que Tsipras tienne bon. Il y parviendra d’autant plus si une coalition de gouvernements de gauche le soutient.

La population grecque a été meurtrie par une austérité aveugle. Mettons-y tout de suite un terme et transformons l’Europe en profondeur pour éviter la dislocation prônée par l’extrême-droite. Il faut un nouveau rêve qui place la solidarité, la démocratie et l’écologie au cœur du continent. Cela veut dire la fin de la compétition entre Etats avec des règles fiscales communes, à commencer par une taxe sur les transactions financières ambitieuse pour ralentir la finance et donner à l’Europe la capacité d’investir. On peut également imaginer un impôt européen sur les sociétés et le boycott les paradis fiscaux. Parallèlement, il faut cesser de rétrécir le pouvoir des citoyens au profit de règles économiques dictées par les marchés financiers. Règle d’or, incapacité de la Banque Centrale à prêter directement aux Etats : tout cela alimente le sentiment que voter ne pèse rien par rapport à la volonté de la finance. Première étape du regain démocratique ? La mise en échec du traité transatlantique au Parlement Européen.

Enfin, il faut un grand projet de société pour l’Europe: la transition vers un modèle faiblement émetteur en carbone mais fortement créateur d’emplois. Investissements massifs dans les énergies renouvelables, réduction du temps de travail, salaire minimum européen, juste échange sur des bases sociales et écologiques : il est possible de redéfinir notre modèle de développement, dans la solidarité et démocratiquement. Cela demande du courage et de la confiance dans les valeurs de progrès. C’est nécessaire, les Grecs nous ont montré hier soir que c’était possible.

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