Compte-rendu du déplacement à Reykjavik pour le séminaire des réseaux féministe et queer des Jeunes Socialistes Européens

Compte-rendu du déplacement à Reykjavik pour le séminaire des réseaux féministe et queer des Jeunes Socialistes Européens (YES), par Lorenzo Salvador, membre du Bureau National

Du 30 au 2 novembre, une cinquantaine de Jeunes Socialistes européens (YES) se sont retrouvés à Reykjavik, en Islande pour travailler dans 3 séminaires : féministe, queer, « intersectionnalité ». Nous avons été chaleureusement accueillis par les Jeunes Socialistes (Ungir Jafnaðarmenn – UJ) d’Islande. Nous avons analysé et dénoncé un système patriarcal et hétéronormé prédominant, qui porte en lui les discriminations, les inégalités et les violences sexistes, homophobes et transphobes.

Jeudi soir, pour notre première rencontre, Eva Indriðadóttir, présidente des UJ, ainsi que la députée Sigríður Ingibjörg Ingadóttir, nous ont souhaité la bienvenue.

Je me suis inscrit dans le groupe « féministe » pour ce séminaire. Les deux autres groupes étaient dédiés aux questions Queer (LGBTQIA : Lesbiennes, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersexes, Asexué.e.s) ou à l’intersectionnalité, notion sociologique issue de l’universitaire féministe américaine Kimberlé Crenshaw désignant la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de discriminations.

Un séminaire avec les méthodes de l’éducation populaire

Vendredi nous avons travaillé dans la « Hitt Hùsið », maison de la jeunesse ouvert à tous, lieu de vie, d’autonomie et de créativité, accueillant en particulier les jeunes en situation de handicap mental.

Le groupe féministe a démarré par un jeu d’apprentissage des noms des participant.e.s, suivi d’un jeu de présentation où une “toile” de réponses personnelles a été tissée matérialisée par un fil rouge, créant ainsi un espace de parole sécurisé.

Nous avons exprimé nos attentes vis-à-vis de ce séminaire, nos peurs et ce que nous pensions pouvoir apporter. Ainsi les animateurs ont pu adapter le programme en fonction de nos attentes.

Pour commencer, des questions ont été disposées sur des tables : “Qu’est-ce que le féminisme ?”, “Est-ce qu’être socialiste c’est être féministe, et être féministe c’est être socialiste ?”, « Quels valeurs opposent les féministes aux libéraux et conservateurs ? ». Chacun a pu écrire sa réponse à la question avant d’énoncer toutes les réponses en groupe et en discuter.

Au cours des échanges, il nous est apparu que le socialisme devait impliquer le féminisme car vouloir une société de l’égalité, combattre toute forme de domination, d’exploitation ou de discrimination incluait celles que subissent aujourd’hui collectivement les femmes. Le féminisme, c’est aussi organiser la prise de pouvoir et de responsabilité des femmes pour palier à l’accaparement des pouvoirs par les hommes depuis bien longtemps. Si les féministes ne sont pas nécessairement socialistes, nous rappelons la parenté des luttes pour l’émancipation des travailleur.se.s dans le mouvement socialiste avec celles des femmes pour acquérir des droits. Quant aux conservateurs, ils veulent enfermer les hommes et les femmes dans des rôles prédéfinis, stéréotypés, et les empêcher de se réaliser personnellement.

Le parlement islandais

Vendredi midi, nous sommes allé.e.s visiter le Parlement islandais, « Alþingishúsið », Parlement monocaméral qui comporte 63 député.e.s. C’est le plus vieux parlement d’Europe, créé en 930 date de fondation de l’Islande. Arrêté par la monarchie danoise en 1800, il est rétablit en 1874, quand l’Islande devient autonome. En 2009, Jóhanna Sigurðardóttir est la première femme à accéder au poste de Premier ministre depuis sa création en 1904, avec une coalition entre sociaux-démocrates et le mouvement vert de gauche. Si les média internationaux ont beaucoup parlé du fait qu’elle était la première dirigeante du monde ouvertement homosexuelle, cela n’avait que peu d’importance au niveau local, appelée simplement par les islandais.e.s « Jóhanna », cinq fois ministre des Affaires sociales.

Nous avons rencontré Katrín Júlíusdóttir, plus jeune députée depuis 2003, entrée à 28 ans au parlement, aujourd’hui âgée de 39 ans. Ministre de l’Industrie et du Tourisme de 2009 à 2012, et de l’Economie et des Finances de 2012 à 2013. Elle estime qu’avoir eu une femme Première ministre est une avancée positive mais que cela ne reste qu’une seule pour l’instant. Si son gouvernement a beaucoup fait pour les droits des femmes et des LGBT, elle pense à être vigilante car la prise de congés paternités par les pères a reculé récemment. Elle a interrompu pendant 6 mois son activité au gouvernement car elle a donné naissance à un enfant, mais Jóhanna Sigurðardóttir a tenu à ce qu’elle revienne ensuite.

Elle estime que le choix de nationaliser le système bancaire a plutôt réussi. Le taux de chômage de 4% est encore trop élevé pour le pays, notamment pour les jeunes. Elle est pro-européenne, car l’Islande est déjà membre de l’Espace Economique Européen, et surtout pour que le pays ne soit pas isolé face aux multinationales et leur capacité à faire fluctuer la monnaie. Depuis 2013, la droite est au gouvernement.

Faire progresser l’égalité, combattre les dominations

Nous avons discuté vendredi après-midi de la politique féministe au sein de nos organisations. Nous avons tous fait le constat de progrès lents et difficiles pour la place des femmes au sein de nos mouvements. Les pays nordiques, s’ils sont réputés pour leur politique plus avancée en faveur de l’égalité femmes-hommes, ont encore beaucoup de travail, d’après leurs membres. Plusieurs camarades ont expliqué les obstacles qu’elles ont rencontrés pour accéder à certaines responsabilités ou pour faire progresser le débat féministe dans leur mouvement. En Finlande a pu être créée une Commission féministe, devenue Commission sur le genre. Elle a organisée une réunion entre femmes lors du dernier Congrès pour rééquilibrer un espace de parole qu’elles n’ont pas lorsque les réunions sont mixtes et faire de l’ « empowerment » pour s’encourager et s’armer mutuellement. Elle a aussi distribué un questionnaire sur le vécu des discriminations et violences sexistes. D’autres organisations ont mentionné la mise en place de la parité dans leurs instances nationales. Quant au MJS, nous avons créé un Observatoire à l’égalité femmes-hommes dans l’objectif de tracer des perspectives et donner des solutions.

Nous avons ensuite pratiqué un jeu de rôles en binôme sur les différentes techniques de domination. Chaque équipe devait réaliser une scène, un dessin, une chanson, etc… à propos d’une technique tirée au sort, et les autres la deviner. Ce fut un moment à la fois amusant et sérieux. Parmi ces techniques : rendre invisible, ridiculiser, dissimuler des informations, la double punition (être désigné.e comme coupable en situation d’action et de non-action, voire de victime), blâmer et rendre honteux, interrompre, dévaloriser et insulter… Chacune de ces techniques est utilisée pour renforcer la place de dominant d’une personne sur l’autre et est donc régulièrement utilisée dans les rapports hommes-femmes. Apprendre à les déconstruire, c’est apprendre à se respecter et à une prise de parole plus égalitaire dans un groupe.

http://ec.europa.eu/justice_home/daphnetoolkit/files/projects/2002_181/int_domination_techniques_norway.pdf

Féminisme ou pro-égalité ?

Nous avons ensuite eu une présentation brève de l’histoire du féminisme, par ses 3 vagues : la première vague des années 1870 à 1930 avec le mouvement des suffragettes pour la reconnaissance du droit de vote et de la place des femmes en politique ; la deuxième vague, des années 60 aux années 90 correspond au mouvement de libération dans les domaines de la vie personnelle, sexuelle (droit à l’avortement, à la contraception, autorité parentale…), et pour l’égalité professionnelle ; et enfin, la troisième vague, au 21ème siècle, que nous sommes en train de construire, à la croisée de plusieurs discriminations.

Pour finir la journée, nous avons fait un jeu de débat : nous étions positionnés debout sur une ligne fictive allant d’un bout de la salle à un accord total à l’autre bout à un désaccord total. Nous avons répondu à des affirmations telles que « Je remplacerais féministe par égalitariste ? », « Les hommes sont aussi victimes du sexisme… », « Les quotas sont d’excellents outils »… Cela a créé beaucoup de débats et de désaccords, mais dans le respect de chacun.e. Si nous nous définissons comme féministes et non seulement comme pro-égalité, c’est bien parce que les femmes subissent collectivement une oppression et qu’elle implique une dynamique et une histoire dans lesquelles les femmes sont les premières à s’être saisies de la mobilisation pour défendre leurs droits, accompagnées ensuite par des hommes. Ainsi, si les hommes comme les femmes subissent les injonctions de rôles des stéréotypes de genre imposés par la société, on ne peut mettre sur le même plan le sexisme subi par les hommes et celui subi par les femmes, car celles-ci sont victimes de bien plus de violences morales et physiques, de viols, et d’exploitation sexuelle. Quant au débat sur les quotas, si l’universalisme français donne une position mitigée, nous sommes d’accords pour dire que la parité et d’autres quotas sont des outils au service de l’égalité, et non un idéal. Mais une camarade a argumenté à juste titre que les hommes imposaient des quotas officieux en discriminant et freinant les femmes dans l’accès aux responsabilités et qu’établir des quotas officiels n’était donc que justice.

Conclusion des débats

Samedi, la campagne HeforShe nous a été présentée. Puis nous avons étudié la « Male Privilege Checklist »

Inspirée de la « White Privilege Checklist », elle énumère une liste de privilèges masculins, les facilités de la vie quotidienne, ou l’absence d’insécurité et de discriminations, et le plus important d’entre eux : ne pas en être conscient.

Nous avons ensuite effectué un « Grand Débat » en face-à-face, deux personnes à la suite, avec différents rôles : pro et anti-avortement, pro et anti-changement de nom du syndicat des femmes, pro et anti-mixité dans le sport à l’école, … Nous avions 30 secondes en alternance pour parler l’un face à l’autre pendant 5 minutes : un exercice qui paraît difficile mais très stimulant et amusant !

Enfin, nous avons eu des débats plus approfondis sur les questions de sexualité, et la nécessité parfois de pouvoir se retrouver dans un espace d’intimité féminin pour pouvoir discuter de ces sujets.

Nous avons conclu le séminaire par un tour de parole sur 5 sujets : ce qui nous a plu, ce qui nous a déplu, notre moment « précieux », ce qui nous a manqué et ce que nous voulons en retenir. Ce fut un beau moment de camaraderie. Après une soirée d’Halloween bien méritée, nous nous sommes quittés pour certains à l’aéroport très tôt le lendemain matin plein de souvenirs, convaincus que l’internationalisme apporte beaucoup dans le parcours militant et dans le progrès collectif de nos organisations.

Préparez le changement: restez informés!

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