Priorité Jeunesse : entretien avec Laurent OTT

Les Jeunes Socialistes ont rencontré Laurent OTT, enseignant, proche de la pédagogie Freinet, Président de l’association « Intermèdes Robinson » à Longjumeau.

Selon lui, l’école est confrontée à trois problèmes essentiels : la clôture de l’école, le contrôle hiérarchique et le manque de liberté pédagogique.

Depuis les années 1980, il y a un double enfermement de l’école sur les savoir fondamentaux, qui limite l’ambition émancipatrice, et de l’école sur elle-même, par le rejet de l’extérieur et de ses problèmes. Cela empêche du lutter contre les inégalités existantes dans la société.

Ensuite, vient le problème de la hiérarchie. L’école républicaine est surtout une école de l’empêchement : « On n’apprend à ne pas pouvoir ». On dit aux enseignants « ne faites pas ça ou ci, vous n’aurez pas le temps, c’est trop compliqué ». C’est par exemple le cas lorsque l’on déconseille aux enseignants de faire de la cuisine avec leurs élèves, alors que rien n’est interdit sur le plan de la loi dans ce domaine.

Enfin, l’absence de liberté pédagogique empêche de sortir du cadre scolaire classique pour transformer cette situation jugée inefficace.

Laurent Ott promeut la pédagogie sociale issue du courant Freinet. C’est une discipline universitaire qui s’inscrit en opposition à l’éducation traditionnelle, où l’enfant est spectateur, ainsi qu’à celle de l’éducation nouvelle, où l’enfant est acteur. Avec la pédagogie sociale, l’enfant devient un auteur de son éducation.

La logique est de partir du réel, des contraintes sociales et économiques constatées, pour le transformer. Faire de l’enfant un auteur passe par le développement des expressions dans tous les langages oraux, écrites, artistiques, corporelles, etc. Concrètement, elle vise un éveil politique à travers la pratique de l’Assemblée. La prise de décision collective est alors assurée par des conseils de classe réguliers auxquels participent et décident l’ensemble des enfants.

Il faut aussi que l’école devienne réellement un lieu d’éducation, là où elle se contente aujourd’hui de faire le tri. Nous sommes confrontés à une crise éducative grave où les inégalités ne sont plus corrigées mais amplifiées par l’école.

Pour changer l’école, il faudrait selon lui re-responsabiliser les enseignants et les établissements scolaires. Cela passe par une liberté pédagogique affirmée et l’instauration de projet d’établissements.

Ensuite, la formation des enseignants doit intégrer davantage la pédagogie dans sa logique même. Un bon enseignant est un enseignant qui maitrise parfaitement l’environnement dans lequel il est immergé. Les Espé devraient donc centrer leur formation sur la psychologie de l’enfant et fournir aux futurs enseignants une solide culture sociologique et politique. Transformer le monde par l’école nécessite de comprendre le monde dans lequel vivent les enfants.

N’arrivant pas à concrétiser ce projet dans l’Education nationale actuelle, il a fondé son association de travailleurs sociaux. Avec « Intermèdes Robinson », il organise depuis 16 ans des ateliers de rue. Ses projets visent à la fois des activités éducatives et la création de temps d’échange et de rencontres avec les habitants des quartiers où il intervient.

Pour lui, il faut s’occuper de toute la chaîne sociale, des enfants aux parents, si l’on veut réduire les inégalités là où elles sont, c’est-à-dire au sein même des familles.

Préparez le changement: restez informés!

Commentaires

Soyez le premier à réagir !

Les commentaires sont fermés.