Priorité Jeunesse : entretien avec Laurent MUCCHIELLI

Les Jeunes Socialistes ont rencontré Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherche au CNRS et directeur de l’Observatoire de la délinquance d’Aix-en-Provence

« La jeunesse n’est qu’un mot » nous a rappelé Laurent Mucchielli en se réappropriant les mots de Pierre Bourdieu.

La jeunesse est un temps de la vie marqué par de profondes inégalités sociales, géographies ou culturelles. Pour lui, le seul dénominateur commun est le profond sentiment anti-jeune perceptible dans la société. La jeunesse serait donc cet âge flou où s’affirme l’individu, où il s’autonomise, où il se forge une vision du monde qui lui offrira des repères en termes de valeurs pour le reste de la vie.

Dans notre société vieillissante, les évolutions technologiques, économiques et sociétales renforcent le conflit entre les générations. L’image de la jeunesse se dégrade dans la société, comme si les jeunes générations étaient responsables des mutations actuelles de la société. Pourtant, ce sont bien les jeunes qui sont les principales victimes de la montée du chômage et de la pauvreté.

Pour lui, outre les évolutions de la société, la jeunesse souffre d’une image dégradée car le problème de délinquance juvénile est surexploité par les médias et les politiques. Ces recherches lui ont permis de montrer que contrairement aux discours de « café du commerce », il n’y a pas en France d’aggravation de la délinquance. La violence des jeunes est en réalité un invariant historique qui ne justifie en rien son statut de problème numéro un de l’action publique en matière de jeunesse.

Par ailleurs, la majorité des actes de délinquances ne provoque que peu de dégâts matériels ou sonores. Si la France a un problème de délinquance, c’est plutôt celui des élites qui devrait être au cœur des débats publics. Ce dernier est certes plus discret mais il provoque des dégâts proportionnellement plus importants sur le plan financier (détournement d’argents publics, fraudes fiscales, etc) ou sur le plan politique (dégradation de l’image du politique, montée de l’extrême droite, etc).

Pour Laurent Mucchielli, la délinquance juvénile est souvent mal comprise. Tout d’abord, elle concerne tous les jeunes de tous les milieux sociaux. Elle vient de la recherche du dépassement de ses propres limites en matières d’alcool, de drogue, de sexe, de vitesse, d’autorité, etc. Ce n’est donc pas propre à la jeunesse actuelle mais c’est une constante à travers les siècles. Comme les générations plus anciennes, les jeunes d’aujourd’hui ont commis dans leur vie des dégradations sur l’espace public (exemple des tags, de dégradation de mobiliers urbains, etc) ou des bagarres, que ce soit dans la cours de l’école ou en dehors. Du point de vue sociologique, il n’y a donc rien d’exceptionnel.

Le sentiment d’insécurité que l’on observe aujourd’hui vient en réalité des discours moralistes sur la sécurité de la droite, et parfois de la gauche. Ceux-ci n’ont rien arrangé aux problème de la délinquance juvénile et ont même accentué le sentiment de peur. La priorité devrait être de reconnaître que la délinquance zéro est un mythe inaténiable. Ensuite, seul un travail de prévention et d’encadrement nous permettra d’affronter sereinement et réellement les problèmes lié à la délinquance juvénile, par exemple par un soutien renforcé aux animateurs de quartiers.

Laurent Mucchielli a enfin indiqué les deux chantiers les plus importants pour réduire les inégalités et améliorer la vie des jeunes : la formation initiale et l’emploi.

Sur la question scolaire, le problème central reste la reproduction sociale. La France continue de voir les destins sociaux déterminés dès la maternelle. Pour changer la donne, il faut sortir de l’égalitarisme républicain, consistant à donner à tous le monde la même chose. Puisque il y a des inégalités à la naissance, l’école doit les corriger en égalisant les élèves, c’est à dire en donnant plus à ceux qui en ont le plus besoin.

Ensuite, l’objectif de plein emploi doit redevenir prioritaire. C’est la clé du passage de la jeunesse à l’âge adulte puisqu’il confère deux éléments indispensables. D’abord, c’est un facteur de socialisation donnant un statut. « Qu’est ce que tu fais dans la vie ? » est la question la plus courante pour demander l’identité sociale d’autrui. Également, le revenu auquel donne accès l’emploi est une marche essentielle vers l’autonomie. Il s’accompagne du premier logement qui permet de partir de chez ses parents. Ce rite de passage marque donc une rupture fondamentale par l’entrée définitive dans la vie adulte et la possibilité de soi-même fonder une famille.

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