Politiques économiques, Traité Transatlantique : il est temps de changer les choses!

Compte-rendu du déplacement à Washington de la Délégation du Parti Socialiste Européen par Daniel Cornalba, Secrétaire National à l’Europe, Vice-président des Young European Socialists

Du 12 au 15 Octobre dernier, une délégation du Parti Socialiste Européen s’est rendue à Washington à la rencontre de partenaires Démocrates au Congrès, en lien avec la Fondation Européenne d’Études Progressistes (FEPS) et le groupe S&D au Parlement Européen. Au cœur de nos discussions : les politiques macroéconomiques- principalement celles menées en Europe actuellement- et le traité transatlantique, négocié en ce moment.
J’y représentais les Jeunes Socialistes Européens, pour rappeler notre volonté de réorienter les politiques menées en Europe vers une politique d’investissements pour créer de l’emploi et amorcer enfin une transition écologique à l’échelle du continent. Sur la base de la résolution adoptée en Mars dernier, à l’unanimité, en Bureau des Jeunes Socialistes Européens, j’ai également défendu le refus du Traité Transatlantique (TAFTA ou TTIP) et l’élaboration d’un traité de coopération et de juste-échange transparent et démocratiquement négocié, contenant des engagements contraignants à un an de la Conférence sur le climat, et permettant une harmonisation sociale vers le haut.

De Stiglitz au FMI : « l’austérité est un échec »

La soirée du Dimanche et la journée du Lundi furent consacrées aux débats macroéconomiques. C’est en échangeant avec des partenaires américains, colombiens, brésiliens ou d’ailleurs, que l’on comprend le cloisonnement des raisonnements qui dominent en Europe. L’incompréhension de nos interlocuteurs était totale face à la course effrénée des gouvernements et de la Commission Européenne vers la réduction à tout prix des déficits. Joseph Stiglitz le rappelait dans sa vidéo d’introduction : l’austérité n’a jamais fait la prospérité d’un pays. L’analyse économique, sur laquelle ces politiques économiques reposent, est fausse : ce n’est pas la hauteur des dettes qui a fait la crise, mais la crise financière et économique qui a créé la dette. Vouloir la réduire à tout prix, c’est empêcher toute reprise économique, au prix d’un gâchis social énorme.
Le rôle des Etats est justement de prendre le relais d’un investissement privé faible par la dépense publique. Stiglitz l’affirme, ses propositions ne sont pas nouvelles et encore moins révolutionnaires, mais auraient du être mises en place dès le début de la crise financière : eurobonds ; politique de taux bas de la BCE, changement des ses statuts pour faire de la lutte pour l’emploi la priorité ; taxation du capital au moins autant que le travail, progressivité de l’impôt pour redonner du pouvoir d’achat, financer les investissements et réduire durablement les inégalités ; hausse des salaires pour relancer la demande et politique d’investissements publics massifs.

Le lendemain, c’est au tour du chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, de dire que les « politiques de consolidation » ont échoué, et qu’il est temps de repenser nos instruments pour relancer l’économie, reprenant l’idée des eurobonds, voire même d’une « règle d’or des investissements ». L’ampleur de la capitulation de la gauche européenne ces dernières années devient évidente, quand ce sont certains sociaux-démocrates dans la salle, qui viennent nuancer le propos, en prétendant que Merkel ne pourrait jamais l’accepter. Quand le débat s’oriente vers les « réformes structurelles nécessaires », c’est même le représentant d’un think-tank progressiste américain qui réagit : « il faut reconquérir cette expression de « réforme structurelle », qui nous a été volée, c’est-à-dire : prôner une vraie réforme bancaire, la remise sur les rails de la finance au service de l’économie réelle ; un système de taxation progressive ; une transition énergétique de nos économies » !

Rencontrer des camarades et des partenaires hors d’Europe, c’est souvent l’occasion de prendre de la distance avec nos propres politiques et de reprendre de l’ambition. Les propositions étaient nombreuses dans les débats pour dépoussiérer la gauche, rénover nos politiques et défendre ceux qui nous élus : démocratisation des institutions financières internationales (mettre fin au système de quote-part du FMI, développer des banques d’investissements régionales partout dans le monde…); doter l’Organisation Internationale du Travail (OIT) de pouvoirs coercitifs, mettre en place une Organisation Mondiale pour l’Environnement, et à minima : défendre une taxe carbone à l’échelle mondiale, à la fois écologique et économiquement aisée à récolter ; faciliter l’immigration à l’échelle internationale, puisque celle-ci « aura de toute façon lieu ». Les nombreux économistes présents, d’Europe et d’ailleurs, sont largement revenus sur le rôle de l’Etat dans l’économie, à la fois comme un relai de la demande en période de crise, mais aussi comme stratège. L’occasion de tordre le cou au cliché répandu chez les ultralibéraux et diffusé largement, selon lequel l’Etat serait un bloc bureaucratique et dépassé versus un secteur privé dynamique et innovant. Combien d’innovations technologiques ont été possibles grâce aux investissements d’un Etat stratège, prenant le risque d’échouer, là où le marché se cantonnerait à des secteurs à rentabilité immédiate ? Ce débat n’est pas que d’ordre moral, il a une conséquence : le retour par l’impôt sur les sociétés de ce que celles-ci doivent à l’intervention de l’Etat. La mutation de nos économies, par la transition écologique, la « révolution numérique » ou les évolutions des pratiques industrielles a elle aussi été mise sur la table.

« Nous avons le choix entre un traité de progrès social ou l’intensification du consensus néolibéral, à vous de choisir »

Un deuxième temps fort de notre déplacement fut le débat sur TAFTA/ TTIP. En arrivant à Washington, je pensais être seul à dénoncer le Traité transatlantique. Certes, les socialistes européens avaient fait part de leurs critiques –« garantir les droits sociaux », « ne pas oublier l’environnement »- et s’étaient opposés assez clairement au mécanisme de résolution de conflit (ISDS) permettant à des entreprises de s’opposer à des normes nationales ou européennes, qui limiteraient leur « intérêt légitime ». Mais ils réaffirmaient avec autant de constance leur intérêt pour un traité « prometteur et créateur d’emplois » sur la base des chiffres avancés par les négociateurs.

Après une introduction de l’ancien Premier Ministre italien, Massimo d’Alema, fustigeant la logique à l’œuvre d’une fuite en avant vers le dumping social, le démantèlement de l’Etat-providence et la course vers la « flexibilisation » du marché du travail, c’est un homologue du journal américain « the American Prospect », qui est venu poser les termes du débat. « Le choix est simple : voulons-nous une alternative au consensus néolibéral ambiant, en assumant un traité de progrès social ? ou décidons-nous par ce traité d’intensifier ce néolibéralisme ? Le choix est tactique donc : faut-il s’opposer au traité ou tenter de le changer de l’intérieur ? ».
Les interventions issues de la société civile, de mouvements de citoyens, d’économistes, de représentants canadiens, de syndicats, ou de notre part, jeunes socialistes, ont l’une après l’autre rappelé les risques –sociaux, environnementaux, démocratiques, juridiques-, et leurs conséquences. Et alors qu’une représentante du groupe S&D demande si des positions favorables peuvent s’exprimer, l’ex-chancelier autrichien, Alfred Gusenbauer, tranche : « si nous souhaitons représenter ceux que nous prétendons défendre, alors il faut voter « non » ».

Entre les défenseurs d’un traité technique, à défaut d’avancées sociales et environnementales, et ceux prônant un non contre tout traité qui prêterait au reniement, le débat s’est poursuivi. Ce qui semble en tout cas certain, c’est que les socialistes au Parlement seront le groupe charnière. Les écologistes, la gauche radicale, une partie des conservateurs et de l’extrême-droite s’y opposeront pour des raisons diverses. Restera une majorité trop faible de conservateurs et de libéraux pour soutenir ce traité.
A nous donc, en se faisant les porte-voix de la mobilisation, de faire basculer ce vote. Et déjà ils sont nombreux à partager nos idées. Multiplions les arguments -et nous n’en manquons pas-, non seulement sur les dangers de ce traité, mais également sur l’absurdité économique de croire qu’un traité à lui seul créerait de la croissance. L’absurdité ou l’hypocrisie, aussi, de prétendre aujourd’hui créer une zone de libre-échange avec les USA, alors que justement l’Europe –politique, sociale- était censée selon ses fondateurs se créer dans la suite de notre marché unique.

En participant à ces débats, j’en suis désormais convaincu : ce n’est pas uniquement sur un traité que nous avons à nous exprimer, mais au-delà, sur l’Europe que nous voulons, et plus fondamentalement, sur la vision des échanges internationaux que nous souhaitons défendre.

Préparez le changement: restez informés!

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