Traité transatlantique, quel impact sur le vin français ?

La viticulture française : une réglementation stricte

Le vin est indissociable de la culture française et de sa gastronomie. Il est l’un des symboles de la France voire un stéréotype. La renommée et la notoriété de ce produit passe par son gout mais surtout par un nom, une appellation. Un nom qui, de Bordeaux à la Bourgogne en passant par le Languedoc, signe le vin et lui donne un caractère propre à son territoire d’origine, à son pays.

Cette particularité française puis européenne, un système d’appellation (IGP, AOP, AOC…) permet de contrôler et de certifier l’origine d’un vin ou de tout produit régional. Il protège un nom et une origine, par conséquent il protège aussi un savoir faire, un territoire et des producteurs locaux.

Ce système tient ses racines des révoltes vigneronnes de 1907. La révolte du Midi face aux « vins factices » qui ruinait toute une région a lancé de grands mouvements de coopératives soutenus par les socialistes et les communistes pour résister et sauver le pays. On appellera cette organisation le Midi Rouge. Cette révolte sera soutenue par Jaurès et aboutira sur la création d’appellation et d’instituts contrôlant les vins (l’INAO par exemple) afin de jeter les bases de la viticulture moderne. Ce système sera rapidement imité par les autres régions européennes créant et perfectionnant un maillage de produits régionaux riches et variés.

Du Bordeaux « Made in USA » ?

C’est ce système qui est grandement menacé par le traité transatlantique. Étant donné que le vin est le produit agricole le plus exporté de l’UE avec de faibles protections tarifaires (toujours dénoncées par la profession) c’est sur les normes qu’agirait TAFTA et non sur les droits de douane. Ces normes sont juridiques, sanitaires, environnementales et culturelles. Autrement dit, l’objectif est bien d’abattre le contrôle rigoureux en place depuis un siècle en France pour sa production viticole.

En effet, dans les rayons de supermarché américains, vous pouvez trouver du Champagne mais produit en Californie… Tout comme du Chablis, du « Burgundy » (Bourgogne) etc… Ces appellations sont considérées « semi génériques » par les américains tout comme les dénominations de lieux (Châteaux, domaines etc…). Avec un tel traité, les portes seront ouvertes et nous verrons dans nos étalages du Bourgogne produit dans la Vallée de Napa. Pire, nous pourrions voir du Corbières frappé « made in USA ». Pour des régions viticoles où la profession sort à peine d’une grâce crise et qui mise sur la qualité et la notoriété d’une appellation, le coup serait fatal.

Vers une viticulture industrielle

Mise à part le problème des appellations, ce traité reverrait aussi les normes sur la production, la profession craint le retour de vins factices bon marché. En résumé, ce traité signerait la fin d’une viticulture paysanne et l’avènement d’une viticulture industrielle où les petits producteurs n’auront leur place. D’autre part, les viticulteurs français sont des pionniers en matière d’agriculture raisonnée et respectueuse de l’environnement. De tels efforts permettent aujourd’hui la production de vins labélisés « bios » mariant écologie et qualité. Quel avenir pour de telles initiatives avec TAFTA ? Quand on sait qu’en Amérique, ce que nos ainés appelaient « la piquette » (un mélange de sucre, de raisins et de colorants) est vendu sous le nom de vin, on ne peut que s’en soucier. Rappelons aussi que certaines régions sont composées essentiellement de petits producteurs regroupés en coopératives, avec TAFTA, ce sont des méthodes, des particularités, une économie, des paysages et une culture paysanne spécifique à chaque terroir qui disparaitraient.

Un retour en arrière

Il y a 100 ans, les socialistes avait défendus bec et ongles les viticulteurs du Midi face aux importations de vins d’Algérie et aux vins factices produits avec des betteraves du Nord. Une région s’était soulevée jusqu’à ce que soit adoptée la Loi du 29 juin 1907 posant le cadre de la viticulture moderne. Nous célébrons le centenaire de la mort de Jaurès, n’oublions pas que le Midi Rouge avec Carmaux faisait partie de ses grands combats.

Refuser TAFTA pour notre viticulture, c’est défendre nos appellations, facteurs de développement des vignobles français, c’est garder une production de qualité reposant sur des règles. C’est aussi vouloir protéger sa région et ses produits locaux. C’est surtout défendre des modes de productions propres, une culture paysanne et une profession variée. Ce sont ces différences qui font la richesse de notre pays et la qualité de notre vin.

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