Pour faire avancer l’Europe : assumons le clivage gauche/droite

Après de long mois de tractations, suite aux élections européennes du 25 Mai dernier, le Président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker, a finalement annoncé la liste des commissaires qu’il souhaitait proposer au vote du Parlement Européen.

On connaissait les noms du Président du Conseil Européen –qui réunit les chefs d’Etat et de Gouvernement des 28 pays membres-, Donald Tusk, ancien Premier Ministre polonais, membre du Parti Populaire Européen (PPE), et de la Haute-Représentante de l’UE pour les affaires étrangères, l’ancienne Ministre des Affaires Etrangères d’Italie, Federica Mogherini, membre du Parti Socialiste Européen (PSE). Désormais c’est donc la composition de la future Commission Européenne qui est révélée : non paritaire (9 femmes, 19 hommes), elle est déjà controversée et plusieurs de ses membres sont critiqués pour leurs prises de positions passées. L’un est membre du Fidesz, Parti conservateur et nationaliste, au pouvoir en Hongrie, et devrait être en charge de l’éducation au sein de la nouvelle Commission, un autre, le futur Commissaire en charge des questions d’énergie et de changement climatique, membre des conservateurs espagnols, est connu pour ses propos misogynes et est étroitement lié à des lobbies pétroliers.

Au-delà même des personnalités controversées qui composent la Commission, le principe en lui-même de voir certains de nos camarades socialistes, intégrer une Commission assumant une politique de droite nous pose problème. Les élections européennes et le bilan des conservateurs l’ont montré, que ce soit en matière de droits des femmes ou de répartition des richesses : nous ne partageons pas la même vision sur l’avenir de l’Europe. S’allier à la droite au sein de la Commission Européenne, c’est donner raison au Front National quand il parle d’UMPS. Ce serait cautionner des politiques que nous récusons et validerait la thèse selon laquelle, il règnerait un consensus austéritaire en Europe. Les gains politiques éventuels dus à notre participation au sein d’une Commission largement dominée par la droite ne seraient rien à côté du coût politique certain qu’elle occasionnerait, en légitimant le discours de l’extrême-droite en France comme sur tout le continent.

Il est plus que temps de politiser l’Europe. Alors que le mode de désignation du Président de la Commission s’était démocratisé, en se fondant sur les résultats des élections européennes, la composition de la Commission est révélatrice de « l’intergouvernementalisme » qui continue de sévir: accords en coulisse entre Etats, défense des intérêts nationaux, quitte à rendre un peu plus incompréhensibles nos institutions et nos choix politiques. Socialistes, nous sommes fédéralistes : pour nous, l’Europe est politique et non diplomatique. La question de la composition de la Commission Européenne n’est pas une question de nationalité, mais d’orientation politique.

En tant que socialistes, nous devons assumer notre projet pour l’Europe: non pas en participant à une Commission aux orientations contraires aux nôtres, mais par notre travail parlementaire et, en l’état actuel des institutions, en menant le bras de fer au Conseil européen. Aucune majorité n’étant possible au Parlement Européen sans l’accord de la gauche européenne, à nous de peser dans les débats et de porter nos propositions pour mener l’Europe vers une transition énergétique créatrice d’emplois, une harmonisation sociale par le haut et un vrai plan d’investissement européen.

En ce sens, les auditions des différents Commissaires devant le Parlement Européen à partir du 29 Septembre, avant leur élection, seront décisives. Nous attendons de nos eurodéputés, qu’ils soient les plus exigeants possibles pour porter le programme pour lequel ils ont été élus, et qu’ils s’opposent à l’élection de Commissaires nationalistes, misogynes ou aux conflits d’intérêts évidents. Nous continuerons également à rappeler qu’une politique de droite ne saurait être soutenue par les Socialistes et Sociaux-Démocrates en Europe, que ce soit dans nos votes au Parlement ou par notre présence au sein de cette Commission Européenne.

Préparez le changement: restez informés!

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