Rendre justice aux révolutionnaires tunisiens par l’amnistie de sa jeunesse engagée

Décembre 2010, un jeune vendeur de fruits tunisien, Mohamed Bouazizi, s’immolait par le feu, à Sidi Bouzid, dans une Tunisie où le chômage des jeunes atteignait des records et où la corruption et la répression policière firent descendre dans les rues des milliers de citoyens pendant des semaines. Les manifestations qui ont suivi gagnèrent ensuite de nombreuses villes du pays et provoquèrent la chute du Président Ben Ali qui prit la fuite pour l’Arabie Saoudite en janvier 2011.

Quatre ans plus tard, bien que la dictature de Ben Ali appartienne au passé, ces mêmes jeunes se retrouvent pourtant devant les tribunaux aujourd’hui. Une « Instance Vérité et Dignité » a en effet été créé, chargée de recenser les victimes des régimes des anciens Présidents tunisiens Bourguiba et Ben Ali depuis 1955 et de déterminer les compensations auxquelles les victimes peuvent avoir droit. Cette instance, principal outil de la justice transitionnelle depuis la prise de fonction du Gouvernement provisoire dirigé par Mehdi Jomaa, est censée se prononcer sur les violations des droits de l’Homme commises. Or, il serait dangereux et inacceptable de se tromper de cibles. Les jeunes qui sont descendus pacifiquement dans les rues de villes tunisiennes durant la « Révolution de la dignité » en 2010-2011 ne sont pas ceux qui ont opprimés leur peuple des années durant. Il est reproché à ces jeunes d’avoir vandalisé et « incendié des postes de police », ce qui est considéré comme une manipulation par ces jeunes pour justifier les arrestations, d’autres sont poursuivis pour avoir « port[é] atteinte au drapeau, menaces contre fonctionnaire » ou encore d’« atteinte aux bonnes mœurs ». Si la condamnation d’actes jugés illégaux peut-être légitime, il est essentiel de rappeler que l’Etat de droit doit s’exercer partout et que la Tunisie doit créer les conditions d’une véritable transition démocratique, solide et durable, sans retomber dans des travers répressifs. La chute de ces régimes dictatoriaux a été possible notamment par la mobilisation massive de ces jeunes. C’est eux qui ont manifesté pour plus de libertés et de démocratie, pour mettre fin à la corruption dans leur pays, et pour une politique économique et sociale porteuse d’avenir pour la jeunesse du pays et pas seulement pour l’oligarchie au pouvoir. C’est également eux qui se sont mobilisés contre la répression policière, dont ils faisaient l’objet pour tenter de les faire taire.

Ces procès qui s’ouvrent aujourd’hui ne doivent donc pas servir de prétextes pour incriminer ces jeunes en leur faisant porter le chapeau et devraient au contraire mettre en cause les véritables responsables des répressions qui firent nombre de blessés et de morts.

Alors qu’en janvier dernier, nous nous réjouissions que la Tunisie prenne le chemin du progrès en étant le premier pays du monde arabe à inscrire dans sa Constitution l’égalité femmes-hommes, aujourd’hui nous nous inquiétons d’un retour à des méthodes répressives et à cette chasse aux sorcières qui se profile. Les Jeunes Socialistes s’alarment de décisions arbitraires qui menacent les premiers porteurs de la révolution tunisienne.

C’est pourquoi, nous souhaitons que ces jeunes tunisiens puissent bénéficier d’une amnistie, conformément à la loi votée le 2 juin par l’Assemblée constituante tunisienne, qui devra aussi inclure l’ensemble de la période des manifestations, afin de prendre en compte le caractère exceptionnel du moment et de mettre fin à cet acharnement.

C’est dans ce contexte que la Tunisie pourra retrouver le chemin de la consolidation d’institutions capable de garantir et de pérenniser une transition démocratique au service du peuple tunisien.

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