Déclaration du camp d’été des Jeunes Socialistes

Au lendemain de deux défaites sans précédent pour la gauche, les Jeunes Socialistes se sont retrouvés pour un camp d’été, ont débattu, appris et proposé pendant quatre jours pour réinventer la gauche. Conscients qu’elle doit retrouver la confiance de ceux qui s’en sont détournés après l’avoir portée au pouvoir, les Jeunes Socialistes entendent prendre leurs responsabilités dans ce moment de doutes pour la famille socialiste, qui voit sa place centrale à gauche et sa capacité à incarner la transformation sociale et écologique menacées.

Le diagnostic porté par les Jeunes Socialistes depuis plusieurs années sur la crise démocratique, sociale et écologique se vérifie malheureusement de jour en jour. C’est l’Europe entière qui souffre du chômage, de la précarité, des inégalités et du dérèglement climatique.

L’abstention massive des jeunes et les scores élevés de l’extrême-droite obligent la famille socialiste au sursaut pour réussir.

Depuis deux ans, c’est notre famille politique qui gouverne. Malgré des changements perceptibles dans la vie quotidienne des Français, nos électeurs sont déçus par nos renoncements et ne donnent plus crédit à notre parole. Or, il est impossible de gouverner sans ceux qui nous ont élus. La gauche a besoin du soutien de toutes les forces de progrès qui traversent la société pour résister aux pressions de la finance et aux lobbies qui menacent d’enfermer son action dans le conservatisme.

Il est donc temps de réveiller la gauche pour redonner du sens à son action pour la transformation sociale, écologique et démocratique. C’est l’enseignement que tirent les Jeunes Socialistes après ces quatre jours d’ateliers thématiques, de plénières ouvertes sur le reste de la gauche et sur la société en mouvement, mais aussi au terme de débats improvisés, de rencontres et de partage des expériences militantes dans l’esprit de l’éducation populaire.

La reconquête des esprits et des cœurs à gauche passe par l’espoir que les socialistes donneront à la jeunesse, priorité du quinquennat. La Priorité jeunesse qui a changé la vie des jeunes, qu’ils soient stagiaires, bénéficiaires des emplois d’avenir, écoliers, étudiants ou salariés, doit aujourd’hui s’amplifier. Il s’agit désormais de poursuivre la lutte contre la reproduction sociale dès l’école, de faire entrer les jeunes dans le droit commun, d’ouvrir le RSA aux moins de 25 ans et de permettre à tous les jeunes d’étudier sans avoir à se salarier grâce à l’allocation d’autonomie.

Notre génération construit massivement son rapport au politique dans l’abstention. Le Front national progresse, mais c’est l’abstention qui est aujourd’hui le premier choix des jeunes. Il faut un nouveau souffle démocratique pour répondre à cette crise de la représentation, en finir avec l’entre-soi et partager tous les pouvoirs, partout. Nous appelons donc à une 6ème République. Notre famille politique aura elle aussi à se rénover et se renouveler pour donner à sa parole de changement une nouvelle légitimité. Le clivage entre la gauche et la droite a besoin d’être réaffirmé, pour ne pas donner crédit aux slogans de l’extrême-droite. Cela est vrai en France comme en Europe, où les socialistes français gagneraient à ne pas participer à une Commission européenne de droite qui combat nos engagements pour l’harmonisation sociale par le haut, qui combat l’Europe du progrès et de la justice, et qui s’enferme dans le constitutionnalisme économique.

Le cœur de la gauche, c’est l’égalité. Pour les socialistes, elle se conçoit dans chaque espace. Socialistes, nous sommes féministes. Nous attendons des droits nouveaux et la fin de toutes les discriminations pour les personnes LGBT, nous revendiquons le droit de vote pour les résidents étrangers, nous militons pour l’attestation de contrôle d’identité qui permet de lutter contre les contrôles au facies, et nous voulons une politique migratoire et d’asile juste et humaine.

L’égalité, c’est aussi celle des territoires, qu’ils soient ruraux, périurbains ou qu’il s’agisse des quartiers populaires trop souvent abandonnés et désertés par les services publics de proximité, l’activité économique et culturelle. L’égalité c’est également lutter contre les inégalités à la racine en créant un service public de la petite enfance

Cette façon de faire de la politique et de concevoir l’égalité permettra aussi de définir de nouveaux modèles pour la transformation sociale, écologique et démocratique.

Le libre-échange outrancier, dont le projet de traité transatlantique préfigure une nouvelle étape dans la dérégulation et la casse sociale, environnementale et démocratique, met les peuples en compétition. Une alternative à cette concurrence sauvage est possible avec un juste-échange qui préserve les droits sociaux des uns tout en offrant aux autres de meilleures perspectives de développement.

C’est parce qu’elle portera un nouveau modèle de développement, en rupture avec le néolibéralisme ici et dans le monde que la gauche se dotera de la force pour incarner un projet de société, un cap clair et mobilisateur. Le réel aujourd’hui, c’est que la croissance, dans un monde aux ressources naturelles limitées, n’apparaît plus comme la source indispensable et inconditionnelle du progrès. Le culte du profit, de la baisse des cotisations patronales et de la politique de l’offre qui induirait investissements et emplois a atteint ses limites. Les carnets de commande restent vides, et l’austérité qui s’impose en Europe et au delà, fait exploser chaque jour les inégalités et la pauvreté, condamnant toute reprise économique. C’est aujourd’hui l’attente de justice sociale qui s’exprime en France. Alors que la richesse créée n’a jamais été aussi importante, l’heure est à une meilleure répartition de la valeur ajoutée, à la réduction du temps de travail, à l’augmentation des bas salaires et à la création de millions d’emplois dans la transition énergétique, durables et non-délocalisables.

Ce nouveau modèle de développement est écologiste. Les enjeux de la conférence de Paris en 2015 sont déterminants pour la lutte contre le dérèglement climatique, les Jeunes Socialistes demandent que soient fixés des objectifs et que soient définies et que les actes suivent.

Le monde bouge, mais trop de conflits demeurent. Les Jeunes Socialistes réaffirment que le droit international doit s’imposer dans le conflit israélo-palestinien et qu’une paix durable et juste doit permettre d’aboutir à une solution à deux Etats, respectueuse de la souveraineté et de la sécurité des peuples. L’Europe doit peser de tout son poids diplomatique et économique pour y parvenir.

Regarder notre propre histoire avec lucidité est indispensable, c’est pour cela que les Jeunes Socialistes rappellent avec constance la nécessité de reconnaître le rôle de certains Français dans le génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994.

La gauche, pour réussir, doit se rassembler, se souvenir en permanence de ses valeurs et de son projet de transformation du réel, tout en se réinventant. Il n’y a pas de fatalité, pas d’Histoire écrite à l’avance. A nous d’inventer la gauche du 21ème siècle.
C’est dans cet esprit que les Jeunes Socialistes contribueront au grand débat des Etats généraux de la famille socialiste, avec le souci de l’exigence, de la fidélité à nos valeurs et la culture du doute qui permet la confrontation des analyses et l’émergence des solutions nouvelles.

Préparez le changement: restez informés!

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