Déplacement au Rwanda, Jour 3

Nous nous sommes rendus au mémorial de Gisozi situé à Kigali en milieu de matinée.
L’endroit était sobre et serein.

Le bâtiment principal contenait une exposition sur le génocide contre les Tutsi au Rwanda, en prenant en compte le contexte historique.
Ce lieu de recueillement et de mémoire est conçu de façon à ce que les visiteurs de tout pays comprennent pourquoi, comment se sont perpétrés les massacres. Des images se greffent aux mots afin de développer leur sens, leur portée.

Mais la particularité de ce site mémoriel réside dans la place faite aux expositions sur les autres génocides du XXe siècle, la démarche étant la suivante; si un génocide constitue un crime contre l’humanité, chaque pays se doit d’enseigner, de commémorer et de promouvoir la lutte contre les haines raciales et religieuses.

Les similitudes entre les procédés génocidaires sont trop frappantes et systématiques pour être ignorées.

En effet, les colons belges ont organisé la rivalité politique entre Hutus et tutsis tout comme l’ont fait les colons allemands en Namibie, entre les Namas et les Hereros.

Les tueries, en Arménie comme au Rwanda étaient méthodiques: le processus consistait toujours en l’extermination de l’élite, puis des hommes valides, et enfin des femmes et des enfants.

Que cela soit pour l’holocauste ou pour le génocide contre les Tutsi, une catégorie de la population est définie comme l’ennemi et présentée comme dangereuse. Ainsi, au Rwanda comme en Allemagne nazie, la menace que présenterait soit les juifs soit les Tutsi, comme « ennemi de l’intérieur » avec au Rwanda la propagande qui vise à faire croire que ce sont les Tutsi qui hiver eurent exterminer les Hutus, va jusqu’à alimenter le négationnisme pendant et après le génocide en laissant entendre qu’il s’agirait de légitime défense par anticipation.

Pour les khmers rouges au Cambodge comme pour les Hutus génocidaires, l’ennemi désigné était déshumanisé par une propagande d’Etat afin de déculpabiliser les auteurs: quand les premiers comparaient les tutsis à des cafards à écraser sans le moindre remord, les seconds considéraient leurs ennemis comme des « singes hurlants dans la forêt ».

La récurrence de ses procédés, leur violence et leur efficacité obligent à ce travail de mémoire et de vérité.

Nous nous sommes ensuite rendus devant le lieu du mémoriel afin d’ effectuer 2 minutes de silence, d’écouter un témoignage émouvant de rescapé, puis de faire une lecture de deux textes: le discours d’Elie Wiesel  » Le monde apprendra t’il jamais » et le premier discours de Jean Jaurès à l’Assemblée Nationale, en faveur des arméniens.

Nous avons alors déposé une gerbe de fleur, au nom de nos associations.

L’après midi, une rencontre avec des étudiants rescapés a eu lieu à l’université de Kigali.
Après un accueil en chansons, plus que chaleureux, de la part de plus de 400 d’entre eux, nous avons discuté en groupe restreint. Sur leur vécu, leurs aspirations et sur notre démarche.

Nous avons compris leurs attentes, leur impatience vis à vis de nos revendications en france, et également leurs inquiétudes liées à leur méconnaissance du système politique français qui amenait à cette interrogation:
Comment pouvons nous agir en opposition à une position gouvernementale issue de notre parti politique ? Comment des organisations de jeunesse peuvent-elles espérer avoir un poids médiatique et politique ? Questions qui reflètent aussi un certain nombre de leurs interrogations face au système politique rwandais.

L’espoir est grand, de voir la jeunesse française politique et associative réussir à porter une voix unie et efficace afin d’éviter l’oubli, d’éviter que ces événements se reproduisent un jour.

Préparez le changement: restez informés!

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