Déplacement au Rwanda, jour 2

La journée débute par une rencontre avec l’association “CNLG” (National Commission for the Fight against Genocide), une structure créée par une loi de 2007, définissant celle ci par son caractère national, indépendant et permanent.

Nous avons étudié les “gacaca”, les tribunaux de village, leur rôle judiciaire puis leur rôle dans la reconstruction du lien social au Rwanda.

Le fait est que les bourreaux et les victimes, souvent voisins, sont amenés à vivre ensemble. Il fallait donc trouver le moyen d’accélérer le processus judiciaire afin de restaurer un climat plus serein et mettre fin aux rumeurs. Ainsi, cette forme de justice traditionnelle et ancestrale s’est imposée après un débat au village Urugwiro entre 1998 et 1999.

Il existe plusieurs étapes au déroulement des Gacaca, en premier lieu les suspects sont catégorises selon le classement suivant:

  • Les instigateurs
  • Les tueurs
  • Ceux qui s’attaquent aux biens des victimes

Puis vient la phase des confessions et confrontations face aux habitants qui apportent leur témoignage. Les juges décident ensuite du sort des suspect.

9013 Gacaca se sont déroulés, puis des statistiques ont été élaborées en 2012, en fin de processus.

Celles ci détaillent les chiffres des condamnations: 1 226 514 personnes furent jugées dont 15 102 catégories 1, 380 937 catégories 2 et 830 475 catégories 3.

En ce qui concerne les catégories 1 et 2: 56% furent acquittés avec confession, 43,80% furent condamnés.

Nous avons ensuite échangé sur la question de l’engagement français au Rwanda, avant, pendant et après le génocide et donc de l’implication de certains dirigeants d’époque. Ce débat nous a permis d’affirmer notre démarche: celle de la recherche de la vérité et du respect de la mémoire. Nous avons également réfléchi au poids des mots et des accusations, la conclusion étant qu’on ne peut instaurer de débat serein fondé sur des accusations sans preuves factuelles.

La démarche de la demande de réouverture des archives que nous portons s’inscrit d’ailleurs en ce sens: faire preuve d’objectivité, et écarter les passions du processus juridictionnel afin d’obtenir des réponses justes.

La matinée s’est poursuivie par une rencontre avec l’AVEGA, l’Association des Veuves du Génocide, une organisation née le 15 janvier 1995 épaulant les veuves et œuvrant pour leur réintégration dans la société rwandaise. Les veuves du génocide ont souvent connu des violences inhumaines. Des viols avec transmission du VIH. Des agressions innommables.
Cette structure leur permet d’exorciser leur peine, d’échanger avec les autres veuves et rescapées afin de se reconstruire ensemble, et d’apprendre une activité professionnelle pour ne pas tomber dans la mendicité et être indépendantes financièrement.

En début d’après midi nous avons échangé avec un groupe d’étudiants rescapés qui se sont eux aussi constitués en association: l’AERG, créée en 1996.
Cette association fait face aux situations d’enfants et adolescents isolés et en détresse: parfois malades ou dans une extrême pauvreté.
Les aînés apportent donc leur soutiens moral, éducatif et financier pour la réussite et l’insertion sociale de tous.
Ce qui marque, avec le recul, est le sentiment d’abandon des rescapés face au sentiment d’indifférence qui persiste chez de nos dirigeants politiques.

L’après midi se termine par une visite à la prison “1930″ ou 1300 génocidaires purgent leur peine.

Nous avons rencontré trois génocidaires afin de tenter de comprendre les responsabilités individuelles au sein d’un mouvement criminel collectif.

La présence de certains de nos accompagnateurs rescapés dans cette rencontre transforma la portée de cette initiative. Les mots choisis par ces détenus, utilisants 20 ans après un vocabulaire génocidaire d’une violence sans nom afin de qualifier et de justifier leurs actes, firent l’effet d’une seconde “attaque” à la mémoire des victimes. Et cela entraîna un profond désarroi de notre part, et le sentiment que finalement aucune réponse ne peut être trouvée face aux crimes de certains êtres humains sur d’autres êtres humains.

Parce que le négationnisme tue une deuxième fois, nous sommes déterminés, plus que jamais à faire la lumière sur ces événements, afin de mener un travail éducatif à porté universaliste.

Préparez le changement: restez informés!

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