Déplacement au Rwanda, jour 1 – La genèse du génocide

Quasiment 20h se sont écoulées entre le moment où nous avons quitté Paris intra muros et notre arrivée à notre hôtel à Kigali.

20 heures entre Paris et Addis Adeba, Addis Adeba et Entebbe en Ouganda, pour arriver finalement à Kigali, au Rwanda.

Nous sommes accueillis à notre arrivée par les étudiants de l’AERG (l’Association des élèves et étudiants rescapés du génocide) qui nous accompagneront tout au long du voyage.

Après une douche et un repas bien mérités, nous voici aussitôt en réunion pour une introduction autour des objectifs que chacun vise dans ce séjour. La quête de vérité sur le génocide des Tutsi et le rôle joué par la France sans que nous n’en sachions rien, créer une mobilisation citoyenne et générationnelle pour briser l’omerta, comprendre, atteindre la vérité pour que le travail de mémoire puisse avoir lieu.

Nous rencontrons ensuite deux figures rwandaises pour nous parler des mécanismes et de la genèse du génocide.

Alors que le Rwanda est un pays typique de la région des grands lacs, les colonisateurs, allemands puis belges, dans le but de préserver le pouvoir en divisant le pays, ont construit de toute pièce des identités, des ethnies. Alors qu’aucun des critères menant habituellement à la formation d’ethnies n’est présent – la population rwandaise à la même religion, la même langue, le même territoire – on fige deux identités distinctes : Hutus et Tutsi, qui correspondent en fait à deux conditions sociales, qui ne sont donc par définition pas liées à la naissance mais à la position occupée dans la société. D’identités qui sont mouvantes, on passe ensuite à la fixation d’identités qui auraient des origines biologiques et géographiques.

Les colonisateurs, qui commencent par positionner les Tutsi en situation de pouvoir retournent leur alliance en faveur des Hutus quand les Tutsi se mettent à contester leur domination. Commence alors une diabolisation des Tutsi et se développe une rhétorique présentant les Hutus comme le peuple majoritaire ayant été privé de pouvoir par des Tutsi en fait venus de l’étranger.

Lors de la décolonisation, ces identités persistent et le pouvoir politique les renforce. L’ethnie est inscrite sur la carte d’identité, une politique discriminatoire est mise en place par le biais notamment de “quotas” dans l’accès à la santé ou l’éducation par exemple. L’église catholique, très présente dans la société rwandaise, contribue grandement à diaboliser les Tutsi.

En 1973 Habyarimana prend le pouvoir par un coup d’état et radicalise encore plus cette construction identitaire. On assiste notamment à la militarisation des milices interahamwe, qui deviendront le bras armé du génocide et une force d’embrigadement de la jeunesse, un renforcement de la propagande par le biais de la radio télévision mille collines et un entraînement et un équipement militaire qui prend de l’ampleur. Des massacres de Tutsi ont lieu régulièrement à partir des années 1970 et poussent des milliers de Tutsi à s’exiler dans les pays voisins. Une guerre oppose, à partir de 1990, les forces armées rwandaises et le Front Patriotique Rwandais mené par Paul Kagame. Les Tutsi sont alors présentés comme ennemis de l’extérieur, et de l’intérieur.

On nous raconte aussi l’importance du langage dans la culture rwandaise, et donc son importance dans le formatage des esprits menant au génocide. Ce génocide si particulier parce qu’il réussir l’alliance tragique entre logique d’Etat et logique de Pogroms, “populaire”, qui rend toute intervention, soit de l’Etat soit de la population, pour y mettre fin très improbable.

La discussion se termine autour de la reconstruction, si difficile dans ce génocide de proximité. Si difficile quand chacun a vu l’absence de frontière entre la vie et la mort, la fin de tous les tabous dans les rapports humains. Comment revivre après cela ? Et pourtant, il faut bien vivre.

Alors c’est avant tout la justice qui a permis d’avancer. Par l’instauration du tribunal pénal au Rwanda, qui condamne de nombreux génocidaires et certains organisateurs, notamment les détenteurs de la radio mille collines. Il y a aussi cette justice si particulière, les Gacaca. Ces tribunaux en plein air, sur les lieux mêmes du génocide, qui donnent lieu à des confrontations, sortes de catharsis, entre bourreaux et victimes et à des milliers de condamnations. Il y a les commémorations qui permettent de se souvenir, de faire le deuil.

Et puis il y a la préparation de l’avenir. D’abord la difficile question de l’éducation. Comment enseigner le génocide ? Que dire des identités ethnies Tutsi et Hutus, elles qui ont été l’instrument du génocide mais dans lesquelles toutes les familles rwandaises sont presque obligées de se retrouver aujourd’hui, rendant extrêmement complexe toute cicatrisation. Cicatrisation qui, au vu de la violation totale de tous les tabous qui caractérisent les rapports humains pendant le génocide des Tutsi, ne pourra se faire qu’avec le temps et la réconciliation des nouvelles générations.

Préparez le changement: restez informés!

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