Déclaration du Bureau National des Jeunes Socialistes suite aux élections européennes

Soutenu par l’ensemble des sensibilités composant le Bureau National.

Le 25 mai 2014 est l’expression la plus marquante de la crise démocratique, économique et sociale qui frappe tant la 5e République que l’Europe. Ce dimanche, le Front National, parti d’extrême-droite, est arrivé en tête des suffrages. Pire, il est le seul parti à obtenir le vote de 10% des inscrits en France. Le paysage politique français se structure durablement et dangereusement de manière tripolaire : le score de toute la gauche est à 34%, celui de la droite à 36%, l’extrême-droite à 26%. Toute une génération construit son rapport au politique dans l’abstention quand seuls 27% des moins de 35 ans choisissent de voter le 25 mai.

Malgré une élection avec un taux d’abstention plus faible qu’en 2009, le Front National réalise sa 4e meilleure mobilisation en nombre de voix (4,7 millions) de son histoire, équivalente à celle du 21 avril 2002.

Dans la continuité des élections cantonales de 2011, des élections partielles de 2012 et 2013, des élections municipales de 2014, les légers regains de participation ne bénéficient pas à la gauche mais au Front National qui consolide son électorat.

L’UMP ne réussit pas à incarner la première force d’opposition en étant repoussée 4 points derrière le Front National, et assume dès le lendemain une tricherie financière monumentale lors de la dernière campagne présidentielle, enfonçant le clou du discrédit sur les partis politiques de gouvernement.

Dans cette situation, le Parti socialiste réalise le pire score depuis sa création avec seulement 2,6 millions de voix, à mille lieux des 10,3 millions de citoyen-ne-s qui s’étaient réuni-e-s sur notre projet le 22 avril 2012.

C’est l’alarme.

La social-démocratie ne profite pas du recul sans précédent d’une soixantaine de sièges des conservateurs. Le Parti Socialiste européen recule même de 6 sièges, signe qu’il n’est pas apparu lors de cette élection comme l’alternative attendue par les peuples pour tourner la page de l’austérité et au contraire, y est perçu comme partie prenante. Seuls les nationalistes et dans une moindre mesure la gauche radicale progressent, expression d’une colère et d’une fracture béante entre les citoyen-ne-s et leurs dirigeant-e-s. Ce vote contre les institutions européennes actuelles expriment un besoin de protection mais amènent au repli sur soi. Ce tableau noir pour les sociaux-démocrates est toutefois nuancé par la victoire de Matteo Renzi en Italie et des progressistes en Roumanie, au Portugal et en Suède.

Le Conseil européen doit respecter la légitimité démocratique du vote du 25 mai définissant un nouveau parlement et dont le Parti Populaire Européen est la première formation politique. Pour autant, la social-démocratie européenne ne saurait se compromettre dans une “grande coalition” avec la droite européenne. Les députés PS doivent d’ores et déjà affirmer qu’ils ne voteront pas pour Juncker ou un autre candidat du PPE, et la France qu’elle ne nommera pas un socialiste pour siéger à la Commission Européenne.

Le message politique envoyé par le peuple demande de ne pas se voiler la face mais appelle à un sursaut démocratique et politique.

Nous appelons à réformer en profondeur notre manière de faire de la politique. Nos candidat-e-s et nos représentant-e-s doivent refléter la société dans toute sa diversité. Nous devons être à l’écoute et en lien permanent avec la société en mouvement qui a besoin de souffle : syndicats, mutuelles, associations et collectifs citoyens, entrepreneurs solidaires. Nous devons renforcer la dimension participative et co-construite de nos actions et événements pour être un grand mouvement d’éducation populaire présents sur tous les territoires, urbains, périurbains et ruraux.

Notre famille politique doit mettre en œuvre la démocratie à toutes les échelles et promouvoir une nouvelle République plus démocratique, décentralisée et transparente. Elle doit reparler aux jeunes, aux ouvrier-e-s, aux employé-e-s, aux cadres, aux chômeur-se-s, aux français-es des quartiers populaires, des territoires ruraux et périurbains qui ont l’impression d’un décalage entre leur vécu et le discours de la gauche où les indicateurs comptables remplacent la réalité quotidienne. Il faut que la gauche redonne un sens à son action qui puisse entraîner nos concitoyen-ne-s dans un projet de société progressiste.

Nous appelons à retrouver la volonté populaire du 6 mai 2012. Nous devions maîtriser la finance, parvenir à une société de l’égalité, faire de la jeunesse une priorité. Cette vision de la société ne peut pas être conditionnée à la réduction rapide du déficit public.

Nous appelons à ce que la gauche retrouve sa raison d’être et trace un nouveau chemin qui soit la première alternative au libéralisme : nous voulons une société riche en emplois, qui investit, qui taxe plus fortement la rente et réalise la révolution fiscale, qui met en œuvre la sobriété énergétique, qui améliore les conditions de vie des jeunes par le doublement des emplois d’avenir et l’augmentation des bourses étudiantes. Il faut une politique de justice sociale accompagnée d’un discours structurant à gauche pour transformer la société et mener la bataille des idées face à la droite.

L’exercice du pouvoir ne peut justifier le renoncement à transformer la société. C’est au contraire le moment opportun de re- idéologiser la gauche et de mener la bataille culturelle. C’est la clé pour satisfaire l’idéal d’égalité qui avait motivé l’élection de François Hollande.

« L’ancien se meurt, le nouveau ne parvient pas à voir le jour, dans ce clair-obscur surgissent les monstres » disait Antonio Gramsci.

Les monstres ont les portes ouvertes, alors, avec les socialistes les écologistes et les communistes, nous ferons face au plus grand défi qu’est de faire émerger le nouveau.

Préparez le changement: restez informés!

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