Face au choc des nationalismes, la gauche européenne ne peut pas se compromettre

Alors que la campagne était européenne et que l’enjeu reste fondamentalement Européen –quelle majorité au parlement européen ? pour quelle politique ? avec quel président de la Commission Européenne ?- les débats actuels reposent essentiellement sur une analyse nationale de ce scrutin.

Pour la première fois pourtant, le résultat des élections au Parlement Européen doit être prise en compte dans la désignation du Président de la Commission Européenne : il est donc essentiel de savoir quel parti, quelle coalition en Europe est en position de force pour imposer son/ sa candidat-e pour les 5 ans à venir.

Au lendemain des élections du 25 Mai, il apparaît clair qu’aucun Parti européen n’est parvenu à la majorité absolue de 376 députés : les Conservateurs reculeraient de 60 sièges, mais resteraient le 1er groupe au Parlement avec 214 élus, les Socialistes et Démocrates en perdraient 7 avec 189 élus, tandis que les libéraux en perdraient 17 avec 66 sièges et les Verts 5, tombant à 52 députés.

Les seuls groupes en dynamique seraient la gauche radicale, augmentant son nombre de 7 sièges pour atteindre 42 députés, et surtout les non-inscrits et les « autres », l’ensemble des partis non représentés jusqu’à aujourd’hui au Parlement ou sans appartenance à aucun groupe, qui viennent s’ajouter aux souverainistes de l’ECR (46 députés) et aux eurosceptiques de l’EFD (38 députés). Parmi les « autres », le Front National, Aube Dorée en Grèce, mais aussi potentiellement des élus qui s’ajouteront aux groupes parlementaires de gauche et de droite déjà existants.

Le bloc de gauche rassemblerait donc pour le moment 283 députés, quand le PPE (les conservateurs) et ALDE (les libéraux) n’en rassembleraient que 274.

En d’autres termes, si la droite s’effondre largement en Europe, la gauche, elle, stagne, en particulier la social-démocratie européenne, tandis que les souverainistes, eurosceptiques et europhobes, voire les néonazis –l’extrême-droite dans sa diversité- font leur entrée massive au Parlement.

Le rejet des politiques d’austérité a été un des moteurs de cette élection : En Europe, il n’y a qu’en Italie, au Portugal et en Roumanie que les Socialistes et Démocrates dépassent les 30%, en prônant principalement le refus des politiques d’austérité, en mettant en cause la règle des 3% pour les premiers ou en s’opposant aux mesures du gouvernement conservateurs pour les second. En Grèce, le PASOK (Sociaux-Démocrates) s’est effondré et c’est à présent la gauche radicale de Syriza anti-austérité qui est le 1er parti du pays avec 26,5% des voix. En Espagne, la gauche radicale et les mouvements issus des indignés, additionnés, atteignent les 18% (contre 26 pour les conservateurs et 23 pour les Socialistes).

Et pourtant dans ce contexte, c’est surtout l’extrême-droite qui monte en puissance à peu près partout en Europe : 25% pour le FN en France, 26,6% au Danemark, 1er Parti du pays également, 12,9% en Finlande devant les sociaux-démocrates, même en Allemagne le Parti anti-euro fait une percée à près de 7%. Les ultraconservateurs hongrois au pouvoir (et membre du PPE) dépassent la majorité absolue, le 2ème parti étant le Jobbik (extrême-droite) avec 14,7% des voix. En Grèce, Aube Dorée, qui n’hésite pas à recourir à des ratonnades et à s’assumer néonazi, obtient 9,5% des voix.

Comment expliquer, alors, que malgré une campagne européenne, avec un candidat commun –Martin Schulz-, basée sur une alternative à l’austérité, engageant tous les socialistes européens –le Manifesto-, la gauche ne soit pas parvenue à convaincre ? Au regard de l’abstention et de la montée de l’extrême droite, nous n’avons pas su incarner une alternative ou un espoir pour l’Europe. Insuffisamment en tout cas pour obtenir une majorité nette au parlement. Trop d’années de compromis gauche-droite au parlement européen ou de politiques d’austérité ou d’inspiration libérale menées par nos propres gouvernements socialistes et sociaux-démocrates ont eu largement raison de notre crédibilité à prôner la lutte contre cette même austérité, pour la relance et la transformation sociale.

La conséquence de cette défiance des électeurs ne doit et ne peut pas être une nouvelle alliance des Sociaux-Démocrates avec les Conservateurs en Europe ! Cette campagne européenne nous l’avons bâtie contre l’austérité prônée par Juncker et les conservateurs, les politiques que nous mènerons en Europe devront donc elles-aussi être contre cette austérité. Non, nous ne soutiendrons pas Jean-Claude Juncker en tant que Président de la Commission Européenne. Le rôle des Socialistes et Démocrates au Parlement devra être au contraire de rassembler l’ensemble de la gauche et des progressistes pour tenter d’établir une majorité alternative, quitte à s’allier ponctuellement avec les libéraux dans la protection du droit à l’avortement ou la directive sur les libertés numériques.

Le résultat de ces élections est une défiance vis-à-vis de cette Europe là, conservatrice en matière de moeurs, ultralibérale dans ses accords commerciaux, ne voyant que l’arithmétique et la rigueur en matière économique.

Pour regagner la confiance de nos électeurs, qui se sont abstenus en masse ou se sont détournés de nous, voire parfois de l’Europe, nous devrons montrer et démontrer que la lutte contre l’austérité, c’est nous qui l’incarnons, en faisant sauter le verrou conservateur en Europe.

L’avenir de nos partis socialistes et sociaux-démocrates en dépendra : un nouvel accord de gouvernement, de nouveaux compromis au détriment des classes populaires et du changement prôné pourraient sonner le déclin de nos partis. Une alternative résolue, affirmant et appliquant les politiques de transformations sociales promises pourrait au contraire en être le sursaut.

Préparez le changement: restez informés!

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