Pour une politique efficace et juste

Il y a trois semaines, les élections municipales marquaient une défaite électorale brutale pour la gauche au pouvoir. Au choc de la défaite doivent succéder les enseignements politiques à tirer de cette défiance exprimée par les électeurs de gauche qui se sont massivement abstenus, laissant ainsi s’écrouler plusieurs décennies de construction patiente d’un socialisme municipal. A l’analyse développée par certains à gauche, qui expliquent la débâcle par un manque de pédagogie sur l’action menée et par la seule incompréhension des français, il est préférable de s’interroger sur les raisons profondes qui ont nourri le rejet de la politique gouvernementale

Le soutien des Jeunes socialistes au gouvernement et à l’action de la gauche depuis 2012 reste le même, nous défendons avec force et conviction ce qui change le quotidien des jeunes et nous portons avec exigence nos valeurs et les espoirs du 6 Mai 2012.Les Jeunes socialistes militent pour la “Priorité jeunesse”, engagée par le gouvernement. Le maintien de la priorité accordée à l’Education nationale par la création de 60 000 postes et aux emplois d’avenir est une bonne chose. C’est de la mise en oeuvre de la Priorité jeunesse que viendra la réussite du quinquennat, qui permettra aux jeunes de vivre mieux en 2017 qu’en 2012.

Le danger aujourd’hui serait de ne pas entendre le message ou de ne pas en tenir compte, alimentant ainsi la résignation au risque d’éloigner durablement des millions de femmes et d’hommes de gauche du processus démocratique. La gauche ne doit jamais oublier qui l’a portée au pouvoir et pour qui elle agit.

Quand autant de débats viennent questionner la politique que nous menons, c’est que les interrogations posées sont légitimes.

Une politique de l’offre par la réduction du coût du travail seule ne permettra pas de sortir de l’ornière économique actuelle. En effet si cette question peut être posée notamment dans l’industrie soumise à la compétition européenne et internationale, elle ne peut être généralisée à l’ensemble du secteur privé. Aux doutes sur l’efficacité économique de cette seule politique, s’ajoute le risque du creusement des inégalités et le sentiment d’injustice sociale.

Il convient de procéder à un ciblage des exonérations sociales sur les entreprises exposées à la concurrence et de les flécher vers l’investissement. Il serait inconcevable que les efforts consentis en faveur des marges des entreprises ne servent qu’à gonfler les dividendes de quelques-uns.

Par ailleurs, aucune réponse n’est apportée à l’une des principales attentes des entreprises : voir leurs carnets de commande se remplir. Pour cela, l’augmentation du salaire minimum et des bas salaires semble indispensable. C’est pourquoi l’augmentation réaffirmée des salaires des fonctionnaires les plus modestes est une bonne nouvelle notamment pour les femmes qui subissent davantage la précarité, tout comme la poursuite de l’augmentation du RSA ou l’annonce que les petites retraites ne seront pas gelées.

De la même façon, il est à craindre qu’une réduction brutale des dépenses publiques de 50 milliards d’euros ne fragilise lourdement l’investissement des collectivités territoriales, qui depuis nos victoires des années 2000 mènent au quotidien des politiques de transition énergétique, de solidarités, de développement de la formation et de la culture.

Ce qui doit déterminer notre action, n’est pas tant la réussite économique pour elle même mais l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens. Si les annonces excluant les petites retraites ainsi que les fonctionnaires du gel des revenus sont bienvenues, la logique de baisse systématique des cotisations qui fondent la solidarité à la base de la cohésion sociale de notre pays, nous interpelle. En effet, elles représentent une perte de recettes pour notre système de protection sociale, au cœur de la solidarité qui anime notre pays.

Pour en finir avec le dumping fiscal en Europe, une harmonisation sociale par le haut est nécessaire. La baisse de l’impôt sur les sociétés ne peut que retarder cette réorientation de la politique fiscale en Europe, dont nous voulons qu’elle soit un outil de lutte contre les délocalisations.

On ne peut répondre à la demande de justice sociale par des baisses de cotisations. Au contraire, mettre en œuvre une révolution fiscale en alourdissant l’imposition sur le patrimoine, et en fusionnant impôt sur le revenu et contribution sociale généralisée pourrait répondre à la fois au besoin de ressources publiques mais aussi à celui de justice sociale. Pour plus d’égalité dans les conditions d’existence, l’encadrement des salaires de 1 à 20 dans les entreprises privées et l’interdiction des stock options seraient un changement de logique intéressant.

Face au sentiment d’abandon ressenti par notre génération, il est nécessaire d’amplifier la « Priorité jeunesse » initiée par François Hollande et plébiscitée en 2012 par les jeunes qui ont fait en grande partie la victoire du 6 Mai. Cette amplification passe notamment par la poursuite de l’augmentation des bourses, la fusion du RSA et de la prime pour l’emploi et 150 000 emplois d’avenir supplémentaires dans la transition énergétique., mais aussi par l’instauration de l’Attestation de contrôle d’identité pour réaffirmer que l’action de la gauche est liée aux progrès de l’égalité.

Au delà de ces considérations économiques et sociales, nous sommes aujourd’hui face à un grand défi démocratique. La crise démocratique est réelle, elle est marquée par le sentiment d’impuissance du politique à agir sur le quotidien et sur l’impression qu’il existe une profonde déconnexion entre une caste politique dirigeante et le réel. Nous avions alerté sur la nécessité de sortir du constitutionnalisme économique lors du débat sur le traité budgétaire européen, nous le faisons encore une fois alors que la droite utilise les institutions européennes pour faire avancer un agenda néolibéral de rétrécissement de l’Etat. Il est aujourd’hui indispensable de libérer les Etats de la finance en permettant à la Banque Centrale Européenne de prêter directement aux Etats, ou du moins en instaurant des eurobonds ainsi qu’en permettant à la Banque Européenne d’Investissement, établissement parapublic, de prêter aux Etats.

En France, la 5e République s’avère une nouvelle fois délétère pour la gauche. Réinventer nos institutions pour permettre le débat démocratique et redonner tout son pouvoir à l’Assemblée Nationale nous paraît une priorité. La gauche a une culture du débat et de l’intelligence collective qui ne pourra s’épanouir que dans une 6e République parlementaire.

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