Discours de Laura Slimani lors des 20e commémorations du génocide des Tutsi au Rwanda

Seul le prononcé fait foi

Depuis 2010 les Jeunes Socialistes sont présents chaque année aux commémorations du génocide des Tutsi au Rwanda.
 
Je veux donc faire part de ma profonde émotion et rendre hommage ici aux 800 000 personnes tuées en à peine 100 jours au Rwanda en 1994, pour la seule raison de leur existence, parce qu’ils étaient Tutsi ou parce qu’ils refusaient le génocide.
 
Dans chaque génocide, la même négation de l’humanité, la même planification d’État, la même manipulation des masses et la haine de l’autre. Et suite à chaque génocide, juif, arménien, au Cambodge ou des Tutsi du Rwanda, cette même volonté de nier ce qu’il s’est passé. Parce qu’il est le dernier acte du génocide, le négationnisme doit être condamné sous toutes ses formes et avec fermeté.
 
Et hier, je l’avoue, j’ai été choquée par la réaction de certains responsables politiques qui refusent de mettre des mots sur les choses. La construction de la réalité passe par le langage. Refuser de mettre des mots sur les choses c’est nier la réalité, c’est nier le génocide.
 
La mémoire est toujours un travail lent, trop lent. Mais il est temps désormais. Ce n’est pas à ma génération, qui était à peine née en 1994, de reconnaître, dans 20 ans, ce qui s’est passé, il y a 20 ans.
 
Ce n’est qu’une question de temps. Ce temps est bien sûr précieux et interminable pour les victimes et celles et ceux qui veulent faire le deuil. Mais tant de voix s’élèvent et convergent qui veulent faire la lumière sur le passé. Les jeunes générations d’historiens, de journalistes et de responsables politiques dont je fais partie, voient trop l’hypocrisie qui règne et veulent en finir avec cette tradition de l’impunité. Nous voulons regarder notre passé en face car c’est la seule manière de nous tourner vers l’avenir.
 
Notre devoir de mémoire est intimement lié au devoir d’histoire et de recherche de la vérité. Une compréhension plus fine de l’implication de la France dans l’horreur de 1994 ne doit servir ni à l’anathème et aux excès et encore moins au déni. Il faut laisser l’histoire être faite par les historiens c’est sur les bases qu’ils établissent que les politiques doivent s’exprimer. 
 
Alors, parce que l’apaisement passera par la transparence et l’indispensable travail des historiens, il faut lever le secret défense sur les documents concernant les relations France-Rwanda avant 1994. Il faut édifier un mémorial en France pour les victimes du génocide, car ne pas avoir de lieu de mémoire c’est refuser de se souvenir. Il faut qu’aucun génocidaire ne puisse trouver refuge sur le territoire français sans être inquiété, comme c’est toujours le cas aujourd’hui.
 
Et même si la journée d’hier a été très douloureuse, j’ose être confiante, en ce jour de deuil. Confiante car les procès vont se poursuivre en France et permettre d’établir de plus en plus clairement les responsabilités. Confiante au vu de la mobilisation citoyenne, associative, et d’un certain nombre d’acteurs politiques ce week-end. Confiante, car les Jeunes Socialistes continueront de se battre aux côtés des associations, et qu’il n’est pas anodin de remarquer qu’aujourd’hui ce sont les mouvements de jeunesse qui sont présents, de droite comme de gauche, contrairement à nos aînés.
 
C’est notre honneur et cela devrait être celui de tous les républicains que de chercher à faire la lumière sur le rôle qu’a joué la France avant, pendant, et après le génocide en soutien au régime rwandais de l’époque. J’ai conscience que mes paroles sont dures à entendre pour certains, mais elles doivent être dites et entendues.
 
2014 c’est aussi la commémoration de la mort d’un grand socialiste, Jean Jaurès. Alors je fais mienne ses paroles lorsqu’il disait « le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire. »
 
Aujourd’hui il faut faire preuve de courage.

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