Interview de Noëlle Grimme, conseillère communautaire à l’ESS de Montbéliard

Les Jeunes Socialistes ont décidé de mettre en avant les territoires et les collectivités territoriales mettant en œuvre des politiques locales dédiées à l’Economie Sociale et Solidaire.

Pour notre premier échange, retrouvons Madame Noëlle GRIMME, conseillère communautaire à l’Economie Sociale et Solidaire de l’Agglomération Pays de Montbéliard Agglomération (PMA) et conseillère municipale de la ville d’Audincourt. L’agglomération du PMA regroupe 120 000 habitants et 28 communes.

Quelle est votre vision de l’Economie Sociale et Solidaire ?

Pour moi, l’Economie Sociale et Solidaire joue un rôle primordial. D’une part parce que cela répond à toutes mes convictions et d’une autre part surtout parce que l’économie classique nous donne un tel sentiment d’erreurs et d’échecs qu’il est urgent d’entreprendre autrement. L’ESS nous a permis d’expérimenter également de nouveaux concepts, de nouvelles solidarités qui font leurs preuves. Enfin il est urgent de rendre à l’homme toute sa place dans l’entreprise.

Comment appliquez-vous votre vision de l’ESS dans vos politiques municipales / intercommunales ?

Nous fûmes l’une des premières villes à se doter d’une adjointe à l’ESS en 1997 et à adhérer au Réseau des collectivités Territoriales pour une Economie Solidaire (RTES).

Nous avons été une des villes expérimentales en 1997 concernant la création d’un pôle local d’économie solidaire. Ce pôle aide techniquement et financièrement les porteurs de projets les plus en difficultés. Il est composé d’une salariée et d’une cinquantaine de bénévoles réunis au sein d’une CIGALES (prise de participation dans le capital d’une entreprise) ou de la cagnotte Solidarité emploi (prêt à taux 0% sans caution) pour les créateurs chômeurs ou RSA.

Nous organisons également un concours annuel doté de plus de 8000€ de prix pour les créateurs et pour les porteurs de projet de formation professionnel. Ce prix est remis par EDF, BP, Veolia et d’autres partenaires.

En 15 ans, 160 entreprises ont été crées dont 65% existent toujours.

Pour vous donner un exemple concret de réalisation, nous avons entre autre contribué à créer, avec l’aide de l’Agglomération Pays de Montbéliard Agglomération (PMA), de la ville, du CCAS et d’un centre social, un vrai restaurant solidaire comprenant 50 repas tous les vendredis faits bénévolement par une association. Les prix y sont de 3€ pour les minima sociaux et de 9€ pour les autres. Cela a permis de créer un emploi et des heures d’insertions chaque semaine sur les bénéfices du restaurant. Bientôt sur notre territoire apparaitrons des aides et des accompagnements à destination : d’une épicerie sociale, d’une plate-forme des acteurs de l’ESS, d’un forum etc.

Quels objectifs poursuivez-vous au travers de la mise en œuvre de votre politique d’ESS et quels résultats obtenez-vous ?

Comme je vous l’ai dit, nous expérimentons et nous mettons en œuvre des actions innovantes pour prouver qu’une autre économie est possible. Nous connaissons des échecs, mais de vrais succès nous confortent dans les valeurs portées par l’Economie sociale et solidaire.

Que pensez-vous du projet de loi du gouvernement au sujet de l’économie sociale et solidaire ?

C’est avant tout la reconnaissance qu’une autre forme d’économie est possible, qu’elle est amenée à prendre davantage de place dans nos schémas économiques. Cela implique évidemment le développement d’outil de financements spécifiques. Ce projet de loi représente également une forme de concrétisation de toutes les expérimentations et de toutes luttes de ce secteur pour parvenir, enfin, à la reconnaissance de son existence et de sa réussite.

Que pensez-vous des propositions des jeunes socialistes relatives à l’Economie Sociale et Solidaire pour les élections municipales de 2014, que vous trouverez ci-dessous ?* (cf. PJ) Lesquelles vous semblent-elles prioritaires ?

L’ensemble des propositions sont intéressantes et applicables. Elles le sont également sans que cela ruine les communes ou communautés de communes.

Il me semble que vos propositions 4 (Promouvoir et développer l’ESS) et 3 (Soutenir les porteurs de projet et acteurs de l’ESS) sont les propositions prioritaires. Viennent ensuite les propositions 2 (Développer une nouvelle gouvernance partagée sur nos territoires) et 1 (Donner une nouvelle dimension globale et économique à l’ESS). En effet, il faut selon moi commencer à donner les moyens humains et financiers aux structures pour pérenniser les actions entreprises.

Par exemple, une association comme le Pole d’Economie solidaire avec des résultats reconnus par tous, a besoin d’un financement de 50 000€/an pour mener à bien son travail et, chaque années, c’est très compliqué de trouver cette somme. 50 000 €, c’est une misère et pourtant notre unique salariée passe bientôt plus de temps à monter des dossiers de plus en plus complexes avec des demandes de suivi eux aussi exponentiels, que de faire notre travail d’accompagnement des créateurs. La bureaucratie gagne de plus en plus de terrain alors qu’on devrait être une force de propositions, d’actions, de créativité.

Pour moi être utopique s’est imaginer, rêver. Et c’est cela qui permet d’avancer dans la vie. Il faut ensuite être réaliste car c’est trouver et de se donner concrètement les moyens de réaliser ces rêves.

L’Economie Sociale et Solidaire démontre que nous pouvons toucher de près nos utopies.

Préparez le changement: restez informés!

Commentaires

Soyez le premier à réagir !

Réagissez !

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.