Interview de Christiane Bouchart – Présidente du RTES

Les Jeunes Socialistes ont décidé de mettre en valeurs les territoires et les collectivités territoriales mettant en œuvre des politiques locales dédiées à l’Economie Sociale et Solidaire. En ce sens, les jeunes socialistes saluent l’initiative du Réseau des Collectivités Territoriales pour une Economie Solidaire (RTES) qui permet une mutualisation des idées, des initiatives et des savoirs faires des élus en charge de cette politique.

Retrouvez ci-dessous notre interview de sa Présidente, Christiane Bouchart.

Qu’est-ce que le Réseau des Collectivités Territoriales pour une Economie Solidaire ?

Le RTES est un réseau de collectivités locales, engagées autour d’une charte pour le développement de l’économie sociale et solidaire. Il a été créé en 2002, par des élus en charge des 1ères délégations à l’ESS dans les villes, nous souhaitions partager nos pratiques, nos questions, nos avancées. Ce réseau réunit aujourd’hui près de 110 collectivités (régions, départements, intercommunalités et communes). L’association, au travers d’actions de formation, de communication, de capitalisation, agit pour promouvoir et valoriser les initiatives des territoires, favoriser l’échange de bonnes pratiques et rechercher les conditions d’amélioration des politiques mises en œuvre. Le RTES a été à l’initiative de la déclaration en faveur de l’ESS, signée aujourd’hui par les principaux réseaux de collectivités.

Quelle est votre vision de l’Economie Sociale et Solidaire et que doit permettre les politiques territoriales de l’Economie Sociale et Solidaire ?

La charte du RTES, rédigée il y a une dizaine d’années, souligne que nous souhaitons promouvoir une économie au service de l’humain et du lien social ; au service des solidarités entre individus d’un territoire, entre territoires, entre activités et avec les générations futures ; au service d’un développement qui favorise la coopération et l’action citoyenne ; au service de la qualité de la vie pour tous et la préservation des ressources naturelles.

L’économie sociale et solidaire, par ses valeurs, par ses domaines d’activités, par ses modes de faire, s’inscrit dans cette vision de l’économie, et trouve un écho particulier dans le contexte de crises économique, sociale, écologique, et citoyenne que nous traversons. Elle n’est pas seulement un ensemble d’acteurs économiques, mais elle peut aussi être un vecteur d’innovation économique et sociale, contribuant à rendre l’ensemble de l’économie plus solidaire.

Aussi les politiques territoriales doivent à la fois accompagner et renforcer les structures de l’ESS (souvent au croisement de la mission d’intérêt général et des différentes compétences des collectivités : développement économique bien sûr, mais aussi petite enfance, transport, tourisme, culture, innovation, recherche,..), mais aussi contribuer à décloisonner l’ESS, et permettre qu’elle pollinise l’ensemble de l’économie. L’important aussi pour nous est que ces politiques d’ESS ne sont pas un outil technique, un ensemble de dispositifs, mais elles portent aussi une autre façon de concevoir l’action politique, notamment en co-construisant ces politiques, et en provoquant du débat public.

Vous êtes vous-même conseillère municipale déléguée à l’ESS et au commerce équitable de la ville de Lille. Quels objectifs poursuivez-vous au travers de la mise en œuvre de votre politique d’ESS et quels résultats obtenez-vous ?

Depuis 2001, j’ai, dans un processus participatif et de co construction de la politique publique, porté 2 plans pluriannuels de développement de l’ESS, le 3ieme est en cours. A partir d’un diagnostic participatif, nous avons élaboré ces plans en intégrant la dimension de l’évaluation.

Si notre premier plan a été l’occasion de permettre la connaissance et reconnaissance des réseaux et acteurs ; d’aider à la structuration de filière ou à la consolidation d’outils d’accompagnements comme les coopératives d’activités et d’emplois ; de faire émerger des projets innovants.

Le second aura permis de répondre à des besoins nouveaux, de mieux s’ancrer dans nos quartiers, d’être le fer de lance de la politique communautaire

L’évaluation du second plan montre des résultats positifs tant quantitatifs que qualitatifs. Nous avons consolidé des filières, nous avons renforcé l’ancrage territorial tout en impliquant les habitants du quartier et ainsi créer et renforcer les liens sociaux, nous avons également articulé de nouvelles logiques de production consommation en circuits. Ainsi, nous avons aujourd’hui des projets économiques qui s’amplifient et se mutualisent. Enfin ce plan a eu un effet levier financier puisque pour un euro dépensé par la ville c’est près de 4 euros investis dans ces activités. Ce sont 168 projets qui ont été soutenus sur la durée du mandat et 630 emplois créés ou consolidés.

Le troisième plan se situe en complémentarité avec le plan communautaire et a des objectifs stratégiques clairement énoncés comme: renforcer l’attractivité économique des quartiers avec la dimension économie sociale et solidaire ; favoriser le développement de structures dans une logique de structuration de filières et favoriser leurs présences dans tous les échanges économiques de la ville ; favoriser la création ou la pérennisation de 1000 emplois de qualité

Que pensez-vous du projet de loi du gouvernement au sujet de l’économie sociale et solidaire et quel impact celui-ci aura-t-il sur les politiques territoriales d’ESS?

Nous nous réjouissons bien entendu de ce projet de loi, et de la façon dont il a été élaboré en associant largement les acteurs. C’est important pour nous que la loi reconnaisse la pluralité de l’économie, et favorise le développement d’une économie créatrice de richesses et d’emplois durables. Cela sera sans aucun doute un facteur important pour développer les politiques territoriales d’ESS. Plusieurs points du projet de loi sont des éléments importants pour les politiques ESS des collectivités. Je pense notamment aux SCIC, avec la possibilité pour les collectivités d’intervenir au capital jusqu’à 50%, à la reconnaissance légale de la subvention, et à la meilleure lisibilité du périmètre de l’ESS. L’agrément sur les entreprises solidaires d’utilité sociale est également une avancée.

Mais nous souhaiterions que le rôle des collectivités territoriales soit mieux reconnu dans le projet de loi, et que l’ESS soit inscrite de façon plus systématique dans les différents outils de contractualisation entre l’Etat et les collectivités.

Enfin, nous regrettons vivement l’absence de référence aux bénévoles et aux citoyens, alors qu’une des caractéristiques de l’ESS est cet engagement citoyen dans l’économie, et cette capacité à mobiliser différentes parties prenantes autour d’activités de production, d’échange, d’épargne et de consommation.

Que pensez-vous des propositions des jeunes socialistes relatives à l’Economie Sociale et Solidaire pour les élections municipales de 2014, que vous trouverez ci-dessous ?* (cf. PJ) Lesquelles vous semblent-elles prioritaires ?

L’ensemble de l’approche proposée reprend bien l’ensemble des éléments des ingrédients nécessaires au développement de l’ESS et vous comprendrez bien que vu d’où je parle les deux premiers points sont essentiels et incontournables et doivent s’imbriquer pour que les choses s’ancrent durablement dans nos territoires.

Cependant je rajouterais plusieurs éléments :

Il faut faire le lien entre les instances représentatives des acteurs de l’ESS et les réseaux représentatifs des acteurs de l’ESS existants dans les territoires, au niveau régional et local, CRESS ou autres structurations locales d’acteurs.

Lorsque vous évoquez la création d’un guichet unique servant de lieu ressource mais aussi de « Maison de l’ESS », l’idée serait plutôt d’éviter justement une logique de guichet, mais de favoriser l’accompagnement de projets, qui mobilise souvent plusieurs services au sein de la collectivité. Il est sans doute préférable d’avoir un interlocuteur ESS, et des référents ESS dans les différents services. Concernant la « Maison de l’ESS », l’appui à la création de lieux partagés est important, des lieux ouverts, favorisant mutualisation et coopération, mais il est important que ces lieux soient animés par les acteurs eux-mêmes, et ne conduisent pas à cloisonner l’ESS.

Pour la mise en place des fonds de financement pour le développement de l’ESS, je dirais plutôt « aide à la création ».

Enfin, concernant la création d’une monnaie locale à destination des acteurs de l’ESS, attention à ne pas enfermer les acteurs ESS, une monnaie locale peut être intéressante pour développer l’économie locale, si elle est ouverte à d’autres acteurs, type artisans,.. et si elle est bien construite en associant étroitement les citoyens et les acteurs.

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