7 questions à Michel Ménard, député de Loire-Atlantique, rapporteur de la mission sur «l’accessibilité des jeunes aux séjours collectifs et de loisirs »

Vous venez de participer à la rédaction d’un rapport sur « l’accessibilité des jeunes aux séjours collectifs et de loisirs ». Alors que 3 millions de jeunes ne partent pas en vacances pour des raisons financières chaque année, pourquoi avez-vous choisi de vous focaliser sur les colonies de vacances ?

Les colonies de vacances sont des espaces d’éducation informelle irremplaçables aussi bien pour les enfants accueillis que pour les adultes qui les encadrent. Je n’oppose pas les vacances en colo et les vacances en famille. Les 2 formes de vacances sont favorables à l’épanouissement de l’enfant. Mais j’ai souhaité par la rédaction de ce rapport mesurer les freins au départ des mineurs en vacances collectives et faire des propositions pour que plus d’enfants puissent partir en vacances avec leurs copains.

Pourquoi la fréquentation des colonies de vacances est en baisse ?

La raison principale de la désaffection des séjours de vacances réside dans leur coût, trop élevé pour les classes moyennes et populaires.

Les enfants issus des familles aux revenus les plus modestes sont ceux qui partent le moins en vacances mais pas ceux qui fréquentent le moins les colonies de vacances. L’existence d’aides sociales pour ces familles explique cela.
Il faut donc mettre en place des dispositifs d’aide au départ en vacances, pour les enfants les plus en difficulté bien sûr, mais aussi pour tous ceux qui ne peuvent pas partir à cause du coût des séjours que des parents ne peuvent supporter.

Les Jeunes Socialistes font campagne sur le droit aux vacances et proposent une aide de 200 euros pour 3 millions d’enfants. Vous proposez aussi de créer un fonds financé par une taxe sur l’hôtellerie de luxe pour des séjours collectifs ?

Comme 80% des parents, je pense que les colonies de vacances contribuent à la socialisation, l’autonomie, et l’épanouissement des enfants. Les centres de vacances sont des lieux de mixité sociale à laquelle les enfants sont de moins en moins confrontés.
Le rapport indique la nécessité d’aider les familles à financer les vacances de leurs enfants. Il faut donc trouver des financements.
Je fais plusieurs propositions:
-suggérer à l’ANCV de créer un chèque « séjours collectifs enfance-jeunesse »,
-augmenter la distribution des chèques vacances aux salariés des petites entreprises en leur accordant les mêmes exonérations fiscales que celles dont bénéficient les comités d’entreprise,
-flécher davantage de crédits du Fonds national d’action sociale de la branche famille de la CNAF vers les colos,
Et je suggère la création d’un fonds national d’aide aux départs en vacances, financé par le rétablissement d’une taxe sur l’hôtellerie de luxe. Une taxe à 2% rapporterai 8€ pour une nuitée à 400€; pas de quoi faire fuir les clients de ces hôtels !

Le droit aux vacances, c’est aussi beaucoup d’associations d’éducation populaire, comment les aider au-delà d’une aide financière auxenfants ?

Les associations d’éducation populaire ont été considérablement affaiblies par la réduction continue des moyens dédiés à l’accompagnement et l’animation en direction de la jeunesse. Ces associations jouent un rôle irremplaçable. Il faut les aider, les reconnaitre, les valoriser. Je propose de labelliser les associations d’éducation populaire les plus innovantes et de leur donner accès aux enceintes scolaires pour présenter leurs projets et valoriser l’affiliation fédérative. Autre proposition, intégrer les séjours collectifs de mineurs et les classes de découvertes dans les projets éducatifs territoriaux.

Les colonies de vacances contribuent-t-elles à la vie économique des territoires ?

La France dispose encore d’une implantation de centres de vacances sur l’ensemble du territoire qui doit être préservé. Les équipements situés dans de petites communes, en dehors des sites très touristiques, permettent de maintenir des commerces, de créer de l’emploi.
Je propose de lancer un plan de recensement du patrimoine des colonies de vacances et de mener une étude nationale sur les retombées économiques et sociales, dans leur territoire d’implantation, des activités de colonies de vacances et de classes de découvertes.
Avec comme objectif de maintenir des centres de vacances sur tous les territoires. Un plan patrimoine piloté par l’état favorisant la gestion de ces équipements avec le soutien des collectivités locales me semble indispensable. Par ailleurs, l’utilisation des établissements scolaires et des internats pour y accueillir des colonies pendant les vacances est à approfondir.

Les colos c’est surtout 440 000 animateurs dont la moyenne d’âge avoisine 21 ans et qui s’engagent chaque année durant les vacancesscolaires. Quelles difficultés rencontrent leur statut actuel ? Que préconisez-vous ?

La professionnalisation des métiers de l’animation doit être encouragée. Cependant un grand nombre d’animateurs n’ont pas pour projet professionnel de s’engager dans les métiers de loisirs et de l’enfance. Il faut donc un statut adapté pour ces jeunes animateurs qui en moyenne n’encadrent que 2 à 3 séjours. Le contrat d’engagement éducatif (CEE) que tous les animateurs occasionnels sont contraints de souscrire, introduit de la confusion aussi bien dans ce parcours de responsabilisation que dans le mouvement de professionnalisation en cours dans les accueils de loisirs, en laissant supposer que les brevets de l’animation sont la première étape d’une qualification professionnelle, que les diplômes qualifiants n’améliorent pas le statut des animateurs et que tous les encadrements d’accueil de mineurs sont équivalents.
Le CEE n’est pas adapté à la réalité du fonctionnement des colos. Dans les faits le contrat n’est pas respecté car inapplicable.
Pour sortir de cette impasse plusieurs formules de volontariat (et non de bénévolat !) ont été avancées par les associations.
Je propose d’instaurer un volontariat de l’animation, régi par une charte, pour l’encadrement occasionnel, auprès d’organismes sans but lucratif, des accueils collectifs de mineurs avec hébergement et de séjours de vacances adaptés pour les personnes handicapées. Ce volontariat s’inscrirait dans le cadre du projet éducatif de l’organisme et s’exercerait tout au long de la vie pendant une durée annuelle limitée et fractionnable. Il donnerait lieu à une formation, une indemnisation et une protection sociale du volontaire.

En quoi les colonies de vacances sont-elles un outil d’éducation populaire ?

L’éducation populaire interroge la dimension sociale et politique de l’éducation en conditionnant la formation du citoyen à un principe d’engagement collectif. Elle est complémentaire des rôles que jouent la famille d’une part et l’école d’autre part, dans l’éducation d’un enfant.
La vision d’émancipation et de progrès collectif portée par le secteur de l’éducation populaire doit, à ce titre, être plus que jamais défendue. En ce sens, les colonies de vacances ont un rôle clé à jouer que ce soit pour la cohésion sociale du pays, l’économie du tourisme social, l’éducation à la citoyenneté, l’émancipation des jeunes et la garantie d’un droit aux vacances pour tous.
L’éducation citoyenne, l’émancipation des vacanciers et des jeunes qui les encadrent, la découverte et l’aventure collective sont des vertus propres auxséjours collectifs.
En centre de vacances les enfants rencontrent d’autres enfants, différents, d’autres milieux sociaux, d’autres communes, d’autres régions. C’est un des rares lieux où la mixité sociale peut encore être une réalité, à condition qu’une partie des enfants n’en soient pas exclus pour des raisons financières.

Préparez le changement: restez informés!

Commentaires

Soyez le premier à réagir !

Réagissez !

Vous devez être connecté(e) pour rédiger un commentaire.