Discours de Thierry Marchal-Beck – Clôture des Universités d’été

Seul le prononcé fait foi

Mes chers amis, mes chers camarades,

Quel plaisir d’être une nouvelle fois à vos côtés pour conclure ce beau rassemblement de La Rochelle.

D’être rassemblés – du nouveau militant aux plus anciens – pour populariser l’action du gouvernement, combattre la droite extrême et l’extrême droite, et continuer à faire entendre notre indignation, de dire ce qui va comme ce qui ne va pas, afin de faire progresser le socialisme.

Et bien, grâce au travail des permanents du Parti socialiste, à nos valeureux camarades du Service d’ordre, à Valérie Rabault, à notre Premier secrétaire et à la mobilisation exemplaire de nos ministres comme des militants, nous avons accomplis notre tâche.

Permettez-moi aussi, de saluer, de remercier les Jeunes Socialistes qui toute cette année n’ont pas compté les heures à militer, débattant, proposant pour que chaque jour, l’expérience de la gauche au pouvoir soit un succès.

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Ces universités, nous le savons, elles ont un sens tout particulier depuis que les Français ont décidé de nous confier la responsabilité du pays. Elles nous permettent de réinscrire l’action politique dans le seul temps qui vaille : le long terme.

Ce qui importe pour nos concitoyens ce n’est pas le jour où on vote une loi, mais bien le jour où celle-ci produit ses effets.

A chaque fois qu’un contrat de génération, qu’un emploi d’avenir, qu’un emploi franc est signé ; à chaque fois qu’un enfant handicapé peut être dans la même salle de classe que ses petits camarades, ou encore à chaque fois qu’un couple de même sexe se marie ; à chaque fois qu’une jeune femme n’a pas à s’inquiéter du coût de son avortement, c’est la politique du Président de la République qui produit ses effets.

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Chaque jour, cher Jean-Marc, l’action du gouvernement permet de sortir le pays de l’impasse dans laquelle l’UMP l’avait mis.

N’ayons pas la mémoire courte, le passif de l’UMP ne peut se résumer à des comptes invalidés.
Dix ans de droite, c’est :
1 million de chômeurs.
600 milliards de dette en plus.
60 milliards de déficit du commerce extérieur.

18 mois après l’élection présidentielle, Copé et Fillon, les Dupont et Dupond de l’UMP n’en sont même pas au droit d’inventaire, alors pour le devoir d’inventer faudra encore patienter.

Alors, si tout n’est pas parfait dans l’action de la gauche au pouvoir, une chose est sûre, notre pays va bien mieux que quand il était dirigé par cette droite arrogante, cynique et sûre d’elle-même.

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Nous faisons mieux que la droite mais ce n’est ni très difficile ni ce pour quoi nous avons été élu.

Nous avons été élus, car nous nous sommes adressés aux jeunes de ce pays, aux mères célibataires, à toutes celles et à tous ceux qui travaillent ou qui aspirent à travailler et pour qui la vie reste trop dure.

Nous avons été élus, car nous avons su parler et répondre aux colères des Français.

Ce n’est pas parce que l’un des nôtres est à l’Elysée que nous n’avons plus droit d’être en colère.

Les socialistes ont encore besoin d’être en colère devant 5 millions de chômeurs.

Les socialistes ont encore besoin d’être en colère devant l’injustice d’un monde où trop de corps de migrants échouent inanimés sur les plages de notre continent.

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Et quand on a 20 ans, on en a des raisons d’être en colère et exigeants avec la gauche.

1 jeune sur 4 est au chômage,
1 sur 2 dans nos quartiers populaires et dans les outre-mers.

Nous ne parlons pas de statistiques, mais d’une réalité qui marque nos vies.

Je pense au ventre qui se tord quand une entreprise répond positivement à votre CV mais vous propose un stage plutôt qu’un contrat de travail.

Je pense à la colère devant votre patron qui vous annonce qu’il ne reconduit pas votre CDD mais qu’il veut bien vous prendre en auto-entrepreneur.

Voilà pourquoi la priorité jeunesse c’est le choix de la gauche.

Jamais cet objectif n’aura autant été au cœur de l’action du gouvernement que ces dernières semaines.

On le voit avec la garantie jeunes permettant à des jeunes en rupture d’être suivis par une mission locale tout en bénéficiant d’une allocation de 483 euros.

On le voit en permettant à 55 000 étudiants de devenir boursiers, et en favorisant l’accès des jeunes à un logement.

Ce sont les premières étapes franchies pour renouer avec le rêve français qui veut que chaque génération puisse mieux vivre que la précédente.

Des premières étapes qui en appellent d’autres.
Oui, il faudra ouvrir le RSA aux jeunes chômeurs de moins de 25 ans.
Oui, il faudra encore augmenter l’investissement dans les bourses des étudiants pour instaurer une allocation d’autonomie universelle et individualisée.

Oui, il faudra engager une grande réforme des droits de succession pour financer tout cela ; et abolir la rente car la reproduction sociale par l’héritage du patrimoine est l’exact inverse de la méritocratie républicaine.

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Passer une autre étape alors que beaucoup a déjà été fait sur le sujet qui préoccupe en premier lieu les jeunes et les français : l’emploi, l’emploi, l’emploi.

Soutenir l’emploi, c’est d’abord amplifier ce qui marche, comme les emplois d’avenirs : doublons les pour atteindre les 300 000.

Soutenir l’emploi, c’est appuyer un peu plus fort sur l’accélérateur du moteur de l’économie française : la consommation. Augmentons le SMIC à 1500 euros brut, une hausse de 5%, 55 euros nets par mois et on sait très bien à qui cela bénéficie en premier lieu quand 29% des 18-24 sont au SMIX.

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On ne peut pas parler d’emploi sans évoquer la réforme des retraites à venir.

C’est un sujet que nous connaissons que trop bien.

Nos années lycées, nos années d’études ont été marquées par la mobilisation de 2010. Comment pouvait-on augmenter la durée de cotisation alors que le chômage explosait ? Absurdité.

Ma génération est vaccinée des réformes qui se font prétendument en son nom.

Et pourtant, nous croyons dans la possibilité d’une réforme juste.

Une réforme juste, c’est revenir au départ à la retraite à taux plein de 67 à 65 ans.
Une réforme juste, c’est permettre aux métiers les plus pénibles de bénéficier de bonus à chaque semestre cotisé, sans attendre je ne sais quelle négociation que le MEDEF ne conclura jamais.
Une réforme juste, c’est tenir compte de l’allongement des études, nécessaire et indispensable à la société, mais qui rend quasi impossible d’atteindre la retraite à taux plein.

Une réforme juste, c’est financer les retraites par une nouvelle répartition des richesses : oui on peut augmenter les cotisations salariales et patronales, oui on peut encore raboter les niches sociales, et récupérer le CICE que l’on aurait jamais dû verser aux banques ou à la grande distribution.

En évoquant tout cela, je repense à une grande voix du socialisme qui nous a quittés, celle de l’ancien maire de ma ville de Lille : Pierre Mauroy.

En 2010, lors de l’une de ses ultimes interventions au Sénat, il rappelait les vies brisées à la machine, l’immense avancée que signifiait la retraite à 60 ans quand elle permettait enfin aux ouvriers d’en profiter.

Et il concluait en rappelant qu’il y a des combats, des conquêtes, des droits sur lesquels on ne pouvait pas revenir.

C’est cela le sens de la gauche : permettre de pouvoir vivre dignement de son travail et surtout pouvoir consacrer sa vie à autre chose que seulement le travail.

La gauche ce n’est pas augmenter la durée de cotisation.
La gauche ce n’est pas désindexer les pensions.
Voilà ce que nous ne pourrons jamais ni accepter ni cautionner.

Alors si les socialistes, les parlementaires, le gouvernement font le choix de s’éloigner des préconisations du rapport Moraux et mettent tout en œuvre pour une réforme des retraites juste et ambitieuse, alors les jeunes socialistes seront mobilisés pour la promouvoir.
Cela, cher Jean-Marc, nous nous y engageons.

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Evoquer la pérennité du système de nos retraites nous impose de réfléchir à la France de dans 10 à 20 ans.

Le gouvernement a engagé une réflexion sur la France de 2025 car la gauche, c’est le camp du progrès, la conviction que demain peut-être meilleur qu’hier.
Permettez-moi de vous faire part de la contribution de ceux qui auront 30 à 40 ans à cette date là;

Selon nous la France de 2025 est européenne et pleinement ouverte sur la Méditerranée.

C’est l’avènement d’une Europe fédérale, sociale et écologiste dotée d’un budget propre du fait d’un impôt européen sur les sociétés, et d’une taxe sur les transactions financières.

C’est une Europe ayant réduit de 30% les émissions de gaz à effet de serre à l’aide d’une contribution climat-énergie. D’une Europe devenue sociale en tournant le dos aux politiques austéritaires du début des années 2010, en instaurant un SMIC européen et en relocalisant les industries, ce qui a nécessité de renoncer à l’ouverture d’un marché transatlantique.

La France de 2025 a une nouvelle comptabilité nationale où le PIB n’est plus considéré comme l’alpha et l’omega des indicateurs de richesse, puisqu’il ne garantit pas une juste répartition des richesses, ignore tout des limites de la biosphère ; et la corrélation entre croissance et bien-être, croissance et création d’emploi a cessé d’exister.

La France de 2025 a considérablement réduit sa consommation d’énergie du fait de l’efficacité énergétique, d’un réseau électrique intelligent, tout en atteignant pour la première fois les 50% d’énergies renouvelables permettant d’envisager sereinement la sortie du nucléaire à l’horizon 2050.

La France de 2025 approche du plein emploi mais celui-ci occupe une toute autre place, car dès 2014-2015, les responsables socialistes ont enfin compris que la course à la baisse du coût du travail était aussi nocive que les dévaluations compétitives des années 70-80.
30 ans de gains de productivité, un partage de la richesse de plus en plus défavorable aux salariés et un chômage touchant plus de 25 millions de travailleurs en Europe ont conduit à renouer avec les politique de réduction du temps de travail.

Les modes de production et de propriété ont été complétement bouleversés. Les écarts de salaires sont encadrés.
L’économie sociale et solidaire représente plus du tiers de l’économie, et on partage beaucoup plus que l’on n’achète dans la France de 2025.

Les systèmes d’échanges locaux se sont généralisés et l’autoproduction s’est considérablement accrue : pas une ville qui ne dispose pas d’un Fab Lab doté d’une imprimante 3D.

Enfin, la plus grande révolution de la France de 2025 c’est que la Nation est devenue un symbole de l’égalité femme-homme à travers le monde. Notre service public de la petite enfance est à faire pâlir ceux d’Europe du nord et on ne compte plus les crèches s’appelant Olympe de Gouges, Suzanne Lacore, Yvette Roudy, Simone Weil, Najat Vallaud-Belkcaem.
L’égalité salariale est la norme même s’il aura fallu passer par la suppression de tous les avantages fiscaux et des amendes pour les entreprises récalcitrantes. La question de la répartition des tâches ménagères est devenue un sujet politique, déclenchant une prise de conscience considérable. Les violences faites aux femmes reculent même si elles demeurent un fléau, la pénalisation des clients de la prostitution, le recul de la publicité sexiste et un débat public permanent ont permis ces avancées.

Voilà ce à quoi peut ressembler la France de 2025.

Voilà l’idéal largement atteignable vers lequel nous souhaitons tendre.
Et une seule question se pose à nous pour savoir ce qui guide notre ambition.

Voulons-nous simplement réparer le moteur de l’économie qui finira tout de même par imploser ; ou faisons-nous le choix de transformer la société existante pour aller chaque jour un peu plus vers un socialisme, écologiste et féministe ?

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Nous savons pourquoi nous avons besoin d’une gauche qui ose et qui transforme.

Nous savons que si nous avons gagné dans les urnes, nous n’avons pas forcément conquis les têtes et les cœurs.

La place que prend le Front National dans le débat public nous prouve jour après jour qu’un affrontement politique a lieu, et que la République elle-même est en jeu.

Tant de débats ont fait le lit de l’extrême-droite. A chaque fois qu’un fait divers est exploité, à chaque fois qu’un bouc-émissaire est désigné, à chaque fois qu’une religion est stigmatisée, c’est l’extrême-droite qui progresse et la République qui recule.

Et la droite, alors qu’elle n’a eu de cesse de nous parler de frontières, abolit chaque jour un peu plus celle entre le camp des républicains et ceux qui menacent la République.

Être républicains pour deux alors qu’eux-mêmes le sont de moins en moins, telle est notre charge.

Être unitaires à gauche pour deux quand nous savons qu’il y a perdre bien plus que des élections, tel est notre devoir.

Et faire face à l’extrême-droite et à la droite extrême, tel est notre combat.

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Combattre, déconstruire et surtout gagner la bataille des valeurs.

Parce qu’à périmètre culturel et idéologique constant – mes chers camarades – je vous le dis, nous ne pouvons que perdre.

Il y a une bataille idéologique à gagner pour convaincre nos concitoyens que l’immigration et la pluralité sont l’une des plus grandes richesses de la France.

Il y a une bataille idéologique à gagner pour faire comprendre à tous nos concitoyens que les quartiers populaires sont des diamants à l’état brut.

Cette bataille nous la menons quand nous supprimons la circulaire Guéant.

Cette bataille nous le menons quand le Président de la République reçoit les associations des quartiers à l’Elysée.

Cette bataille nous la menons quand aucun ministre n’utilise de mots qui blessent.

Mais il y a des domaines où la confusion demeure, et où à force de vouloir être populaire on en oublierait d’être de gauche.

En matière d’immigration, la différence entre la gauche et la droite ce n’est pas avoir d’un côté des ministres qui font de la gloriole en exhibant les chiffres de reconduite à la frontière ; et de l’autre seulement s’abstenir de le faire.

Le bon chiffre d’immigration pour la gauche est-il vraiment le même que celui de Guéant, Hortefeux, Besson et Sarkozy ?

Nous pouvons changer de politique migratoire, écoutons les recommandations du rapport Feckel.
Favorisons les naturalisations.

Et assumons haut et fort qu’être de gauche c’est régulariser les travailleurs sans-papier.

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S’il y a un autre domaine où il ne faut laisser aucune confusion entre la gauche et la droite, c’est la laïcité. A chaque fois qu’ils en parlent c’est pour l’abimer.

Pour nous la laïcité, c’est la liberté de la religion et la liberté à l’égard de toutes les religions.

La laïcité ne pourra jamais être utilisée pour dénigrer, stigmatiser.

Permettez-moi, car trop de choses ont été dites depuis dix ans, car trop de mal a été fait, de m’adresser aux français de confession musulmane.

Je n’aurais que quelques mots à vous dire : les Jeunes Socialistes feront tout leur possible pour qu’on vous fiche la paix.

Nous sommes comme vous agacés, énervés, fatigués des pseudos débats sur le halal, remplacés par celui sur le voile, puis celui sur les prières de rues avant de passer à celui sur le ramadan, sur le porc à l’école, sur les drapeaux des mariages puis rebelote on recommence.

Nous n’accepterons jamais que certains posent une question musulmane comme hier d’autres posaient une question juive.

Alors oui c’est simple, quand on est un homme politique, une petite déclaration sur le sujet et on a sa sacro-sainte dépêche AFP qui permet d’exister.

Alors je vous le dis, arrêtons ;
et c’est y prendre part que de ne pas s’y opposer.

Et je vais vous faire une confidence les français de confession musulmane, je crois qu’ils sont comme les français de confession juive, de confession chrétienne comme les athées de France. Bref, ils sont comme tous les français. Ils ne souhaitent pas que le politique s’empare de la religion.

Ils souhaitent au contraire que l’on parle d’emploi et de lutte contre le chômage, de qualité de service public et de pouvoir d’achat, de sécurité et de lutte contre les discriminations.

Mener la bataille culturelle, conquérir les esprits et les cœurs c’est jouer sur notre terrain celui du social et ne jamais oublier que la coalition du 6 mai 2012, c’est tous ceux qui gagnent moins de 1600 euros par mois et qui ont voté majoritairement François Hollande.

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Mes chers camarades,

Soyons fiers du travail accompli, de la priorité à l’éducation pilier de l’égalité ; à la priorité à l’emploi condition du redressement.

Soyons fiers du travail accompli, du non-cumul des mandats à la réforme pénale à venir de Christiane Taubira.

Et ayons de l’audace. Ayons de l’audace pour conquérir Marseille, Bordeaux, Meaux car tous les français ont droit à une politique municipale de gauche qui mette la priorité au logement social, à la culture, aux transports.

Ayons de l’audace, et adressons nous aux 18-35 ans dans nos villes. Quelle politique de la petite enfance, quel parcours résidentiel pour les jeunes actifs, quelle politique festive et de la nuit pouvons nous élaborer. Car de notre capacité à amener ces jeunes aux urnes dépend grandement notre défaite ou notre succès ; et vous pouvez compter sur les Jeunes Socialistes pour se mettre au travail.

Ayons de l’audace en faisant respecter le non-cumul dès 2014, en confiant des têtes de liste à des femmes et mettant des jeunes en place éligibles.

Ayons de l’audace en proposant au ministre de l’Intérieur de choisir votre ville pour expérimenter l’attestation de contrôle d’identité.

Ayons de l’audace, et inventons le socialisme de 2025.

Un socialisme du partage des richesses et de la réduction du temps de travail.
Un socialisme de la sortie du nucléaire et du droit de vote des étrangers.
Un socialisme de l’égalité salariale et de la parité partout tout le temps.

Le réel ne doit jamais restreindre l’idéal, et la gauche n’a rien à gagner à restreindre le champ des possibles.

Et si tous ensemble nous affirmons haut et fort que nous sommes le camp du progrès, que nous sommes le camp de l’égalité.
Si nous nous tenons la tête haute, fort de nos valeurs, fort de notre idéal, il n’y a rien que nous ne pouvons pas accomplir.

Préparez le changement: restez informés!

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