6 questions à Ibrahim Aboubacar, Député de Mayotte

Thierry Marchal-Beck, Président des Jeunes Socialistes, se rend à Mayotte entre le 7 et le 10 juin. L’occasion de découvrir la situation de l’île, des jeunes Mahorais et les défis de l’action de la gauche pour l’égalité des territoires.

Depuis des années, Mayotte est traversée par des mouvements sociaux. Ce département, le plus jeune de France, est également le plus pauvre de la République. Après un combat de plusieurs générations, Mayotte accédait en 2009 au statut de Département d’Outre-mer, exerçant également les missions dévolues aux régions d’Outre-mer.

Vie chère, chômage, insalubrité des équipements publics et difficultés d’accès à la santé : les chantiers de la gauche sont nombreux, pour faire de l’égalité une réalité sur l’île. Elu en 2012, Ibrahim est l’un des deux Députés de l’île, qui compte en tout 4 parlementaires.

Nous l’avons interviewé pour mieux comprendre la situation économique et sociale de Mayotte et ses perspectives d’avenir.

Comment expliquez-vous l’intensité des mouvements sociaux à Mayotte depuis la départementalisation ?

La marche vers la départementalisation de Mayotte a été enclenchée à partir du 27 Janvier 2000, date à laquelle l’Accord sur l’avenir de Mayotte signé entre le Gouvernement et les responsables politiques locaux a posé le cadre de l’évolution progressive de Mayotte vers la départementalisation.

Pendant dix ans, toute une série de mesures devaient être prises pour aligner la législation applicable à Mayotte le plus possible du Droit commun et permettre à la population de faire un choix définitif en 2010.

Les Gouvernements, sous Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, ont très partiellement tenu les engagements contenus dans cet accord. L’échéance de 2010 arrivait et le processus de départementalisation s’est engagé dans ce contexte de retards accumulés.

Il est tout à fait normal aujourd’hui que les lacunes refassent surface et c’est aujourd’hui au Président de la République et au Premier Ministre de prendre les mesures nécessaires pour réussir cette départementalisation dans ce contexte d’impatience.

Comment le Gouvernement aborde-t-il ces enjeux ? Quelles sont les principales mesures que peut prendre la gauche pour améliorer les conditions de vie des Mahorais ?

Nicolas Sarkozy a imposé à l’occasion de la départementalisation un soi-disant pacte sans aucune négociation avec les élus du territoire. Ce pacte a éludé l’essentiel des problèmes soulevés par la départementalisation ou leur avaient apporté une solution rejetée par la population notamment sur le plan social.

Dès sa visite à Mayotte le 31 Mars 2012, François Hollande avait pris ses distance avec les dispositions de ce pacte en rappelant sa volonté de construire cette départementalisation en érigeant comme priorité absolue la jeunesse, l’Education, l’emploi et une stratégie d’égalité sociale inscrite dans un calendrier raisonnable. C’est dans cet état d’esprit que le Gouvernement agit.

54% de la population a moins de 25 ans. Quelle est la situation des jeunes sur l’île ?

La problématique du chômage des jeunes est explosive à Mayotte. Plus de la moitié d’entre eux est sans activité. Face à ce constat, le Gouvernement a décidé d’étendre à Mayotte des dispositions prises au niveau national pour combattre le chômage des jeunes, notamment les emplois d’avenir et la prochaine Initiative européenne en faveur des jeunes.

Mais plus fondamentalement, c’est la volonté du Premier Ministre de prendre à bras le corps le défi de l’éducation et de la formation de ces jeunes qui est la clé pour les victoires à venir. J’ai bon espoir que les dispositions de la Loi sur la Refondation de l’Ecole auront largement à s’appliquer à Mayotte et à remédier à des situations d’échec scolaire bien préoccupantes.

Comment peut-on faire en sorte que les jeunes aient le même accès à l’emploi, à la santé, à l’éducation qu’en métropole ?

Il est vrai qu’un certain nombre de services publics fondamentaux accusent beaucoup de retards dans l’île ; que ce soit dans le domaine de la santé ou de l’accès au logement. Pour ce qui concerne la problématique du logement, nous travaillons pour que la Loi dite « Duflot II », à venir à l’automne, face émerger une nouvelle politique du logement dans l’île, plus conforme aux exigences d’égalité républicaine.

Quant à la politique de l’emploi, c’est l’ensemble des dispositions du Code du travail applicables aujourd’hui à Mayotte et qui sont largement dérogatoires au Droit commun qui doivent être refondées pour donner aux jeunes les mêmes chances en matière de droit d’accès à la formation tout au long de la vie et de droit à la formation par l’apprentissage.

Par ailleurs, la réforme fiscale et douanière à venir doit s’employer à étendre ici l’ensemble des dispositions d’incitation et d’accompagnement des jeunes à la création d’entreprises.

Est-ce que les jeunes s’organisent en associations, collectifs, mouvements, pour exprimer leurs attentes vis-à-vis du gouvernement?

La jeunesse mahoraise foisonne de vie, d’énergie et d’initiatives. Malheureusement la crise financière que traverse les collectivités locales depuis 2009 fait que le soutien des pouvoirs publics à l’endroit du secteur associatif en général et du secteur de la jeunesse en particulier a beaucoup fléchi.

C’est en partie tout l’enjeu de la nouvelle politique de la ville en cours d’élaboration en ce moment par le Gouvernement. Il faut davantage accompagner les grosses associations départementales dans le domaine du sport et de la culture dans leurs efforts de formation du milieu associatif pour permettre à tous ces jeunes de pouvoir transformer en projets associatifs les nombreuses idées et initiatives dont elles sont porteuses.

Quelles mesures d’égalité peut-on prendre pour que Mayotte soit considérée comme un Département français à part entière ?

A partir du 1er janvier 2014, un grand pas sera franchi dans l’égalité républicaine par l’extension des dispositions de Droit commun en matière fiscale et douanière. Actuellement les fonctions publiques de Mayotte sont en discussion avec l’Etat pour obtenir un traitement identique à celui des fonctions publiques des autres DOM.

Il restera deux chantiers majeurs à aborder durant les quatre prochaines années dans le domaine du travail et des droits sociaux. C’est dans ces deux secteurs que les inégalités et discriminations sont encore les plus vives ; situation que les jeunes admettent de moins en moins.

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