Revue Ecosocialiste – Le travail, outil de domination patriarcal ?

Article extrait du deuxième numéro de la Revue Ecosocialiste.

L’« ecofeminisme » désignait à l’origine l’idée que les femmes seraient plus respectueuses et moins destructrices envers l’environnement. Pourtant, si les femmes jouent souvent un rôle déterminant dans les luttes écologistes, notamment dans les pays du sud, ce n’est pas parce qu’elles sont, par essence, plus proches de la nature que les hommes. Le système capitaliste, système de domination, joue un rôle majeur dans le maintien des femmes dans le sous-emploi, la précarité, la domination sociale et la diffusion de stéréotypes sexistes.

Le système capitaliste assimile travail et emploi. Pourtant, le travail représente bien plus que la production de biens matériels : il s’agit de toutes les activités qui nécessitent d’être réalisées pour permettre à la société de vivre et d’atteindre une forme de bien être. Or, la société n’a de sens que grâce à un considérable travail « informel » : éducation des enfants, tâches domestiques, lien social, satisfaction des besoins de base, l’encouragement à la participation sociale… Ce travail essentiel à la survie du système, effectué majoritairement par les femmes, représente la partie immergée de l’iceberg.

La marchandisation des travaux domestiques ou la domination d’une minorité

Le néolibéralisme a étendu le marché aux activités domestiques, à savoir les services à la personne. Alors que la productivité des travailleurs ne cesse de croître, nécessitant moins de travail productif, une minorité concentre désormais les richesses, l’emploi stable et le temps de travail. La course effrénée à l’emploi générée par la multiplication des emplois précaires et le sous-emploi nécessite qu’une majorité s’acquitte de tâches que cette minorité ne peut accomplir faute de temps. Pour lui permettre de travailler beaucoup et de dépenser son salaire dans des activités de loisir lucratives, les tâches quotidiennes sont externalisées. D’après l’économiste Claire Marbot, 31 % des couples dont les deux conjoints sont cadres utilisent des services à domicile contre 1% des couples employés ou ouvriers.

Ces mêmes emplois que sont les tâches de services ménagers, aides à domicile et autres services, constituent une majorité des emplois créés chaque année en France. Des emplois sous-payés, à temps partiels, employant près de 80% de femmes sans qualification, sans validation de compétences, sans progression de carrière, demandant une constante mobilité restant bien souvent à la charge du travailleur indépendant. Le secteur est en grande partie responsable des écarts de salaires entre femmes et les hommes. Les femmes subissent cinq fois plus les temps partiels.

Un système de consommation qui assigne des rôles sociaux aux femmes et aux hommes

Une société qui crée artificiellement de l’argent pour pouvoir le dépenser dans des activités de consommation pose les bases d’un système de domination encore plus sournois. La société de consommation, en créant des besoins motivés par la sur-production de biens à l’échelle de la planète et leurs importations à grand renfort d’émissions de gaz carbonique, cantonne femmes et hommes dans des rôles et comportements distincts. Ces rôles sont véhiculés par la publicité, souvent sexiste, qui perpétue ainsi les inégalités.

Une plus grande adéquation entre besoins humains, production et consommation, le partage du temps de travail et le rééquilibrage au profit du temps libéré sont indispensables à l’égalité. Ils mettront fin à l’assignation des femmes aux emplois précaires et revaloriseront les temps non-marchands de la vie, liant inextricablement féminisme et écologie.

Bibliographie :
Revue Ecorev n°30, Ecologie et féminisme

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