Mars 1910 – 8 mars 2013 : La Journée internationale des droits des femmes n’a pas pris une ride

« Le problème de l’émancipation des femmes n’est pas un problème isolé mais il fait partie de l’ensemble de la question sociale ». Ces mots empruntés à Clara Zetkin, militante socialiste, fondatrice de la première « Journée internationale des femmes » en 1910, sonnent toujours juste, plus d’un siècle après avoir été écrits.

L’arrivée de la gauche au pouvoir en mai 2012 a enfin permis d’appréhender la question des droits des femmes dans toute sa dimension économique, sociale et politique, notamment grâce au retour d’un Ministère des droits des femmes chargé d’élaborer des politiques transversales ambitieuses dans toutes les sphères de la vie sociale.

En finir avec les violences sexistes et sexuelles

Parce qu’elles sont l’expression ultime d’un système patriarcal, les violences envers les femmes font partie des chantiers politiques prioritaires. Une mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF) vient de voir le jour afin de généraliser les bonnes pratiques en matière de lutte contre les violences, de mieux former et de mieux accompagner les professionnels. Une telle réflexion est primordiale pour améliorer les dispositifs existants. Les Jeunes Socialistes restent attentifs à la mise en œuvre d’une loi-cadre contre les violences faites aux femmes, à l’image de la Loi contre les violences de genre adoptée en Espagne en 2005 doit désormais être mise en œuvre car aucun aspect des violences ne doit être laissé de côté. C’est notamment grâce à une éducation non-sexiste et à des campagnes nationales de sensibilisation que nous parviendrons à faire reculer les violences sexistes et sexuelles.

Nous saluons à ce titre le travail du Gouvernement en matière de harcèlement sexuel. La loi du 6 août 2012 est venue combler le vide juridique laissé par l’abrogation de la précédente loi par le Conseil Constitutionnel et donne une définition plus précise et plus large du délit de harcèlement sexuel. Elle aggrave les peines maximales encourues (2 ans d’emprisonnement et 30.000€ d’amende) et réprime les discriminations commises à l’encontre des victimes de harcèlement sexuel. Elle renforce, enfin, la prévention du harcèlement sexuel dans le monde professionnel.

Si la volonté du Gouvernement d’ouvrir 1 500 nouvelles places d’hébergement pour les femmes victimes d’ici la fin du quinquennat est une démarche qui va dans le bon sens, nous ne pourrons néanmoins éradiquer les violences faites aux femmes sans moyens financiers supplémentaires.

Enfin, alors que les premiers débats parlementaires vont s’ouvrir dans les prochains mois pour concrétiser la résolution adoptée à l’unanimité de l’Assemblée nationale le 6 décembre 2011, réaffirmant la position abolitionniste de la France, les Jeunes socialistes apportent tout leur soutien à cette démarche pour qu’enfin, la prostitution ne soit plus considérée comme le plus vieux métier du monde mais comme la pire des atteintes au droit à disposer de son corps.

« A travail égal, salaire égal »

Les femmes subissent au quotidien en France une triple peine dans l’emploi : majoritairement concernées par les emplois précaires ou sous-payés, subissant temps partiels et interruptions de carrières pour élever leurs enfants, et recevant de fait une pension de retraite moins importante en moyenne que celle d’un homme.

Affirmé par la première loi pour l’égalité professionnelle de 1972, le principe d’égalité salariale est loin d’être une réalité dans les faits. Les femmes gagnent toujours en moyenne 27% de moins que les hommes. Cet écart s’explique à la fois par le temps partiel, occupé à 80% par des femmes et par la nature des emplois qu’elles occupent dans les secteurs professionnels les plus précaires. Toutefois, un écart de 9% subsiste à poste égal. Bien que les femmes soient plus diplômées que les hommes (48% des femmes de 25 à 34 ans ont fait des études supérieures, contre 39% des hommes de la même tranche d’âge), elles restent bloquées dans leur ascension professionnelle. Le Gouvernement entend percer ce fameux « plafond de verre » en lien avec les partenaires sociaux pour proposer dès le printemps 2013 une grande loi-cadre sur l’articulation des temps de vie, la réforme du congé maternité, les écarts de rémunération, le temps partiel contraint…Tous ces obstacles qui freinent la progression des femmes et l’égalité professionnelle.

Rappelons par ailleurs qu’une revalorisation du SMIC sera de fait bénéfique en premier lieu aux femmes, qui sont encore près de 14% à être payées au minimum, contre 8% des salariés hommes[1] et qui subissent des temps partiels qui prennent souvent le salaire minimum comme salaire de référence. A diplômes, compétences et parcours équivalents, les rémunérations des femmes et des hommes doivent être équivalentes.

Près de 80% des temps partiels sont aujourd’hui occupés par des femmes. Nous devons leur permettre d’accéder au temps plein lorsque cela correspond à leur choix de vie et partager le congé parental à l’égalité entre parents afin que l’éducation d’un enfant ne pénalise pas la progression professionnelle de la mère.

L’emploi en temps partiel, à l’instar des autres contrats précaires, doit faire l’objet d’une majoration des cotisations patronales, pour faire du CDI et du temps complet la norme d’embauche. Une inspection du travail renforcée sera un levier essentiel pour mettre fin aux temps partiels subis trop souvent par les femmes.

Les Jeunes socialistes s’inscrivent dans cette démarche et proposent la mise en place d’un plan pluriannuel de réduction des écarts salariaux entre femmes et hommes reposant sur la pénalisation des entreprises qui refusent de parvenir à l’égalité professionnelle, à l’instar du modèle québécois.

Chaque entreprise disposera d’un an pour établir un diagnostic des inégalités salariales. Le diagnostic et le plan de réduction des inégalités de salaires seront adoptés en accord avec les syndicats sous peine de sanctions financières (suppression des exonérations de cotisations sociales ou exclusion de la commande publique). Les collectivités territoriales devront également imposer, par les moyens dont elles disposent dans les conseils d’administrations des sociétés où elles siègent, l’égalité salariale entre femmes et hommes.

La future réforme des retraites, annoncée pour l’année 2013, devra impérativement prendre en compte les spécificités de carrière des femmes qui furent les grandes oubliées de la dernière réforme entreprise par la droite et revenir sur le système de décotes qui les pénalisent en premier lieu. Rappelons, en effet, que les femmes perçoivent en moyenne une pension mensuelle deux fois plus faible que celle des hommes (879€ contre 1 657€)[2].

Maîtriser pleinement son corps

Le récent séisme provoqué par les pilules dites de 3ème et 4ème génération est venu nous rappeler à quel point en 2013 il est toujours difficile pour une femme, quel que soit son âge, d’avoir accès à l’information sur les différents moyens de contraception à sa disposition. Bien sûr, la pilule reste un moyen d’émancipation pour les femmes mais elle n’est pas toujours la méthode contraceptive la plus appropriée. Les pouvoirs publics, en lien avec les professionnels de santé, doivent engager de grandes campagnes publiques d’information à destination des femmes. Il en va de même pour l’IVG. Le remboursement à 100% de l’IVG est une grande avancée sociale. Désormais, il faut lutter contre les stratégies de désinformation insidieuses des sites Internet anti-avortement en ouvrant un site Internet et un numéro vert officiels. Cela a été annoncé par la Ministre des droits des femmes en janvier dernier.

Partager le pouvoir à égalité

« Les dotations de l’Etat aux partis politiques qui ne présenteront pas autant de femmes que d’hommes aux élections législatives devront purement et simplement être supprimées. » Cet engagement pris par François Hollande durant sa campagne électorale doit être respecté avant la fin du quinquennat. La parité est un enjeu démocratique qui, comme nous l’a rappelée la récente décision du Conseil constitutionnel, déclarant non-conforme à la Constitution la coprésidence paritaire pour les groupes parlementaires, est loin d’être unanimement acceptée. La réforme du scrutin binominal pour les prochaines élections départementales est un progrès incontestable qui doit en appeler d’autres à tous les échelons de notre vie politique.

La conquête pour les droits des femmes et leur effectivité est un long chemin à parcourir. Mais à mesure que l’on avance, nous devons continuer à pousser pour parvenir à l’égalité entre femmes et hommes.

[1] Etude de la Dares, décembre 2012, n°095
[2] Source : Rapport du CESE, « Les femmes et la précarité », 19 février 2013

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