Discours de Thierry Marchal-Beck lors du forum du Parti Socialiste sur la Transition écologique

 

Mes chers amis,

Nous débattons aujourd’hui autour de notre Premier secrétaire et de Laurence Rossignol de la question la plus importante qui est posée aux socialistes depuis des décennies. Et pour cela nous devons sortir des sentiers battus et du prêt-à-penser.

Combien de fois n’avons nous pas entendu que l’économie n’est ni de gauche ni de droite.

Qu’il faut s’adapter à la mondialisation et non pas la transformer ?

Que Keynes serait mort et que le socialisme passe par l’offre en s’attaquant au coût du travail ?

Bref, la différence entre la gauche et la droite se limiterait au débat de qui est le mieux à même à gérer les comptes publics, à équilibrer la balance commerciale, à réduire de quelques centaines de milliers – jamais plus – les chiffres du chômage.

Tout projet politique serait évaluable à partir d’indicateurs, sans jamais s’interroger sur la pertinence de ceux-ci, et le monde dans lequel ils nous enfermement.

Et pourtant depuis 2008, ce monde s’écroule. Le capitalisme se fracasse sur ses propres limites.

Il se fracasse sur la finance qui ponctionne l’économie au lieu de contribuer à son développement.

Il se fracasse sur l’accaparement des richesses par quelques uns au détriment de tous.

Et fondamentalement le capitalisme se fracasse sur les limites de la biosphère et les limites énergétiques.

La question énergétique est l’exemple le plus criant de l’impasse de notre système actuel.

Les ménages les plus populaires voient depuis 10 ans leur facture de chauffage, d’électricité, de transport augmenter.

Le système est incapable de se relancer car à chaque petite reprise de l’activité les prix des matières premières explosent nuisant immédiatement à ce frémissement de reprise.

Enfin c’est une limite pour la pérennité du monde tel que nous le connaissons.

Il y a peu d’exemples d’échec aussi cuisant pour l’action politique que l’incapacité de l’humanité, de notre pays, de l’Union Européenne à faire ce qu’il y a à faire pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et d’enrayer autant que faire se peut le dérèglement climatique.

Elle est là notre responsabilité c’est de faire un socialisme intrinsèquement écologiste. L’écosocialisme c’est le chemin de la sortie de crise qui passe par un dépassement du système actuel. C’est affirmer haut et fort que nous voulons transformer la société et non pas nous adapter.

L’écosocialisme c’est revenir aux fondements du socialisme et renouer avec les trois questions essentielles :

  • Quelle répartition des richesses ?
  • Quelle place pour la démocratie ?
  • Quel projet de société émancipateur et de progrès souhaitons nous ?

La question de la répartition des richesses se pose de façon double.

Tout d’abord, il n’y a pas d’écologie qui commence par la culpabilisation des salariés.

Oui, le passage d’une économie carbonée à une économie décarbonnée entrainera dans l’immédiat une hausse du coût de l’énergie même si sur dix à quinze ans – en terme de pouvoir d’achat – c’est favorable aux salariés.

Dès lors la hausse des salaires, une fiscalité fortement redistributive notamment sur le patrimoine est la condition indispensable à l’acceptabilité sociale de la transition énergétique.  Nous agissons pour ceux de notre camp. Nous savons qui souffre de la cherté de l’énergie, de la malbouffe, des maladies dues à l’impact de l’homme sur notre environnement et qui sont en premières lignes face aux dérèglements climatiques. L’égalité comme condition indispensable à la transition écologique, et la transition écologique comme réalisation de l’égalité.

Oui à une hausse de la fiscalité sur le diesel si cela permet le financement d’un chèque transport pour les salariés.

Oui à une contribution climat énergie, même à l’échelle nationale car attendre que cela bouge au niveau européen c’est comme croire qu’un jour on renégociera des traités ; si et seulement si les recettes sont utilisés pour 1/3 à l’investissement dans l’assainissement du bâtit et pour les 2/3 à un versement des recettes aux ménages sur le modèle de la prime pour l’emploi.

La pire façon d’envisager la fiscalité écologique serait de l’envisager comme la nouvelle vache à lait pour vouloir réduire impérativement les déficits publics. Et en la matière, pour ma génération, entre vouloir atteindre coute que coute l’équilibre budgétaire en 2017 et investir massivement dans les énergies renouvelables pour décarboner notre économie et sortir du nucléaire tout en réduisant les gaz à effets de serres nous savons quel est notre choix.

Gouverner c’est choisir disait Mendès, et quand on ne peut pas atteindre tous ses objectifs en même temps il faut faire des choix. Les nôtres sont fait : nous pouvons vivre avec 4% de déficit, pas forcément avec 4° de plus.

La question de la répartition des richesses c’est aussi sortir du mythe de la croissance.

Le mythe de la croissance c’est ignorer que celle-ci n’a fait que baisser depuis trente ans dans les pays développés.

Le mythe de la croissance c’est ignorer que dans les pays riches il n’y a plus de corrélation ni entre croissance et création d’emploi, ni entre croissance et bien être, même si je n’ignore aucunement que croissance zéro rime avec hausse du chômage.

Le mythe de la croissance c’est ignorer qu’à chaque fois que nous avons connu de la croissance ces 25 dernières années c’est avant tout dû aux bulles spéculatives.

Bref attendre le retour de la croissance pour vouloir résoudre le chômage, l’endettement public et pour augmenter les salaires c’est comme attendre Godot. On peut encore attendre.

 

L’écosocialisme c’est penser quelle répartition des richesses et quelle répartition du travail dans un monde où la croissance est intrinsèquement faible dans les pays développés ; tout en décarbonant notre économie pour permettre aux pays en développement de pouvoir mieux vivre sans que ni eux ni nous ne détruisions la planète. C’est cela l’internationalisme de l’écosocialisme.

Penser un modèle de développement à la croissance faible ce n’est en aucun cas la fin du progrès. Bien au contraire c’est envisager de nouvelles libertés, de nouvelles possibilités pour les femmes et pour les hommes. En France, quand nous avons une croissance de 0,1% nous détruisons 150 000 emplois du fait des gains de productivités. Les gains de productivités cela devrait être une bonne nouvelle, comme le symbole de l’humanité qui arrive à faire que nous arrivons à produire ce dont nous avons besoin avec moins de temps de travail.

Voilà pourquoi au cœur de l’écosocialisme il s’agit de renouer et de remettre au centre du projet de la gauche la question de la réduction du temps de travail.

J’en finirai par là car j’ai déjà été trop long.

Les socialistes ont besoin d’avoir une vision claire de la société que nous souhaitons.

Une société du temps libéré, du temps pour soi et pour les autres.

Une société où le travail est important, c’est pour cela que nous devons le partager, mais qui ne doit pas prendre toute la place.

Une société où nous respectons notre environnement car il est un bien commun et que toute pollution est une accaparation.

Une société du bien être, plus douce, plus lente.

Une société démocratique, où les grands choix comme la place pour le travail ou quel système de production énergétique sont décidés collectivement.

Une société où là où il y a un lieu de pouvoir il y  a un contrôle démocratique que cela passe par les associations de consommateurs, le développement de l’économie sociale et solidaire, le renforcement des syndicats, par la présence des salariés au conseil d’administrations des entreprises et des usagers à l’organisation des services publics.

Chers amis, j’en finirai en reprenant les mots d’André Gorz, grand penseur écosocialiste s’il en est. Socialisme ou barbarie avec la difficulté que la barbarie est déjà là alors que le socialisme reste à inventer.

Alors inventons, imaginons, créons, mettons en œuvre. Il n’y a plus de temps à perdre.

Préparez le changement: restez informés!

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