Élections en Israël : la droite face à ses contradictions, la gauche face à ses obligations

Il est toujours difficile de commenter les résultats d’une élection en Israël tant le système et les traditions électorales y sont complexes. Dans une démocratie parlementaire où le scrutin à la proportionnelle intégrale oblige la constitution de larges coalitions, il semble compliqué de remarquer de grands changements. L’élection qui vient de se tenir dans l’Etat Hébreux ne fait pas exception à première vue, on peut pourtant y voir apparaître plus clairement que jamais les divisions qui habitent la société Israélienne et l’enjeu auquel doit répondre une gauche en pleine reconstruction.

L’éclatement et la dérive de la droite israélienne

Vainqueur des élections de 2009 (en pleine guerre avec Gaza), Benjamin Netanyahu a incarné le retour d’une droite nationaliste et conservatrice favorable à la reprise de la colonisation en Cisjordanie et à la libéralisation de l’économie israélienne. La coalition gouvernementale a vu l’alliance entre le Likud (conservateur) et le parti d’extrême-droite Yisrael Beiteinu dont le leader Avigdor Lieberman a alors obtenu d’être ministre des affaires étrangères, condamnant le processus de paix pour la durée du mandat. En pleine crise économique, le tandem au pouvoir a choisi de faire de la question sécuritaire un sujet permanent effaçant les préoccupations économiques d’une société qui s’appauvrit.

L’obsession de « Bibi » (surnom de Benjamin Netanyahu) sur la menace iranienne et l’extension des colonies a mobilisé l’énergie et le budget d’une majorité de plus en plus isolée sur la scène internationale. Ce constat s’est révélé particulièrement vrai durant les « printemps arabes » qui a vu l’Etat le plus démocratique de la région s’inquiéter de la chute de dictateurs au nom de sa sécurité. De même, l’opposition farouche de la droite israélienne à la création d’un Etat palestinien et les sanctions successives qui se sont abattues sur l’Autorité palestinienne révèlent la dérive d’un gouvernement de plus en plus inféodé aux partis religieux et favorable à la colonisation.

Pourtant, comme en France, la mise en avant de thèmes de plus en plus droitiers par Benjamin Netanyahu a surtout nourri l’extrême droite israélienne. « Bibi » l’a appris à ses dépens en se voyant concurrencer sur sa droite par des identitaires au sein même de son parti. Cette nouvelle donne l’a poussé à proposer une liste commune entre le Likoud et Yisrael Beiteinou. Cette coalition, clairement marquée à droite a favorisé durant l’année 2012 l’émergence de partis au centre de l’échiquier politique (véritable fourmillement de micro-formations en constante évolution) tel le Yesh Atid (« vers le futur ») du présentateur vedette Yair Lapid.

Un renouvellement générationnel et stratégique à gauche

La gauche israélienne parviendra-t-elle à sortir de 10 ans d’atermoiements et de participation aux coalitions conservatrices les plus hasardeuses ? C’est la question qu’on était en droit de se poser il y a encore quelque mois. Il fallait mettre fin à dix ans de recul pour le parti HaAvoda (parti travailliste), évolution entamée il y a plus d’un an. La scission opérée par Ehoud Barak, ministre de la défense et fervent soutien de Netanyahu, n’y est pas pour rien. Cette séparation a permis l’émergence de nouveaux acteurs et surtout d’une nouvelle génération issue du mouvement des indignés, mouvement de protestation et d’occupation des centres-villes contre la vie chère. Cette tendance a été confirmée par l’arrivée de Shelly Yacimovitch à la tête du parti face à Amir Peretz, ancien ministre de la défense durant la guerre du Liban de 2006 à l’automne 2011.
La même logique s’est exprimée au sein du Meretz (« énergie »), formation de la gauche sioniste devenue marginale ces dernières années. Traditionnellement basé sur le vote des Kibboutzs, les fermes collectives traditionnellement très à gauche mais ne représentant aujourd’hui que 2% de la population israélienne, le parti a tenté de s’ouvrir sur la société civile et a grandement profité du mouvement des indignés. Mettant à sa tête une femme, la liste du Meretz pour les élections de janvier 2013 était la seule à compter dans ses candidats éligibles un arabe israélien et un homosexuel.

« Entre Bibi et Bibi » la nécessité d’une opposition forte à gauche en Israël

Face à une gauche en reconstruction et à un centre divisé, Benjamin Netanyahu et sa coalition partaient favoris des élections anticipées organisées le 22 janvier. La position centrale du premier ministre sortant a été renforcée par les hésitations du parti travailliste qui n’a annoncé que tard qu’il ne participerait pas au prochain gouvernement s’il était mené par le Likud. Pourtant Netanyahu n’a pas pu profiter de sa position de favori. La dualité de son message, nationaliste et libéral a aussi divisé son électorat. Il n’a fait que renforcer les plus extrêmes que lui sans contenter ceux qui, victimes de la crise économique qui ronge le pays, réclament le retour des politiques sociales. Netanyahu a en effet sous-estimé le mouvement des indignés et l’importance de la question économique en Israël alors que le pays subit depuis 10 ans une crise du logement latente et une baisse continue du pouvoir d’achat des classes moyennes.

Le résultat de l’élection est en cela révélateur des divisions qui habitent la société israélienne. Si Benjamin Netanyahu est sorti vainqueur de l’élection avec 31 députés (sur 120) à la Knesset (le parlement israélien), son parti a perdu à s’allier avec la formation de M.Lieberman leur coalition perdant 11 sièges par rapport à la mandature précédente. Seule une campagne poussive et opportuniste, aidée par l’éclatement de nouveaux incidents avec le Hamas dans la bande de Gaza, ont sauvé le Likoud d’un plus grand revers. Ce recul s’est fait au profit de l’extrême droite nationaliste et religieuse qui peut maintenant compter sur le soutien des colons, toujours plus nombreux grâce aux politiques de M.Netanyahu. Le Likud est aussi victime d’une recomposition du centre, le nouveau parti Yesh Atid arrive ainsi en deuxième position, surfant sur le mécontentement des classes moyennes. L’émergence de ce nouveau parti, phénomène courant en Israël, laïc et réclamant des réformes contre les privilèges accordés aujourd’hui aux ultra-orthodoxes, condamne à court terme toute future majorité associant centre et extrême-droite.

C’est bien à gauche qu’une nouvelle dynamique est à espérer. Malgré les aléas stratégiques de sa campagne, le parti travailliste se positionne comme le troisième parti du pays avec 15 députés, mettant fin à 10 ans de reculs successifs aux élections. Le Meretz double le nombre de ses représentants et aura pour sa part 6 sièges dans la future assemblée. La gauche, si elle n’est pas victorieuse, sort renforcée de ces élections. La mise en avant de réformes économiques et l’exigence du retour de l’Etat providence a porté ses fruits. La gauche doit maintenant se préparer à incarner une opposition réelle aux politiques de Benjamin Netanyahu. Israël a besoin d’une gauche unie, un dialogue doit s’établir entre ses déférentes composantes, partis arabes laïcs inclus. La gauche israélienne doit se préparer à incarner très rapidement une alternative crédible au pouvoir pour donner une nouvelle chance en Israël au progrès social, à la tolérance et à la paix.

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