Discours de Thierry Marchal-Beck lors de la convention nationale contre l’extrême droite

Retrouvez le discours de Thierry Marchal-Beck lors de la convention nationale « Decrypter, mobiliser, combattre : les Jeunes Socialistes s’engagent contre l’extrême droite » qui s’est tenue le 16 Février 2013 à Montreuil.

Mes chers amis, Mes chers camarades,

Tout d’abord, merci aux animateurs fédéraux, aux militants, et à nos invités, merci à tous ceux qui ont été là aujourd’hui pour échanger et débattre.

Merci au service d’ordre du Parti socialiste. Merci à Jade.

Cette convention s’inscrit dans une longue histoire. La longue histoire du combat entre les forces du progrès et de celles de la réaction.

Dans l’histoire de notre pays, nous sommes tous des enfants de la Révolution française, celle où des députés de la Nation rassemblés ont décidé de proclamer que tous les hommes – et permettait moi d’y inclure les femmes- naissent et demeurent libre et égaux en droits.

Notre Nation n’a nulle autre pareille, car son projet est universaliste, ce n’est ni votre sang ni votre rang qui y détermine votre appartenance, mais l’adhésion aux valeurs de la révolution qui figurent aujourd’hui sur le fronton de nos écoles.

Cette convention s’inscrit aussi dans notre propre histoire, celles des jeunes socialistes. Le combat contre l’extrême-droite et la droite, celle qui se perd quand elle se confond avec elle, est intrinsèquement lié aux 20 ans des jeunes socialistes autonomes.

Nous sommes riches de cette expérience. Celle des militants des années 1990 qui faisaient face à un FN qui envahissait nos universités avec leurs collectifs anti- avortement et son programme ultralibéral.
Celle des militants qui décidèrent d’organiser un congrès à Toulon, alors que la ville dirigée par le Front National abonnait les bibliothèques municipales à Rivarol, Minute et commandait des ouvrages négationnistes.

Celle des militants qui ont su faire céder en 1998 les élus UDF s’alliant au FN pour conserver leur présidence de région. Car oui, la tentation a toujours été grande de Pasqua à Sarkozy, de Gaudin à Copé de s’allier ou de plagier le Front National.

Le Mouvement des jeunes socialistes a toujours été et restera en première ligne pour dénoncer les amitiés particulières entre la droite et l’extrême-droite tant dans les urnes que sur le programme. Cette expérience nous enrichit et nous rend plus forts.

Nous sommes plus forts quand on avons su dès 2007, dénoncer la venue de Jean- Marie Le Pen, sous la coupe de sa fille directrice de campagne, à Valmy, vampirisant ainsi l’héritage de la Révolution Française, alors que l’application de son programme avec la préférence nationale comme leitmotiv reviendrait à brûler la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.

D’ailleurs, ils ne s’en cachent pas : ils sont pour la suppression du préambule de la constitution française, pour la suppression de la référence au droit de grève, pour la suppression de la référence au conseil national de la résistance.

Nous sommes plus forts d’avoir su dès 2011 caractériser qui était Marine Le Pen : une héritière. Valsant avec les néo-nazi à Viennes, ignorant les ouvriers en condamnant les syndicats qui se mobilisaient pour la retraite à 60 ans, cultivant les amitiés avec les anciens du GUD ou avec ses amis catholiques intégristes, dénonçant les journalistes toujours suspectés de faire partie d’un système mais s’empressant d’exiger la liberté de la presse pour ses amis de Fdesouche.

Et pourtant malgré cette expérience, cette longue histoire militante, malgré notre victoire en 2012, nous ne pouvons que déplorer que le Front National progresse notamment auprès des jeunes, dépassant pour la première fois de son histoire les 20%.

Le FN progresse, car ce que nous disions après le 21 avril reprenant les thèses de Gramsci sur l’hégémonie culturelle, stipulant que la victoire dans les urnes est précédée d’une victoire culturelle, n’a jamais cessé de faire sens.

Une génération ne peut pas sortir indemne de 10 ans de droite à la sauce Sarkozy.
Nous savons tous qu’un ministre, un président, un premier ministre sont des prescripteurs dans la société.

Prescripteur des valeurs qui fondent la société : or tous ceux qui n’avaient que de 7 à 15 ans le 21 avril 2002 ont grandi dans une France où le ministre de l’intérieur parle de mouton que l’on égorge dans la baignoire, où le président parle de laïcité positive ou revendique que le prêtre a plus d’importance que l’instituteur, où des ministres nous parlent des jeunes avec la casquette en arrière lors des débats sur l’identité nationale et des auvergnats qui posent problème.

Nous savons bien quel intérêt ils ont à faire cela. Sarkozy avec son conseiller Buisson ont bien compris une chose : après avoir mis en place le bouclier fiscal, la retraite à 62 ans et le système des décotes, les cadeaux aux plus riches, après avoir instauré une République de copains et de coquins, après avoir laissé le chômage exploser et les services publics être démantelés, les ouvriers et les employés ne pourraient se tourner vers la droite, c’est-à-dire contre leurs intérêts matériels, si et seulement si, la question sociale se transforme en question raciale.

Et ce subterfuge fonctionne quand l’ouvrier pense que son adversaire, ce n’est pas la finance, la hausse des profits toujours exigés par un capitalisme financiarisé et mondialisé, mais le chômeur au RSA qui vit sur le pallier. Ce subterfuge fonctionne, quand l’ouvrier oublie que la fraude fiscale représente plus de 22 milliards d’euros, alors que la fraude aux prestations sociales est estimée à moins de 800 millions d’euros.

C’est cela la stratégie de Buisson : faire du vote FN un SAS, avant de permettre à son électorat de se rabattre sur l’UMP.

En politique nous avons deux tâches : définir ce que nous sommes et caractériser nos adversaires.

Rappeler qui nous sommes, c’est rappeler que nous sommes le camp du progrès social. Le camp des ouvriers et des salariés, de ceux qui ne connaissent ni l’héritage ni la rente et qui ne vivent que de leur de travail.

Oui, la gauche doit renouer pleinement avec les classes populaires.

Rappeler qui nous sommes, c’est aussi ce que nous avons fait pendant la campagne présidentielle en désignant notre adversaire le monde de la finance qui avalise les salariés.

C’est ce que nous avons fait, en réaffirmant que l’égalité est l’âme de la France. L’égalité ne peut juste être décrétée, elle se construit avec la révolution fiscale, la fusion de l’IR et de la CSG, le mariage pour tous, la lutte contre les déserts médicaux, l’attestation de contrôle d’identité ou encore la hausse du salaire minimum.

C’est ce que nous avons fait, en affirmant vouloir réorienter la construction européenne, en renégociant les traités néolibéraux et en agissant avec détermination pour un budget européen à la hausse.

C’est ce que nous avons fait en souhaitant une loi interdisant les licenciements boursiers pour faciliter la reprise des sites par les salariés et permettre le développement de l’économie sociale.

C’est ce que nous avons fait en redonnant les moyens à la police pour assurer le service public de la sécurité.

C’est ce que nous avons fait en affirmant que la jeunesse, toute la jeunesse, doit être la priorité du quinquennat en permettant aux décrocheurs scolaires de reprendre une formation avec la garantie jeunes et aux jeunes chômeurs de trouver un emploi avec les emplois d’avenirs, en mettant fin au bizutage social par la taxation des contrats précaires et par l’embauche en CDI dès le 1er emploi grâce au contrat de génération. Enfin, faire de la jeunesse une priorité, c’est permettre à chacun de réussir quelle que soit sa naissance en mettant le paquet sur l’éducation et en introduisant une allocation d’autonomie pour les jeunes en formation.

Renouer avec les classes populaire, c’est redonner confiance en la parole du politique.

En redonnant du sens au mot exemplarité : dire ce que l’on souhaite faire, faire ce que l’on dit.
Voilà pourquoi nous n’avons pas le droit de trembler quand il s’agit d’appliquer le non-cumul des mandats, quand il s’agit d’interdire à vie à celui qui s’est corrompu de se présenter à une élection.

Voilà pourquoi nous devons être à la hauteur de l’espoir soulevé et de l’attente écologique et sociale.

Affirmer ce que nous sommes, renouer avec les classes populaires, assumer la conflictualité entre la droite et nous. C’est une nécessité, mais ce n’est pas la seule .
Nous devons également caractériser notre adversaire. Car celui-ci progresse.

Oui, le FN progresse dans la jeunesse : ne pas le dénoncer c’est au mieux avoir des œillères devant les yeux, au pire être complice. Il progresse là où nous sommes le plus faibles, dans cette France périurbaine où la crainte du déclassement fait rage, où la voiture coûte toujours trop cher pour aller au travail, où les services publics sont dépecés.

Le FN progresse là où l’accès à l’enseignement supérieur est difficile et reste réservé à une élite, où l’offre culturelle se réduit, où nos usines ferment.

Le FN progresse là où l’on ne comprend pas bien comment des ministres peuvent parler des effets bénéfiques de la mondialisation et du libre-échange.

Face à cette réalité là, notre tâche est à la fois simple et extrêmement complexe : simple parce que nous devons poursuivre ce que nous faisons déjà : être présent sur le terrain et dans les médias, affirmer notre projet porteur d’émancipation individuelle et collective et déconstruire et démasquer sans relâche ce qu’est le Front National. Extrêmement complexe, car les résultats de ce combat ne sont pas automatiques, j’ai une pensée particulière pour tous les militants qui vivent dans des territoires gangrénés par l’extrême-droite.

Je me rappelle d’une distribution de tract à Noeux-les-mines dans le Pas-de- Calais devant un lycée une jeune fille devant sa bande de copine fière de nous défier en affirmant haut et fort qu’elle votait « Marine » comme ils disent.

Trop de fois, certains d’entre nous ont pu se sentir désemparés dans cette situation, ne sachant que faire entre condamner moralement en invoquant le racisme et rester bouche bée.

Et là c’est à nous de poser à cette jeune lycéenne la question suivante : « ah bon ? tu votes Le Pen car tu es pour le déremboursement des IVG ? »
Là, le doute s’installe et surtout, on peut engager la discussion avec ses amis.

Nous avons comme devoir de permettre à chaque militant, à chaque volontaire du changement, à chaque sympathisant, chaque jeune de gauche de disposer des arguments principaux pour déconstruire le discours du FN et montrer à la fois son vrai visage et là où son programme emmènerait la France.

Chacun d’entre nous est un micro-barrage face au Front National pour dire : ici, l’extrême-droite ne passera pas par moi.

Comme l’a rappelé Jade : nous devons tout autant combattre le FN, ses militants et ses idées que parler à ses électeurs.

Nous allons montrer leur vrai visage, montrer ce que devrait être les affiches et les slogans pour illustrer leur programme.

Nous devons parler à ces ouvriers, ces employés que la sortie de l’Euro prônée par le FN affaiblirait la France, ferait de notre pays un petit confetti au milieu de l’Europe sans parler de l’explosion du prix de l’essence que cela causerait.
Le FN ne ferait pas les scores qu’il fait si sur leurs affiches ils indiquaient avec « Marine +200% à la pompe ».

Nous devons parler à ces jeunes désemparés pour qu’ils comprennent que le Front National a un projet prétendument égalitaire : « oublier » de parler de l’égalité salariale femme/homme et renvoyer les femmes au foyer au 21è siècle par un congé parental insidieux, c’est tout sauf la promotion de l’égalité.

Pensez vous que le FN ferait 20% avec des affiches « avec Marine Le Pen pour l’égalité femme-homme faudra revenir » ?

De même, faut-il encore rappeler que le FN dit accepter les personnes homosexuelles mais qualifie le mariage pour tous de revendication communautariste.
« Avec Marine Le Pen pour les LGBT le droit d’exister peut-être, mais de se marier faut pas pousser ».

Nous devons rappeler que lorsque le FN souhaite interdire toutes les manifestations de soutien aux sans-papiers, il ne s’agit ni plus ni moins d’une atteinte grave à la liberté d’expression et de manifestation qui figure dans notre constitution.

« Avec Marine Le Pen le droit de manifester peut-être mais ca dépend sur quoi ».

Et puis surtout, nous devons faire preuve de pédagogie pour expliquer ce qui se cache derrière la « préférence nationale » du FN.
Déjà, c’est l’abandon du droit du sol. Certains parlent même d’un permis de nationalité à points pour différencier ceux qui sont français depuis toujours et ceux qui sont français depuis moins longtemps. Ceux-là devraient toujours montrer patte blanche – au sens propre comme au sens figuré – si vous me permettez l’expression.

La préférence nationale du FN, c’est aussi ethniciser la question sociale. A nous de dire qu’ils veulent retirer leur nationalité à des millions de français en souhaitant interdire la double-nationalité.

Permettez moi un bref apparté sur ce terme qui a un sens bien particulier dans la bouche des militants du FN : celui « d’assimilation ».

« Assimiler » comme si les individus aux parcours variés qui contribuent à la richesse culturelle de notre pays devaient dissoudre leur héritage pour se fonder dans une France image d’Epinal des années 50 qui n’a jamais existé.

L’assimilation, c’est le terme employé au 19è siècle par les militaires français lors de la colonisation de l’Algérie pour théoriser qu’il y aurait d’un côté, ceux qui seraient culturellement « assimilables » (la population juive, la population berbère) et de l’autre, ceux qui ne le seraient pas (la population non pas algérienne mais qualifiée de musulmane). Ce n’est rien d’autre qu’une hié-rar- chi-sa-tion culturelle, un racisme culturel qui remplacerait le racisme biologique.

Le Front National et une frange de la droite s’inscrivent pleinement dans cet héritage de la pensée coloniale qui fait que des individus, du seul fait de leur religion, seraient naturellement réfractaires à l’identité française et ne pourrait pas s’y intégrer. C’est la pensée issue du GUD, de la troisième voie du club de l’horloge et des mégrétistes.

On voit alors tout le sens que prennent le terme de « musulman d’apparence » de Nicolas Sarkozy ou l’affiche du FN recouvrant la France du drapeau algérien et de minarets.

Oui, le FN est un parti xénophobe, mettant en cause l’appartenance à la Nation de toute personne de confession musulmane, ce que nous ne pourrons jamais accepter.

Oui, le FN est un parti anti-laïc. La laïcité ce n’est pas un « héritage chrétien » comme ils le prétendent, c’est une liberté conquise de haute lutte, pour garantir la séparation entre le religieux et l’Etat, pour garantir à chacun le droit de croire ou de ne pas croire, pour garantir que nul ne se verra imposer ni une loi ni une morale religieuse, mais aussi que nul ne sera inquiété du fait de sa religion.

Nous devons être de fervents militants de la laïcité, être intraitables avec tous les obsurantismes. Liberté, égalité, fraternité, laïcité : ce sont elles nos valeurs.

Lors de l’inauguration de son mandat, le président de la République a prononcé un discours en l’honneur de Jules Ferry. Celui-là même qui a dit que « la neutralité religieuse oui, mais pas la neutralité politique. L’école de la République doit enseigner la République », inscrivant ainsi l’école de la République comme ciment de la Nation française

Voilà notre mission. Enseignons la République française, démocratique, sociale et laïque.
Portons son projet universaliste.
Exigeons de nos ministres et du Président de la République qu’ils mettent autant de ferveur à promouvoir les valeurs républicaines et le vivre-ensemble qu’elle permet, que l’ardeur que nos adversaires ont eu pendant dix à l’abimer.

Et nous, militants des jeunes socialistes et toute la jeunesse de France qui attendent et qui espèrent.

Mobilisons-nous afin que ce que nous avons ouvert le 6 mai 2012 ne soit qu’un début.

Prenons le serment de ne jamais rien céder à l’extrême droite, de ne jamais rien accepter, ni une ville ni un propos.

C’est notre bataille idéologique, notre bataille politique, notre bataille culturelle et nous n’avons pas d’autres choix que de la gagner pour que dans les approches années, quand les femmes et les hommes politiques s’adresseront à nos concitoyens et à travers le monde, les mots « vive la République et vive la France » gardent tout leur sens.


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