Compte rendu du séminaire de rentrée des Jusos et des Falken

Réunion organisée par les Jusos de Berlin et les Falken
La réunion s’est déroulée dans le cadre de la semaine d’Hommage à Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, morts réprimés en janvier 1919, organisée par un Collectif de Partis et d’Associations de Gauche, refusant l’appropriation de ces deux figures par une extrême gauche staliniste et nostalgique. La réunion du jour sur « Rise Up » avait pour but de donner une perspective internationale aux combats de la gauche.

Analyse d’une crise : l’agenda libéral

Le 1er tour de ronde devait servir à poser le cadre de la crise et à détailler les réalités sociales de nos pays respectifs – Irlande, Israël, France :
Assez rapidement, il apparaît avec évidence que l’Irlande n’a été rien d’autre qu’un laboratoire du libéralisme : mêlant fin de toute progressivité de l’impôt, privatisations en nombre, pour démanteler au mieux ce qu’il restait d’Etat providence.
Le plus frappant c’est que ce coup de poker-menteur a réussi : le camp libéral mettant la faute sur l’état providence pour la crise, en dénonçant l’endettement record du Pays, alors que des millions d’Euros ont servi à sauver les banques spéculatrices qui menaçaient de s’écrouler et avec elles, le dépôt des citoyens irlandais.
C’est tout un vocabulaire qui s’est imposé là-bas: « responsabilisation » (autrement dit : payer soi-même sa santé, son éducation, sa retraite,…), « modernisation » (baisse de la protection sociale), « vieillissement actif » (pour ne pas dire recul de l’âge de la retraite,…), dans un langage non sans rappeler la droite française d’hier et d’aujourd’hui et celui des directives européennes.
D’un point de vue politique, la crise a précipité l’effondrement du parti de centre gauche au pouvoir, remplacé par une coalition des conservateurs (majoritaires) et du parti travailliste, réduit à négocier les termes de la régression sociale (selon les termes mêmes de la représentante des Jeunes Travaillistes).

Les deux israéliennes, à leur tour, ont parlé du contexte politique israélien à 10 jours des élections législatives. Elles ne sont membres d’aucun parti, mais d’une association d’éducation populaire, œuvrant pour l’unité de la gauche, très divisée en Israël.
Elles rappellent tout d’abord que Benjamin Netanyahou, « Bibi », déjà 1er ministre en 96, puis ministre des finances, avait été l’instigateur du démantèlement du système de protection sociale : hausse des frais d’inscriptions à l’université, privatisation des écoles, des services publics en général, « flexibilisation ».
Aujourd’hui encore, Bibi poursuit cet agenda ultralibéral, s’alliant cette fois-ci au Gouvernement à l’extrême droite nationaliste, identitaire, avec pour ministre des affaires étrangères Liebermann.
Le poids des religieux n’a cessé d’augmenter, l’émiettement des partis au Parlement permettant la négociation de l’augmentation des financements des écoles juives orthodoxes ou l’ajout de critères religieux pour l’accession au logement social en échange d’un soutien au gouvernement.
C’est cette politique économique et sociale qui a poussé des milliers d’israéliens en 2011 à sortir dormir dans des tentes au beau milieu de Tel-Aviv pour marquer leur mécontentement face aux politiques de libéralisation et à la hausse du coût de la vie ; mouvement d’une ampleur sans précédent, que le gouvernement a préféré laisser pourrir, « Bibi » multipliant les diversions, en jouant sur les peurs et les dangers liés au conflit palestinien et « au risque de terrorisme », recourant à des raids contre le Hamas pour assurer sa « stature d’homme d’état » et remonter dans les sondages.

Situés à des milliers de Kilomètres l’un de l’autre, deux pays extrêmement différents, il est saisissant de constater la similitude d’une crise qui s’abat, toujours sur les classes les plus pauvres, jetant dans la misère et la précarité des milliers d’individus dans une logique de libéralisation effrénée. Même la logique identitaire, et de repli nationaliste pour fuir la réalité économique et faire diversion à cette crise sociale ne nous est pas inconnue en France et en Europe. La rhétorique électorale accentuant l’effet abject de ces discours et la montée des extrêmes.

Globalement le constat est simple et terrifiant : l’agenda ultralibéral s’est imposé en Europe et bien au-delà, parvenant à faire passer l’Etat providence et la protection sociale, les conquêtes salariales finalement, pour les raisons d’une crise vieille d’au moins 30 ans, accentuée encore par une finance débridée, démultipliant aujourd’hui le chômage des jeunes partout sur le continent, se basant sur la précarisation et le nombre de travailleurs pauvres avec pour seule conséquence la tentation du repli et le chacun pour soi.

Une réponse Européenne : une alternative de gauche

Et pourtant ce discours de culpabilisation des Irlandais et des Européens, qui seraient eux-mêmes coupables « d’avoir vécus au –dessus de leurs moyens» se répand: une méthode de musellement social pour faciliter les « sacrifices courageux » d’une élite experte, ramenant le pays « dans le droit chemin ».
Un relatif abattement était à sentir du côté des jeunes travaillistes irlandais face au fatalisme ambiant et à la morosité distillée sur les ondes et les télés, alors que Barroso dénonçait en voyage à Dublin quelques heures plus tôt « le mythe de l’austérité menée par l’UE », tandis que le nombre de chômeurs dans l’Union atteignait le seuil de 26 millions.

« François Hollande a été un espoir pour réorienter l’Europe, donner une perspective », avance l’Irlandaise ; l’espoir semble partager par une partie de la salle, consciente cependant que le travail est encore devant nous.
La volonté est partagée : la réponse à cette crise ne pourra que venir de l’Europe. Une Europe rompant avec ses dogmes libéraux, dont elle est elle-même infestée.
Une Europe où une claire alternative politique apparaîtrait : fini le temps où, que l’on vote à gauche ou à droite aux élections européennes, à la fin c’est le libéralisme qui gagne, et la Commission qui exécute.
L’alternative, si elle doit être sur le fond politique, par une Europe sociale, écologique, une Europe démocratique se donnant les moyens budgétaires de ses ambitions, elle doit aussi et surtout d’abord être stratégique : mettre fin à ces compromis parlementaires sur une ligne qui n’est pas la nôtre, où notre seul objectif se réduit à atténuer les conséquences d’une politique libérale, dont nous ne voulons pas.
Ce changement passe donc par une Union des Gauches. Le constat est sans appel, les deux représentantes israéliennes en ont aussi fait leur mot d’ordre : face « à Bibi » unissons nos forces, répètent-elles à l’envi. « Ce n’est pas la politique étrangère ou le raid dans la Bande de Gaza qu’il faut juger –elles savent que cette question est trop sensible actuellement pour permettre le changement en Israël-, mais avant toute chose la catastrophe économique et sociale de ce gouvernement ! ». Elles rappellent inlassablement au gens que la mobilisation sociale de l’été 2011 ne doit pas rester lettre morte, elle a un débouché politique : donner une majorité de gauche.
Ce slogan pourrait être le même en Europe, la mobilisation sociale des « Indignés » doit être le socle d’un changement européen.
La soirée se poursuit en martelant le programme de « Rise up » à un public, où socialistes, écologistes et gauche radicale ou trotskiste se mêlaient : harmonisation fiscale, taxation des plus riches, démantèlement des paradis fiscaux, mise au pas de la finance et financement direct des Etats par la BCE, défense des travailleurs, baisse du temps de travail, création massive d’emplois, notamment en matière écologique, et enfin : Fédéralisme Européen, condition nécessaire à une alternative réelle à l’échelle du continent.

Pour finir, c’est le protectionnisme européen qui fait débat, que certains prennent pour une lubie guerrière et régressive. Il faut expliquer et réexpliquer ; le juste-échange c’est à la fois protéger nos normes sociales et écologiques, réindustrialiser l’Europe et produire localement, mais c’est aussi donner les moyens aux travailleurs, aux salariés de tous les pays avec lesquels nous commerçons de voir leurs acquis sociaux, leurs droits légitimes se développer, en combattant avec ardeur toutes les tentatives de dumping fiscal, social et écologique, sur le dos des peuples et celui de la planète.
Et si à la fin, les avis divergent parfois encore, l’idée que la puissance publique puisse être réarmée semble marquer les esprits.

« Das Unmögliche zu wollen, ist die Voraussetzung dafür, das mögliche zu schaffen“.
„Vouloir l’impossible est la condition préalable pour permettre le possible ».
Karl Liebknecht

Reste encore à convaincre certains chez les Jeunes Socialistes et Falken allemands qu’en dépit de toutes ses insuffisances, le doute n’est pas permis : il vaut toujours mieux un Social-Démocrate à la Chancellerie, même hésitant et maladroit, qu’une Merkel, conservatrice et libérale, pour au moins 4 ans encore. Car si nous hésitons, elle, elle n’hésitera pas.

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