Mois de l’Economie Sociale et Solidaire : Rencontre avec Jean-René Marsac, Député d’Ille-et-Vilaine

Le Mouvement des Jeunes Socialistes a profité du mois de l’ESS pour organiser tout au long du mois de novembre des rencontres avec des acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire. Ces rencontres nous permettront ensuite de développer nos propositions sur le sujet à destination des militants du MJS ainsi que du Ministre délégué à l’Economie Sociale et Solidaire. C’est dans ce cadre que nous avons rencontré Jean-René MARSAC, député de la quatrième circonscription d’Ille-et-Vilaine et ancien président du groupe d’étude sur l’Economie Sociale et Solidaire à l’Assemblée Nationale.

Commençons par une question d’idéologie politique. Existe-t-il une différence d’approche entre la gauche et la droite politique au sujet de l’Economie Sociale et Solidaire et quelle est-elle?

La définition de l’Economie Sociale et Solidaire n’est pas gravée dans le marbre, et c’est en cela qu’elle trouve sa richesse. De fait, il existe forcément des différences de point de vue. L’Economie Sociale et Solidaire est le miroir des innovations sociales et économique citoyennes. L’économie sociale et solidaire, c’est la volonté d’une démarche collective et ancrée dans un territoire. C’est également la reconnaissance de chacun dans sa capacité à participer au projet collectif et de fait la question ne se trouve pas dans l’accumulation du capital mais dans le développement de l’activité pour un territoire et ses habitants.

En conséquence, et au vu de l’histoire de l’Economie Sociale et Solidaire, la droite tente de limiter l’Economie Sociale et Solidaire à une « économie réparatrice », une économie du soin, cela c’est notamment vu de l’approche de Roselyne Bachelot.

Le prisme de lecture de la gauche est différent, nous reconnaissons que cette économie se retrouve dans l’ensemble des activités économiques de la Nation. Des organisations telles que les SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) ont été créées pour accompagner des projets tels que la transition énergétique sur un territoire. En effet, elles ont pour particularité de pouvoir associer plusieurs partenaires de différentes natures comme des associations, des coopératives, des collectivités territoriales et encore des citoyens etc. dans un même projet. Cependant, la SCIC reste un statut juridique extrêmement complexe et très lourd.

Nous mesurons ici toute l’importance des territoires. Selon vous, quelle est la place des territoires et l’importance de la décentralisation pour l’Economie Sociale et Solidaire ?

Les territoires ont une importance cruciale pour l’épanouissement de l’Economie Sociale et Solidaire. Et ce, pour deux raisons conjointes.

D’une part, l’Economie Sociale et Solidaire provient de la volonté de citoyens et ces citoyens ont un ancrage local, un ancrage au territoire très fort.

D’autre part, les stratégies de développement économique, du développement local, de soutien à un secteur, d’emploi sont fortement impulsées par les Régions aujourd’hui, et elles doivent l’être encore plus. Pour assurer le développement d’un territoire, nous devons avoir une vision locale et la main sur les enjeux du territoire. A mes yeux, l’Etat ne devrait garder que ses pouvoirs régaliens, par exemple, concernant l’Economie Sociale et Solidaire, l’Etat ne pourrait décider que sur le code de la concurrence, le code du travail et la fiscalité.

Il ne s’agit pas pour moi de refuser l’autorité de l’Etat, mais de respecter le développement des territoires par l’initiative citoyenne. Je suis député de la région Bretagne. En Bretagne, nous avons ainsi pu développer de nombreux projets. Nous avons pu mettre en place des Pôles locaux de l’Economie Sociale et Solidaire qui repose sur la Chambre Régionale de l’Economie Sociale et qui incluent ce que nous appelons des Pôles Territoriaux de Coopération Economique (PTCE). Ces PTCE permettent le développement de l’Economie d’une manière locale entre acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire et entrepreneurs individuels ou sociétés classiques.

Pour vous les entrepreneurs sociaux individuels correspondent-ils à des initiatives de l’Economie Sociale et Solidaire ?

Je pense que la dimension collective de l’Economie Sociale et Solidaire est fondamentale. Pour moi, les entrepreneurs sociaux ne font pas partie de l’Economie Sociale et Solidaire. Il ne faut pas confondre Responsabilité Sociale des entreprises et Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire. C’est également pour cette raison que ne crois pas à l’idée d’un label de l’Economie Sociale et Solidaire. Seuls les acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire peuvent se définir et évoluer avec une marge de manœuvre totale. Je milite plutôt pour renforcer et étendre la révision coopérative à l’intérieur des coopératives, mutuelles et associations.

Quels autres sujets vous semblent importants concernant l’Economie Sociale et Solidaire aujourd’hui ?

La première chose que je souhaite aborder est un sujet d’actualité : la reprise des entreprises par leurs salariés. Nous en entendons beaucoup parler, notamment au travers de l’actualité désastreuse au sujet des entreprises en difficulté. Pour commencer, il est important de ne pas communiquer sur la reprise d’activité par les salariés comme étant une réponse magique à la situation économique des entreprises en difficultés même si cela peut bien sur être une solution pour certaines entreprises. Ensuite, il ne faudrait pas limiter la possibilité de reprise des entreprises par les salariés aux seules entreprises en difficultés économiques mais également penser à toutes les entreprises qui vont se retrouver sans dirigeants d’ici peu du fait des départs en retraites des patrons actuels. Sur ce sujet je pense qu’il est évidemment important d’informer le plus possible les salariés comme les dirigeants d’entreprises mais aussi de proposer des possibilités d’accompagnement aux salariés souhaitant reprendre leurs entreprises.

Pour finir, je pense que la création d’un ministère à l’Economie Sociale et Solidaire rattaché à Bercy est une très bonne nouvelle. Mais j’irai plus loin. C’est en effet la première fois que cela existe, mais cela peut aussi être la dernière fois si nous ne trouvons pas les moyens de pérenniser cette situation. Ainsi, il doit être créé une direction de l’Economie Sociale et Solidaire au sein de Bercy afin d’éviter toute suppression des politiques de l’Economie Sociale et Solidaire en cas de remaniement ou d’une élection non-favorable à la Gauche.

Préparez le changement: restez informés!

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