Mois de l’Economie Sociale et Solidaire : Rencontre avec Claude Alphandéry, Président du « Labo de l’ESS »

Le Mouvement des Jeunes Socialistes profite du mois de l’ESS pour organiser tout au long du mois de novembre des rencontres avec des acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire. Ces rencontres nous permettront ensuite de développer nos propositions sur le sujet à destination des militants du MJS ainsi que du Ministre délégué à l’Economie Sociale et Solidaire.
C’est dans ce cadre que nous avons rencontré Claude Alphandéry, figure historique de l’ESS et Président du Think Tank « Le Labo de l’ESS ».

Pouvez-vous présenter votre organisation ?
Pour avoir une vision claire, il nous faut remonter à 1988, l’année où j’ai créé et présidé « France Active » sous l’égide de la Caisse des Dépôts et des Consignations ; cet organisme sert à financer à la fois des particuliers souhaitant créer leurs micro-entreprises et des entreprises solidaires.
Ensuite, en 1991, je présidais le « Conseil National pour l’Insertion par l’Activité Economique ». Ce Conseil rassemble des structures qui luttent pour la réintégration, via l’insertion économique, ces organisations sont, par essence, en désaccord avec le modèle économique capitaliste dominant qui pousse à la précarisation des emplois et ne satisfait pas des services fondamentaux car ceux-ci sont jugés non-rentables.

C’est dans ce second cadre qu’en 2006 nous avons été plusieurs à tenter la rédaction d’un manifeste de l’économie solidaire. Nous nous sommes alors aperçus qu’il existait un fossé sémantique entre l’Economie Sociale et l’Economie Solidaire. Certes, les deux concepts sont différents mais les éléments les rassemblant sont plus nombreux que ceux les divisant. De fait, il est devenu important, à nos yeux, de rapprocher ces deux concepts pour à présent parler d’Economie Sociale et Solidaire.
Nous avions ainsi élaboré 60 propositions « Pour changer de Cap » publiées par Alternatives Economiques. Suite à la bonne réussite de cette parution, nous avons souhaité aller plus loin avec les « Etats Généraux de l’Economie Sociale et Solidaire ». Notre démarche s’appuyait sur les expériences locales dans l’objectif de faire la preuve de la réussite de l’Economie Sociale et Solidaire et, dans ce but, nous avons repris la démarche des « cahiers de doléances », en centralisant l’ensemble des retours des territoires.

Le Labo de l’ESS ne s’inscrit pas dans une démarche de groupement ou de représentativité des acteurs, il existe déjà de multiples réseaux. Nous nous définissons comme un think tank de l’ESS.
En ce sens, nous travaillons aujourd’hui sur trois thématiques : les Pôles Territoriaux de Compétitivité Economique (les PTCE), les outils financiers solidaires et les circuits courts, et ce, pas uniquement dans le cadre de l’agriculture.

Lors de notre dernier entretien, vous nous aviez confié votre approche de l’Economie Sociale et Solidaire. Elle est actuellement définie par des statuts juridiques permettant une organisation collective (association, mutuelle etc.). Que pensez-vous des initiatives individuelles se réclamant de l’Economie Sociale et Solidaire ?
Nous sommes actuellement en train de travailler sur la question du label de l’Economie Sociale et Solidaire. Personnellement, je ne pense pas que l’entreprenariat collectif puisse davantage se revendiquer de l’ESS que l’entreprenariat individuel. Tout dépend des objectifs poursuivis et du mode d’organisation interne. En effet, il faut garder à l’esprit que s’il existe de nombreux « entrepreneurs sociaux individuels », c’est parce que le statut juridique de droit privé classique correspond mieux à leurs activités exercées que les statuts permettant un projet collectif, à savoir principalement les associations et les coopératives.

Le Labo de l’ESS insiste sur la nécessité d’une transformation radicale de notre modèle économique, notamment pour assurer une transition énergétique. Cette transformation s’exprimant par plusieurs facteurs. A quelle place se situe l’Economie Sociale et Solidaire dans cette transformation ?
Nous pensons qu’il existe effectivement plusieurs voies pour la transformation de notre société, l’Economie Sociale et Solidaire n’étant que l’une d’entre elles. La base de toute transformation se trouvera dans la prise de conscience citoyenne et la remise en question de leurs rapports avec la société et l’humanité. A partir de là, l’ensemble de nos relations, qu’elles soient économiques, sociales, environnementales ou démocratiques, seront remises en questions.
Pour prendre l’exemple de la transition énergétique, l’Economie Sociale et Solidaire a toute sa place, et la trouvera rapidement car ce domaine, cet enjeu, n’est pas économiquement rentable, de fait, il s’agira d’un enjeu porté entre autre par les structures de l’ESS. Mais cet enjeu sera également porté par les pouvoirs publics et les citoyens.
Je veux également insister sur le fait que le développement et la reconnaissance de l’ESS est fortement liée à la décentralisation. Le phénomène de la décentralisation n’oppose pas, au contraire, il renforce les énergies locales, à savoir les citoyens, les pouvoirs publics, les initiatives citoyennes qui sont du ressort de l’Economie Sociale et Solidaire. C’est ce pourquoi nous devrons être très vigilant sur le rôle de l’acte III de la décentralisation.

Quelles sont vos premières impressions concernant la mise en œuvre de la politique liée à l’Economie Sociale et Solidaire suite à ces premiers mois de mandature de François Hollande ?
Nous concernant, nous sommes extrêmement attentifs sur le fait que dans l’ensemble des dispositifs initiés par les pouvoirs publics, l’Economie Sociale et Solidaire doit apparaître. Par exemple, concernant la Banque Publique d’Investissement (BPI), une somme sera dédiée à l’Economie Sociale et Solidaire. Nous devons maintenant travailler sur la manière dont cette somme sera attribuée.
Concernant mes premières impressions, François Hollande semble répondre à nos attentes, il n’ignore pas les modèles économiques alternatifs au modèle dominant mais beaucoup de choses ne se feront pas sans une Europe différente qui ne soit pas contrôlée par une oligarchie financière.
Je profiterai de cet entretien pour tout de même émettre un bémol sur une des dernières mesures votées. Le fait de mettre en place une politique pour les jeunes de quartier est une très bonne chose. Cependant, pourquoi avoir créé un nouveau contrat aidé alors qu’il en existe encore une multitude ? Pourquoi ne pas bénéficier de l’accompagnement à la pérennisation des emplois dans des structures souvent fragiles ?

Quelles propositions ou priorité aimeriez-vous soumettre au Ministre délégué à l’Economie Sociale et Solidaire ?
Pour l’instant, je souhaite prendre acte du fait que nous avons un Ministre Délégué à l’Economie Sociale et Solidaire. Ministre délégué sous l’autorité du Ministre de l’Economie. C’est la première fois. Et c’est déjà une très bonne nouvelle en soi. Les pouvoirs publics reconnaissent l’ESS comme faisait partie intégrante de l’Economie. Par ailleurs, il s’agit d’une Ministre délégué venant du Parti Socialiste et non d’un parti partenaire. Cela démontre également la prise de conscience interne au plus grand parti de gauche en France.
Les projets engagés correspondent à nos attentes, nous sommes écoutés et je ne vois à rajouter en ce moment.

Plus globalement nous savons pertinemment que nous sommes à la fin d’un modèle, que notre modèle économique est à bout de souffle. Nous devons en profiter pour amorcer un nouveau modèle économique via l’Economie Sociale et Solidaire avec l’apport des pouvoirs publics et des Collectivités territoriales.

Préparez le changement: restez informés!

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