Fiche de lecture « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme » Hervé Kempf

Le capitalisme, réalités et conséquences

Nous traversons aujourd’hui une crise écologique qui ne pourra être résolue sans un changement profond de la société. Cette société qui est la nôtre est imprégnée par le capitalisme, c’est-à-dire la recherche d’accumulation de profit par quelques uns, détenteurs des moyens de production. Le capitalisme a permis de forts gains de productivité grâce au développement de la micro-informatique même si ceux-ci restent inférieurs à la période des « Trente Glorieuses ». L’informatisation des chaînes techniques n’a pas transféré l’économie vers l’immatériel, mais plutôt augmenté la quantité de matière transformée par l’homme. La hausse de la productivité(1) générée par les progrès de l’informatique a entraîné une baisse des coûts de production et une hausse du niveau matériel de vie. Afin de maintenir une demande toujours plus importante, la notion d’obsolescence programmée (durée de vie volontairement limitée d’un produit) est amenée dans l’industrie. Ces mécanismes sont à l’origine d’une consommation de masse exponentielle, gourmande en ressources et créatrice de déchets.

(1)Pour avoir une idée, voici l’évolution de la production par heure travaillée dans douze pays d’Europe occidentale :
+1,55% par an entre 1870 et 1913
+ 1,56% entre 1913 et 1950
+ 4,77% entre 1950 et 1973
+ 2,29% entre 1973 et 1998
Pour l’ensemble des pays de l’OCDE (Europe, Etats-Unis, Canada, Japon), le rythme s’est ralenti entre 2000 et 2006 mais s’est stabilisé à 1,8% par an.

Le capitalisme a profondément changé la société, en plaçant l’individu au-dessus des liens sociaux. Il s’agit d’un individualisme exacerbé, un égoïsme social, que l’auteur oppose à « une exigence de solidarité perdue par notre génération qui l’a vue disparaître ». L’individualisation est présente dans tous les domaines, créant une forte concurrence entre les hommes, allant même jusqu’à juger l’individu responsable des défaillances du système. Cela finit par les dévorer et leur retire toute satisfaction. L’espace public perd tout son sens, le collectif n’est plus une protection, puisqu’il appartient désormais au privé. Tout est fait pour faciliter l’implantation des entreprises privées au détriment de l’être humain.

Notre système endoctrine par l’intermédiaire de la pub en particulier la jeune génération, et crée le besoin de consommer et entretient une insatisfaction chronique. Tout est devenu marchand, le commerce sexuel, d’organes, ou encore d’adoption. L’homme devient une marchandise, une propriété, aliénant les idéaux. Cependant, il ne faut pas confondre le capitalisme avec le marché qui est un lieu d’échange au sens large ou encore avec le libéralisme qui permet au citoyen de jouir de sa liberté. Il est, au contraire, un lieu d’échange monétaire et il place la recherche du profit et les mécanismes de marché au centre de l’économie. De ce fait, pour en sortir il faudrait mettre l’intérêt collectif et les relations humaines au centre, en lieu et place de l’économie. En effet, le langage tend à disparaître car le comportement à avoir est déjà déterminé.

Conséquences économiques et sociales

Le capitalisme a placé les spéculateurs au centre de l’économie. Cette financiarisation de l’économie et plus globalement du vivant a été favorisée par l’instauration des changes flottants et la dérégulation, facilitant les transferts de capitaux. La troisième spécificité est l’ancrage important de la corruption dans ce nouveau capitalisme. En effet, la mondialisation du marché, notamment dans les pays en voie de développement a fait émerger des méthodes peu soucieuses de l’économie locale et méprisantes envers les populations. Comme détaillé plus haut, l’individualisme et l’enrichissement personnel, quel qu’en soit le prix, sont des valeurs fortes destituant toute morale.

Parallèlement, le système capitaliste développe les inégalités et un phénomène d’intensification de celles-ci est observé depuis les années 1980. On s’aperçoit que les plus riches accaparent les richesses et que depuis 20 ans, la pauvreté ne baisse plus. Le capitalisme s’est accompagné d’une mondialisation afin de compenser la baisse des profits liée à la voracité de la compétition internationale. Les entreprises se sont donc tournées vers une main-d’œuvre bon marché hors des pays industriels (Europe de l’est, Asie du sud-est, Chine,…) Elle se matérialise par une augmentation du commerce de bien et services mais surtout d’un rapport de domination où les riches deviennent un modèle. En effet, le modèle de vie porté par l’Europe, les Etats-Unis et le Japon fait envie à tous ces pays en développement, cette globalisation du marché est donc une aubaine pour y accéder. L’amélioration des moyens de transport a accéléré ce processus. Tout ce système a annoncé l’arrivée d’une nouvelle ère : celle de l’Anthropocène, qui caractérise l’empreinte de l’homme sur la biodiversité.

Conséquences environnementales

L’activité de l’homme commence à montrer ses effets sur la biodiversité de manière définitive. En effet, divers exemples concrets avancés dans le livre illustrent un mécanisme général de la situation écologique actuelle : l’apparition d’effets de seuil à partir desquels la biodiversité maltraitée par l’activité humaine subit des transformations définitives aux conséquences irréversibles. Les avis divergent sur les conséquences indélébiles de l’activité humaine sur l’environnement, notamment sur les températures. D’après le président du GIEC (Groupe Intergouvernemental sur l’évolution du Climat) : « Pour contenir la hausse des températures en deçà de 2°C-2,4°C, qui est selon nos travaux la ligne à ne pas franchir pour ne pas se mettre gravement en danger, il ne nous reste que sept ans pour inverser la courbe mondiale des gaz à effet de serre ». En prenant l’année de sortie du livre, cela signifie que nous avons jusqu’à 2015.

Le mirage de la croissance verte

Cette situation insoutenable nécessite un sursaut de la part de tous les acteurs, États, grands groupes industriels, consommateurs. Malheureusement, la pensée dominante diffuse une série de postulats destinés à verrouiller toute initiative nécessaire à pérennité de notre société :

• La technologie réglera tous les problèmes sans changer le mode de vie occidental. Ce modèle basé sur la consommation à outrance, sur le gaspillage et l’insouciance du lendemain, celui-ci tant jalousé par les pays en voie de développement. Cette foi sans limite dans le progrès, dans la technologie, permettra la relance de l’économie et donc de la croissance et sera forcément une nouvelle source de profit. L’aspect social et les inégalités générées par le système actuel ne sont bien sûr pas abordés.

• La consommation d’énergie va continuer à croître, y compris dans le modèle de vie occidental, le PIB va croître, la richesse sera de plus en plus importante. L’agence internationale de l’énergie adopte comme hypothèse macro-économique que le produit intérieur brut des pays européens et du Japon va doubler d’ici à 2050.

• Le changement climatique est le seul et unique problème qui attend une solution. Jamais la biodiversité, la dégradation des océans n’est évoquée. Tout n’est ramené qu’à une question énergétique qui ne trouvera de réponse que dans les nouvelles technologies.

Pourtant, si l’on fait le bilan actuel des technologies à notre portée, la prolifération de l’énergie nucléaire n’est pas sans conséquences. En effet, on ne sait pas où entreposer les déchets qui seront encore présents dans des milliers d’années, alors que le nucléaire profitera à seulement trois générations. L’énergie éolienne est également peu efficace. Le capitalisme est là pour nous pousser à consommer. Or consommer plus d’énergie, même si elle est éolienne, n’a que peu d’impact écologique, elle donne simplement bonne conscience. Il n’y a donc aucun virage comportemental, juste une occasion d’augmenter les profits. On retrouve la même problématique pour les agro carburants. Ainsi, on observe une déforestation pour qu’ils soient produits. Une solution possible pour lutter contre le CO2 serait de l’enfouir, mais cela reste relativement coûteux. Quant au pétrole, une hausse de son prix pousse à la recherche d’autres sources d’extraction comme le sable bitumineux qui ne fait donc qu’augmenter les GES car ça devient rentable à produire. Le capitalisme génère trois grandes idées sur l’écologie. Dans cette optique, l’avenir semble sombre car une croissance matérielle n’est plus possible car il y a un épuisement des ressources. Il faut donc que les pays riches baissent leur consommation d’énergie pour baisser les émissions par quatre d’ici 2050 car les pôles de la triade, en tant que modèles, doivent impulser un nouvel élan.

Il est trop tard pour être pessimiste

Les liens sociaux doivent redevenir prioritaires. Le système capitaliste, générateur de crises, doit disparaître. Aujourd’hui, il existe des structures économiques où la coopération domine (mutuelle, coopératives…). Ces structures doivent donc être instaurées au centre de l’économie. Cependant, l’économie de marché ne doit pas être écartée, mais utilisée pour les biens et services essentiels. Néanmoins, le prix comme indicateur nécessite d’être remplacé par une tarification progressive selon l’empreinte énergétique et une logique : plus on consomme, plus on paye. Une réforme fiscale semble aussi nécessaire avec une forte taxation des hauts revenus, solution à la baisse de la pauvreté. Tout cela demande un changement culturel en réduisant les inégalités pour dissocier le prestige du gaspillage, instaurer un rationnement et augmenter le temps pour les activités sociales. Il est temps également de relocaliser les activités et développer une agriculture conforme à l’environnement. C’est en cela qu’une coopération mondiale est nécessaire.

Préparez le changement: restez informés!

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